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Il est urgent d’écrire

samedi 1er mai 2010, par GB

Il est urgent, en effet, d’écrire, de réfléchir, de refuser de "suivre le rythme" de la pensée ordinaire, des mots creux pour les remplacer par des mots qui rient, qui ruent, qui tempêtent et balaient en coup de vent les morosités plates qui servent d’opinions dans nos médias.

Quoi de neuf, cette semaine ? Je crois que je m’en fous, je poursuis la lecture de Philippe Muray, c’est bien assez pour m’occuper pour quelques mois. Dans une tentative de brunch du samedi matinal + revue de presse, j’ai acheté Marianne, Libé, Valeurs actuelles et l’équipe.

Tout ça pour envoyer un message subliminal à un vendeur de journaux analphabète, sur le thème de voyez ma largesse d’esprit... J’ai parfois aussi le secret espoir, toujours déçu, d’engager des conversations avec des inconnues qui au vu du tas de journaux posés sur ma table me prendrait pour un observateur éveillé et attentif du spectacle du monde, façon spectateur engagé...

Las, la curiosité de la gent féminine ne s’égare pas sur ces sentiers. En tous cas pas à la terrasse de ce café de la rue Poncelet ou j’ai eu 20 ans... "J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie." Paul Nizan je crois ? En fait j’en suis sur, google m’a permis de lever le doute à ce sujet, quel con ce Nizan !

Nul doute, nul obstacle à 20 ans pour peu que l’on ait deux sous d’optimisme et un atome de caractère. Mais ce matin Marianne que j’aime bien, m’est tombé des mains. Une sorte de frénésie a du saisir les rédacteurs du journal, ils ont du vouloir tenter d’achever l’image du président de la république. Ils se donnent bien du mal, alors qu’il n’est que de laisser les hommes du président, ce dernier ou sa jolie moitié s’exprimer pour arriver plus vite encore à ce résultat.

Le ton aigre de Maurice Szafran, l’ensemble des pages centrales du magazine ont un ton outré, comme cette récurrente ânerie "il(s) ou elle(s) a (ont) osé le dire". Oui dans l’esprit, dans le mien cette formule liberticide qui court les pages de Marianne est d’une bêtise à front de butor, car elle porte en son sein malade l’idée que l’on ne puisse pas tout dire, pour d’infectes soucis de "popolitiquement"pas gentil, et Dieu que c’est bête que d’extraire ainsi une citation pour en faire un plaidoyer pour le devoir de fermer sa gueule...

Oui, je l’ai écrit, je le répète, je le sais mieux aujourd’hui encore, moins que demain, évidemment, Philippe Muray nous manque. Dans Marianne toujours, une double page d’Alain Minc, épouvantable de prétention et de suffisance (il lui en faut peu, mais de lui seul), m’a poussé à sortir de mon espèce de besace "Rejet de greffe", le tome 1 des exorcismes spirituels de Muray.

Et voici le commencement..."Défendre la littérature comme la seule liberté précaire encore plus ou moins en circulation, implique que l’on sache exactement ce qui la menace de partout" Et je ne sais pas d’autre moyen que d’apprendre à écrire, de remettre toujours à plat, sur le papier, les petites phrases que voici. Il est urgent d’écrire, de reprendre le fil de cet ouvrage lent, parfois difficile, lassant, usant... Dont le revers est aussi le plus court chemin vers un peu de réflexion, un peu de courage, du combat enfin, du combat pour aller au terme d’une chronique, d’un article, d’une histoire, d’un rêve ou d’un poème.

Il faut écrire pour combattre et lutter contre ceux qui "ne prétendent plus que ce qu’ils veulent nous faire aimer est aimable, ils savent pertinemment que c’est l’exact contraire. Ils proclament donc que ce qui ne pourra plus jamais être aimé est inéluctable".

Et il faut écrire, non pas parce que même si ça a l’air pareil, en fait c’est différent. C’est un peu d’esprit, un peu de souffle, pas l’espoir d’être écouté, mais celui de ne pas laisser l’écrit devenir une prison, de ne pas laisser crever la littérature d’ennui.


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