Accueil du site > Actus > A la Une...

De l’importance des préliminaires

jeudi 14 octobre 2010, par GB

Et ceci dit... Qu’écrire d’autre ? Faut-il poursuivre un plaidoyer pas tout à fait pro domo afin d’offrir une chance à cette moitié de l’humanité (qui mérite tout notre intérêt en général et notre affection en particulier) de connaître ces plaisirs que l’on dit charnels ? Voire... Retenons néanmoins un principe dans l’idée de préliminaires, ils peuvent bien sembler inutiles, tout est affaire de circonstances, n’est-ce pas, parfois ils se révèlent pourtant nécessaires, désirés, réclamés, allez un dernier pour la route, indispensables.

Les filles, vous me direz merci plus tard...

La très jolie réforme des retraites, portée par un Eric Woerth des plus populaires, probablement rédigée à l’Elysée, semblait mériter un peu de ce dialogue social, dont François Fillon a su naguère faire une loi. Quels que soient les chiffres du nombre des manifestants, ils varient de 1 à 3 selon les sources retenues, la réforme du, et/ou, des régimes de retraites ne semble pas devoir rencontrer une énorme ferveur populaire.

Au fil des journées d’action syndicale, les effectifs des manifestants croissent. Les fonctionnaires sont désormais rejoints par les étudiants et les lycéens, la météo semble elle aussi s’associer au mouvement, puisque les défilés se déroulent sous des cieux plus que cléments. De là à en déduire que le gouvernement se dirige vers des embêtements caractérisés, il n’y a qu’un tout petit pas de plus à franchir et nous nous dirigerons assurément vers un joli blocage du processus législatif.

Faute de préliminaires satisfaisants, il semble aujourd’hui que la conduite de cette réforme nécessaire se trouve, sinon totalement compromise, tout au moins compliquée, voire mise en péril. Si ça ne merde pas encore complètement, ça ne devrait pas tarder.... Faute de ce dialogue auquel le pouvoir exécutif se montre, depuis 2007, rétif. Reprenons le cours récent des évènements. Après de calamiteuses élections régionales, Eric Woerth remplace Xavier Darcos au poste de ministre du Travail. Le précédent créé par le renvoi d’Alain Juppé dans ses foyers après les législatives a été avancé comme explication du renvoi du ministre. Osons une autre hypothèse, Xavier Darcos n’aurait pas accepté de présenter une réforme dont il n’aurait pas été le rédacteur.

Le plus ductile Eric Woerth, en revanche, ne s’en serait pas offusqué. L’Elysée, fidèle à ses modes d’action dont les petits gourous de la com se félicitent, aurait donc choisi de présenter le texte en suivant le schéma du CPE. En été, pour faire adopter le texte vite fait, mal fait selon le principe du ni vu, ni connu, je t’embrouille. Quelques rencontres initiales avec les partenaires sociaux, un texte qui ne tient pas franchement compte des remarques des uns et des autres, volontairement insuffisant pour avoir une portée réelle et en avant, roulez jeunesse.

Oui, c’est idiot, mais en l’état, la réforme actuelle est nettement insuffisante. Cette réforme prépare, annonce la prochaine réforme. Elle réussit néanmoins le tour de force d’être parfaitement impopulaire et inefficace à moyen terme. Faute d’une réflexion globale, faute d’avoir organisé une vraie consultation sur le sujet, faute de préliminaires, elle ne satisfait personne.

Associer les partenaires sociaux autour d’un projet dont ils eussent partagé la paternité, la responsabilité, apparaissait pourtant comme un moyen de se dispenser de ces conflits. Comment imaginer, si les parties avaient signé un accord sur le sujet qu’elles le dénoncent aussitôt après. La chose aurait pu se passer certes, mais le risque devenait tout de même moins crédible. Bien sûr, cela supposait de prendre en compte l’opinion d’autrui, à l’évidence pas celle dont notre président se soucie le plus.

A tort, car en dépit d’une assurance de façade, de ses bravades, l’homme affiche ici une de ses limites les plus handicapantes, la peur des autres. Ce qui n’a jamais grandi qui que ce soit et n’a que rarement accouché de grands succès. Nicolas Sarkozy en a-t-il conscience, c’est peu probable, mais cette réforme mal planifiée, vilainement conduite, sera probablement la fossoyeuse de ses derniers espoirs électoraux.

Le fait que la jeunesse soit dans la rue indique que la contestation risque de durer jusqu’à une défaite peu évitable, il ne s’agit pas de savoir ce que nos amis jeunes foutent dans les rues, mais bel et bien de prendre en compte qu’ils y sont et qu’il y a peu de chances qu’ils l’évacuent. Entre des cours chiants et une absence de pression salariale caractérisée, pourquoi voulez-vous qu’ils se privent de ce plaisir ?

Et en cette matière et sur ce point comme sur d’autres, le président devrait reconsidérer son point de vue sur les préliminaires. Leur présence n’offrant certes pas une garantie absolue de plaisir, mais leur absence en revanche risque de s’avérer fatale à ses ambitions initiales et futures.


Vos commentaires

  • Le 14 octobre 2010 à 12:15, par Emmanuel

    Je ne partage pas ce point de vue.
    La méthode présidentielle me parait justement basée sur des préliminaires très longs, une préparation de l’opinion pour faire passer les choix futurs non comme des choix politiques mais comme une réponse politique à des faits de société. C’est habile en diable cette persuasion clandestine...On voit par exemple se profiler depuis plus d’un an l’abolition du bouclier fiscal dont l’origine serait Fabiusienne, et la modification de l’ISF.

    Après ce pose la question du choix qui est fait et là tout est permis en sachant que nous ne sortirons pas vraiment du flou artistique en matière de fiscalité car c’est là le dernier volet de manœuvre de politique intérieure dans une Europe qui bride en partie les états membres. Depuis que j’ai compris que je serait toujours baisé par le système (pas assez pauvre ou pas assez riche) je m’en fous, et je n’ai plus de courroux.

Répondre à cet article