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L’ISA ou le syndrome de la sur-réaction

mercredi 14 octobre 2009, par Emmanuel

Fruit de l’évolution des mœurs, d’un excès de sensiblerie populaire, de la politique spectacle, d’une sur-médiatisation des faits divers, le 12 octobre prochain commence outre-manche l’enregistrement pas l’Isa (Independent Safeguarding Authority) des anglais, gallois et irlandais du Nord ayant à s’occuper d’enfants dans le but de s’assurer qu’ils ne sont pas des détraqués sexuels à tendance pédophile.
(Monsieur Mosley pourra donc continuer à se faire fouetter par des donzelles en pyjama rayé tout en arborant la swastika)
S’il est indispensable de lutter contre ces vilains je me demande si les autorités britanniques n’en ont pas, sur ce dossier là, un brin trop fait.

A l’origine, il y a un drame incontestable. En 2002 à Soham (Cambridgeshire) Holly Walls et de Jessica Chapman, deux petites filles de 10 ans, furent tuées après avoir été violées.

Le violeur-assassin, Ian Huntley, avait déjà été impliqué dans des affaires d’agression sexuelle et de viol. Il n’avait pas été condamné dans ces dossiers ce qui lui avait permis d’être en liberté d’une part et employé dans le collège voisin d’autre part.
Bien que nous nous trouvions pas vraiment dans un cas de récidive une émotion considérable en avait résulté dans tout le royaume uni.
Je ne suis, pour ma part, pas convaincu que de tels individus sont moins dangereux dans d’autres types d’emploi enfin...

Le gouvernement à l’époque devait réagir et c’est cette réaction qui est à l’origine de la création de l’agence gouvernementale ISA.
La solution retenue et qui va entrer en vigueur est celle du fichage et se manifeste par la délivrance d’une accréditation qui permettra aux accrédités de travailler au contact des enfants. (le défaut d’autorisation fait encourir jusqu’à 5000 livres d’amende à la personne ayant omis de se faire enregistrer et de la prison pour l’employeur qui aurait commis l’erreur d’employer une personne non accréditée)

Jusque là le principe de précaution ne parait pas forcément néfaste d’autant qu’il sera financé, pour partie tout au moins, par les accrédités non bénévoles eux-mêmes qui auront à s’acquitter d’un forfait de 64 livres pour les frais d’enquête.

mais là ou le bas blesse ce sont les critères retenus et le modus opératoire car à l’approche de l’entrée en vigueur de la loi, L’ISA en a précisé les modalités d’application et elles risquent fort, sans modification, de sonner le glas de toute une série d’activités aussi simple probablement que d’aller au parc, d’organiser un gouter, se rendre au centre de loisir... Une partie de l’opinion et de la classe politique a fini par s’en émouvoir au point que M. Balls, le ministre de l’éducation, a dû annoncer, mi septembre qu’il allait faire réexaminer l’ensemble du dispositif pour vérifier que le gouvernement "a bien placé le curseur là où il faut". Il a du également préciser que "les adultes qui rendent occasionnellement service à des amis en allant, par exemple, chercher leurs enfants à l’école, ne seraient pas concernés. Pas plus que les parents qui se rendent à l’école de leurs enfants pour le spectacle de Noël, ou autre".

C’est dire si on avait initialement prévu large.

Au final l’ISA devrait ficher pas moins de 11,3 millions de britanniques, en commençant par les enseignants, les proviseurs, les surveillants, les assistantes maternelles, les dentistes, médecins et infirmières mais aussi ceux qui accompagnent régulièrement les enfants, (familles accueillant des enfants étrangers qui viennent parfaire leur pratique de la langue anglaise...) même bénévolement (scouts)

Sans rentrer dans la réalité et le sérieux des enquêtes, cela nous fait un adulte sur quatre environ !

Ces mesures sont-elles une solution à l’heure où on se pose à peu près des questions analogues en France après le meurtre de Marie-Christine Hodeau, enlevé le 28 septembre dernier à Milly-la-Forêt

Cela va-t-il vraiment permettre d’éviter de pareils drames quand on sait que par exemple dans le cas des deux petites britanniques Ian Huntley a rencontré ses victimes parce qu’elles étaient les élèves de sa compagne.

Je n’ai, pour finir, pas le sentiment qu’on assiste vraiment à une avancée utile mais plutôt à la résultante de cette croyance qu’à l’opinion que le gouvernement doit et peut toujours faire quelque chose et à cette escroquerie gouvernementale qui consiste à faire croire à cette même opinion qu’elle le peut.

Je ne crois donc pas à cette solution, mais je préférerai avoir tort


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