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Retirez ce crucifix que je ne saurai voir

mercredi 4 novembre 2009, par Emmanuel

Malraux disait un truc pas forcement idiot sur le 21ème siècle, en tout cas la cour européenne des droits de l’homme fait tout pour le faire mentir, puisqu’elle vient de condamner l’Italie aujourd’hui 3 novembre à faire retirer les crucifix qui pourraient se trouver encore des salles de classes des écoles publiques. En effet, comme vous vous en doutez cet élément empêche les parents d’éduquer leurs enfants selon leurs convictions et pourrait nuire à la liberté de choisir une religion ou non pour les enfants.

Qu’on respecte un principe de laïcité me parait normal car il est le garant d’une forme d’égalité sociale mais bon une fois encore n’allons nous pas trop loin à vouloir tout désacraliser surtout en Italie ou le crucifix a plus valeur de symbole qu’autre chose. Je serai bien surpris de voir un seul juif, musulman, bouddhiste, shintoïste, athée... se convertir à la seule présence de ce symbole chrétien sur le mur de sa classe. Nous appellerons cela à l’image du tabac, le catholicisme passif.

Le débat d’ailleurs s’était orienté dans cette direction puisque suite à la plainte de Mme Solie Lautsi, ressortissante italienne, le gouvernement avait défendu la thèse face à la cour constitutionnelle que le crucifix n’étant pas seulement un symbole religieux mais aussi, en tant que "drapeau" de la seule Église nommée dans la Constitution, un symbole de l’état italien. Un tribunal administratif devait confirmer cette décision en énonçant que le crucifix est "tant à la fois le symbole de l’histoire et de la culture italienne et par conséquent de l’identité italienne". Le conseil d’état rejeta le pourvoi de Mme Lautsi au motif que la croix était devenue une des valeurs laïques de la Constitution italienne et représentait les valeurs de la vie civile.

A Strasbourg, le son de cloche fut tout autre. La cour a estimé que la croix peut aisément être interprétée par des élèves de tous âges comme un signe religieux (et bon là franchement je ne leur jetterai pas la pierre), signe qui peut être perturbant pour des élèves d’autres religions ou athées. Moi, perso, la seule crainte du crucifix que je n’ai jamais eue c’est que celui qui trônait au dessus de mon lit à la campagne il y a des années me tombe sur la gueule en pleine nuit. La Cour a conclu à l’unanimité à la violation de l’article 2 du protocole 1 (droit à l’instruction) conjointement avec l’article 9 de la convention (liberté de pensée, de conscience et de religion) et condamné l’état italien à verser 5000 euros pour dommage moral.

J’ai été élevé par des parents qui ont toujours mis en avant le fait de s’accommoder des us et coutumes des pays où l’on se trouve par respect et dès lors que l’on n’a pas faire face à une situation de prosélytisme aggravé, accepter les signes religieux ou non en vigueur dans le pays est un acte d’intelligence, de respect et d’intégration.

En vidant les murs de ces salles de classe j’ai le sentiment qu’on se défait d’une certaine substance, infime il est vrai et non essentielle, mais qui efface un repère de plus à une époque où, il me semble, nous en avons de moins en moins.

J’appartiens certainement à un monde qui a déjà un pied dans le passé mais ne laissons nous pas une place un peu grande au futile. Je ne défendrai pas le crucifix, parce que c’est un épiphénomène mais plus généralement, la nature ayant horreur du vide, par quoi remplaçons nous ces petits choses qui nous faisaient nous sentir en terrain connu. On ne nourrit pas son âme à coup d’euros ou de fringues de marques. Que nous restera-t-il ?
Tf1 ne l’aurait-il pas presque inventé, il y a 20 ans. « L’important c’est la thune ».


Vos commentaires

  • Le 5 novembre 2009 à 17:11, par ?

    Non aux crucifix dans les écoles : il faut absolument lire les attendus de ce jugement pour appréhender la complexité du débat qu’il provoque en Italie !

    Les juges de Strasbourg y développent une reconstitution, depuis près d’un siècle de cet usage du crucifix dans les écoles de la péninsule et l’on découvre qu’il leur a été nécessaire de tenir compte des décisions de Benito Mussolini et des étapes successives des traités et compromis qui ont organisé les relations entre le Vatican et l’Etat Italien !

    Surprenant que ce document ne circule pas plus, il vaut son pesant d’or !

    Je l’ai trouvé sur le portail suisse Pnyx.com ( http://www.pnyx.com/fr_fr/sondage/402 ), dans les commentaires.

    Au-delà des questions de laïcité, ce jugement met à nu des épisodes surréalistes et ne va pas ménager l’amour-propre de tout un peuple, à l’heure d’une globalisation qui réveille, nation par nation, les grandes frustrations identitaires, que certains ne vont sûrement pas manquer d’exploiter politiquement !

  • Le 5 novembre 2009 à 19:29, par Emmanuel

    Je trouve vos propos un peu exagérés et alarmistes. "à l’heure d’une globalisation qui réveille, nation par nation, les grandes frustrations identitaires, que certains ne vont sûrement pas manquer d’exploiter politiquement !"

    Merci néanmoins sur les précisions concernant le procès.

    La suppression des crucifix est une toute petite chose qui n’a finalement que peu d’importance et a été, pour moi, un prétexte pour décrire ce sentiment flou que je ressens qu’on vide ça et là mon monde de ce qui me le rendait familier. Les repères me paraissent importants.
    Je suis également défenseur du principe de laïcité, parce c’est celui dans lequel j’ai grandi et qu’il me parait celui qui reflète le mieux le concept de liberté mais j’en aurai probablement défendu un autre si j’étais né en 1624 par exemple.

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