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lundi 25 octobre 2010, par
Depuis huit jours, le site Wikileaks a, à nouveau, mis en ligne des centaines de milliers de documents incriminant la conduite des opérations en Irak. Lors d’un premier épisode de révélations, le site avait mis en ligne des documents remettant en cause l’efficacité des opérations militaires en Afghanistan. Le sujet a fait polémique jusque dans nos colonnes, puisqu’à la liberté d’informer s’opposait un devoir de discrétion pour ne pas mettre en péril les soldats qui mènent lesdites opérations.
Mercredi dernier, la chaîne Arte diffusait un reportage « Un taxi pour l’enfer », d’une heure cinquante tout de même, relatant les conditions de détention des prisonniers placés sous la responsabilité des forces américaines. Et ce que ce soit en Afghanistan, en Irak ou à Guantanamo. L’administration Bush ayant mis à profit le choc du 11 septembre pour réformer la législation dans le cadre de la lutte anti-terroriste, elle a pu pendant quelques années se dispenser d’appliquer à l’égard des « terroristes » les conventions de Genève.
Une épouvantable mécanique criminelle et absurde s’est mise en place. Pour défendre la démocratie et la liberté, tout devenait permis. Les prisonniers n’étant pas des combattants, le droit de la guerre ne pouvait leur être appliqué. Il fallait qu’ils fournissent des renseignements en vertu du théorème ou de l’axiome de « la bombe à retardement ». Supposez que vous déteniez un poseur de bombe, qu’il ait placé une bombe et que s’il ne divulgue pas son emplacement des innocents meurent, que feriez-vous ?
Ce très vieux et très éculé mensonge justifie le plus souvent les pires outrages à la dignité humaine de ces adversaires, de ces combattants, de ces terroristes, talibans ou non. La torture lors de la guerre d’Algérie a été justifiée de la sorte, et c’est encore le cas pour les conflits irakien et afghan. Le voyage que nous propose Wikileaks et le reportage d’Arte sont des voyages au bout des illusions de guerre juste, au bout de l’horreur et appellent quelques commentaires.
Traiter des hommes comme on ne traiterait pas des animaux ne peut en aucun cas être justifié. Fussent-elles des ennemis mortels, les victimes de la torture ne sont pas les seules à perdre leur humanité, le bourreau lui aussi, probablement davantage perd toute dignité. Les frères, les pères, les fils des victimes, ne peuvent pardonner ce qui a été fait aux leurs. Leur haine ne diminuera pas, leur combat ne leur apparaîtra que comme plus justifié encore.
Et en démocratie, la faute des bourreaux retombe sur leurs concitoyens. Dans les exemples qui nous occupent, la lâcheté des décisions politiques américaines est effarante. Après que le scandale des images d’Abou Graïb (Irak) et des morts survenues en détention à Bagram (Afghanistan) aient éclaté, seuls les gardiens de prison ont été incriminés et condamnés.
Les hiérarques militaires, les décideurs politiques pour leur part ont été mis hors de cause. Une loi, opportune ou scélérate, les deux tout simplement, a « couvert » ceux qui aux USA ont permis ces abominations. Il faut en arriver à un joli degré de cynisme en effet pour obtenir du Parlement l’immunité pour les crimes commis au nom de la liberté. Ce qui n’a rien de neuf.
La vie même des soldats engagés en opérations est plus exposée encore lorsqu’elle est exposée par les crimes commis contre les prisonniers adverses. D’une part, pourquoi seraient-ils mieux traités que ceux qui ont été emprisonnés puis torturés, d’autre part leurs succès tactiques n’auront hélas aucune légitimité. Le risque est donc qu’ils meurent en vain. Pour mémoire, 15 soldats français sont morts en 2010 en Afghanistan.
La validité de l’idée de la nécessité de reconstruire des états démocratiques n’est pas en cause. Elle ne justifie pas pour autant les crimes de guerre qui ont été commis dans le cadre de ces conflits. La tentation est forte que croire que ceux qui révèlent les crimes sont les complices des « terroristes », la vérité est toute autre. Ceux qui tairont ces crimes, les encourageront, les dissimuleront, renforceront leurs adversaires dont ils seront, consciemment ou non, alors des complices objectifs.
Voir en ligne : A taxi to the dark side
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Et ce documentaire est encore visible pour quelques jours sur le site d’Arte : http://videos.arte.tv/fr/videos/un_...