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JETONS DE PRESENCE

vendredi 9 octobre 2009, par AGK

Alors comme ça, maintenant, si on est un veinard dans un des trois lycées professionnels pilotes des Yvelines, on va apprendre à POINTER, une sorte de galop d’essais pour être fin prêt quant il sera temps de faire pareil aux assédics, pour toucher sa prime d’assiduité. J’ai bien envie de faire mon vieux con et de lâcher un ah elle est belle la France !

Moitié pour, moitié contre d’après nos merveilleux instituts de sondages. Je vois pas bien les pour, à part peut-être les intéressés, quoique, certain interviewés suggéraient plutôt une amélioration des locaux de l’école. Ça doit être une réaction de bon élève qui sait compter, parce que 2000 euros mini, 10000 maxi par élève qui aura eu le bon gout de ne pas sécher ses cours de l’année, et ben ça fait un pacson de billets employables, ma foi, à tellement de choses pour le bien de la collectivité…

Et pourtant, pourtant, rappelons nous, ce sacré Charlemagne, et cette merveilleuse institution bien républicaine qui a rendu l’école laïque (les bons pères c’était pas si mal mais c’est un autre débat, et on a toujours le choix, vive l’école libre), gratuite et obligatoire. Gratuite comme pas payante, je suis sûre que personne n’avait pensé à pas payée, bande d’attardés. Obligatoire comme ça suffit de faire bosser les mômes, faudrait voir à pas exploiter notre jeunesse, lui donner une chance de faire mieux que papa, et ça marche plutôt bien l’ascenseur social, les grandes écoles comme les moins prestigieuses, l’Education Nationale quoi. Certes, c’est loin d’être facile, ou parfaitement adaptée au marché du travail à venir, et je ne veux pas ici mésestimer les problèmes de nos forces apprenantes. Mais ce qu’on tente aujourd’hui me semble dangereux et tordu, on dévoye l’essence même de l’école, qui est de prodiquer une instruction, pour le bien de son récipiendaire.

Alors, alors, après la lutte contre la désertification des campagnes, voici celle contre ceux qu’ont pas assez faim pour voir l’intérêt d’un bahut qui veut rien qu’à vous apprendre un métier, pour que vous puissiez vous assumer quand vous serez grands. Va-t-on leurs dire c’est pour ton bien ? regardes ce qu’on ne devient pas si on fout rien ! il parait qu’on a déjà tout essayé, et qu’il ne devait rester plus que l’argument pécunier, j’attend avec impatience la tournée générale d’extasy pour ceux qu’auront racketé personne, et c’est dixit la patronne d’un de ces établissements « …pas du tout une carotte, faut plutôt le voir comme un projet de classe » ça me laisse sans voix.

Et pendant ce temps, on a du mal à recruter des prof motivés. Ben tiens. Et ça aide, ça, comme mesure ? Mon cher ami, c’est bien sympa d’être venu, et même, comme c’est touchant, d’avoir préparé vos cours, mais voyez vous, c’est très joli tout ça, mais ça n’est pas assez tangible, vous comprenez, alors dorénavant vous aurez cette très importante feuille de présence à compléter chaque heure. Faites-y très attention, c’est la base de rémunération de vos élèves….

Et pendant ce temps, il y 1 logement pour 4 étudiants à Paris, et promis craché fin 2014, il y en aura 1 pour 3. Mazette ! vous me rétorquerez que c’est mieux que rien, je répliquerais que peux mieux faire, avec allez au hasard le montant des sucettes à cancres.

Et pendant ce temps, à quelques parallèles ou méridiens de là, il y a des gamins qui s’usent la corne des pieds, et au petit trot, pour aller à quelques et même un peu plus de kilomètres de chez eux pour, sans rire, aller à l’école ! tas d’arriérés qu’ont rien compris.

Faut dire que ça se passe dans des pays sous-développés, avec même pas d’assurance maladie, ni de RMI, ni d’aide à l’emploi, ni d’allocation logement, chômage, bébé… rien, il parait même que l’eau court moins vite qu’eux. Bref, ils savent pas ce que c’est qu’on beau pays bien décadent. Les pauvres.


Vos commentaires

  • Le 9 octobre 2009 à 10:52, par ?

    Supprimer les allocations familiales en cas d’absence ou gratifier les présences ?

  • Le 9 octobre 2009 à 11:40, par AGK

    supprimer les allocations familiales, une façon sans doute très persuasive, puisqu’elle touche au porte monnaie des autorités parentales, de remettre chaque parent devant ses responsabilités, y compris celles qu’il a contractées en procréant... je ne suis pas sûre d’avoir le courage ou la raideur d’abonder dans cette direction, quoique, si on me pousse un peu...
    Mais ce qui me choque, c’est très exactement la notion de "gratification" de présence, comme si l’appentissage n’était pas en soi une gratification suffisante, et qui plus est bien plus rentable à long terme. Et puis cette façon d’inverser la charge de la preuve, de faire d’un établissement le client d’un élève, mendier, acheter sa présence à des cours qui n’ont d’autre ambition que lui, et son avenir, à lui. le payer pour le nourrir, non vraiment, ça ne passe pas. Et se dire que dans le tas des qui daigneront, grâce à cette nouvelle motivation, assister à leurs cours, il s’en trouvera bien un ou deux pour écouter et apprendre un peu l’air de rien... peut-être mais pour un demi-convaincu, combien seront confortés dans l’idée que non, pour bouffer, il n’est pas nécessaire de travailler ?

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