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15 hommes en colère

samedi 8 octobre 2011, par GB

Depuis une quinzaine de jours dans l’hémisphère Sud, l’équipe de France de rugby marchait sur la tête. Poussive et brouillonne, elle bafouillait ses matchs pour obtenir une petite qualification pour les quarts de finale de la Coupe du Monde. Nous n’allons pas ressusciter le quinze de France au terme d’un joli match de rugby. Eux, non plus, d’ailleurs, car avant de ressusciter, dans la chronologie de la chose, il faut mourir...

Sportivement, l’élimination d’une compétition est cette mort à laquelle veulent échapper les participants. Aujourd’hui, le quinze de France ne pouvait pas ressusciter, non, il aurait fallu mourir d’abord. Et ce quinze aux jambes lourdes, aux trognes rabelaisiennes, l’oeil brillant de la seule colère qui vaille, celle que l’on nourrit contre soi, ce quinze décrié ne voulait pas mourir et c’est ainsi que pendant quatre-vingts minutes d’une délectable férocité, il a repoussé le destin, les Anglais, dans un même élan furieux.

Les malheureuses nations anglo-saxonnes et leur pragmatisme froid ont eu à faire à cette exception française, cette furia qui balaie les pronostics et renvoie les commentateurs à leurs chers études. Aujourd’hui n’était pas un jour pour mourir sur cette terre néo-zélandaise, aujourd’hui ce n’était pas le tour des Français.

Par un de ces effets du capricieux du tempérament national, les joueurs de l’équipe de France qui se traînaient sans gloire dans cette Coupe du Monde et s’étaient assez soigneusement humiliés contre l’équipe des Tonga, se sont pris d’une sainte colère. Cette ire profonde, de celles que l’on ne peut éteindre car elles prennent leur source au plus profond des tripes les a menés à cette révolte, à ce combat contre soi, contre ses démons et son adversaire enfin.

Quinze hommes sombres ont renversé le destin à ce carrefour des quarts de finale, en se battant pied à pied en défense, en saisissant chaque centimètre d’espace pour attaquer les flancs de leur vieil et coriace meilleur ennemi.

Triomphants au sortir des matchs de poule, ils eussent perdu ce match. Mais là, honteux encore de s’être égarés, de s’être donnés en spectacle, ils ont serré les rangs, serré les dents et enfoncé de solides Anglais qui ont pris cher, chaud, la foudre... que sais-je... pendant trente minutes.

Trente minutes de feu, d’impact, de contact. Au ras, au près, grand champ, petit côté, les Bleus ont raffuté, gagné des touches, poussé en mêlée, bousculé le grand-breton. Ils se sont installés dans les quarante mètres anglais, ont repoussé férocement les Blancs qui s’aventuraient sur leur ligne. Ils ont tenu, ils ont poussé, ils ont avancé.

A la mi-temps, le compteur était de 16-0 en faveur de nos hommes en colère. Leurs adversaires n’étaient pas ridicules, il leur manquait ce supplément d’âme, cette peur de mal faire, cette colère dont ils ont subi les effets.

Bref, les Anglais rentrent à la maison, ça leur fait les pieds et cela valait assurément le coup de se lever ce matin, à une heure presque chrétienne pour assister à ce beau combat.

Bon ça, c’est fait. Et c’est bon, ça.

Messieurs les Gallois...


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