jeudi 8 juillet 2010, par
Afghanistan, an neuf... Un quarante-cinquième soldat français, sous-officier de l’arme du Génie, a été tué au combat le mardi 6 juillet 2010. Depuis le 1er janvier 2010, 335 soldats de la coalition ont été tués en opérations, d’ores et déjà, cette année sera la plus violente que le pays ait connu depuis 2001.
3750 soldats français servent en ce moment en Afghanistan. Le général Vincent Desportes a récemment écrit sur le sujet les mots suivants :"C’est une guerre américaine. Quant vous êtes actionnaire à 1%, vous n’avez pas droit à la parole".
L’engagement français, rapporté aux effectifs totaux, semble en effet interdire d’espérer avoir la moindre influence sur la conduite des opérations. Le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’OTAN acté lors du sommet de l’alliance à Strasbourg en mai 2009, n’a visiblement pas permis de réaliser l’effet que nous en promettait le président de la République.
La conduite des opérations n’est d’ailleurs pas des plus limpides et suscite y compris aux États-Unis des réactions assez sèches de la part des dirigeants politiques. Il y a quelques semaines, le général McChrystal a ainsi été limogé de ses fonctions par le président Barack Obama. L’analyse que livre à ce sujet le général Desportes propose la thèse suivante, [le limogeage de mac Chrystal] "révèle une faiblesse (...) Tout se passe comme si le président [Obama] n’était pas très sûr de ses choix. (...) A l’issue des débats sur les renforts nécessaires, il y a un an, il a opté pour 30.000 soldats de plus. Tout le monde savait que ce devait être zéro ou 100.000 de plus. On ne fait pas de demi-guerre".
L’opinion exprimée par le général Desportes semblait dans sa démarche illustrer le propos d’un de ses chefs : "Le devoir de réserve n’est pas le prétexte à une réserve muette qui à force d’être muette devient lâche et in fine irresponsable ! Nous avons notre place dans le débat stratégique. Nous devons revendiquer notre place dans le débat stratégique. Et nous devons le faire publiquement, surtout pas anonymement." Très joli, non ? J’aime bien cette idée selon laquelle les professionnels d’un domaine puissent participer à un débat d’importance sur un sujet qu’ils connaissent quand même un petit peu. Cette dernière citation était donc le fruit de la réflexion de l’amiral Guillaud, nous verrons ce qu’il en est dans les faits...
Le ministre de la défense Hervé Morin s’est intéressé lui aussi à la question. Et comprenant que les questions que pose le général Desportes méritent une réponse, il s’est fendu ce matin d’une bien jolie déclaration sur RMC... Le ministre confirme que « Le Général Desportes sera sanctionné ». « Jusqu’à nouvel ordre, les militaires sont sous l’autorité des politiques », a déclaré le ministre. « Moi, quand j’étais fonctionnaire, j’appliquais et j’exécutais les ordres de la majorité en place ».
Le général Desportes devrait faire l’objet d’un blâme, à quelques jours de son départ du service actif, fin août. Le soutien de ses chefs, à commencer par le premier d’entre eux, l’amiral Guillaud, chef d’état-major des armées, ne devrait pas lui être d’un grand secours :"Le Général Desportes a exprimé une opinion personnelle malvenue et insuffisamment argumentée (...) C’est une opinion irresponsable car elle vient de quelqu’un qui est en activité". C’est "une faute".
On n’est pas plus aimable... On peut néanmoins être plus lâche... Comme le rapportait le blog Secret-Défense : "Ainsi le chef d’état-major de l’armée de terre a annulé, ce midi, le déjeuner prévu de longue date avec le général Desportes."
Ce qui est rassurant dans cette merveilleuse histoire, c’est de constater à quel point les vrais enjeux de défense sont pris en compte tant par le ministre que par le chef d’état-major des armées. Des soldats français meurent au combat, un combat dont le sens et l’issue mériteraient d’être portés à l’attention des citoyens français et l’homme qui s’y essaye est puni d’un blâme. Sanction symbolique et passablement humiliante dans sa forme et d’aucun effet sur le fond.
Parallèlement à cette affaire, les armées se préparent une jolie réforme pour faire face aux défis militaires qui les attendent. Sur le sujet, le ministre et le chef d’état-major des armées communiquent sensiblement moins... Ainsi que le rapporte Frédéric Pons dans le magazine Valeurs actuelles :"Nicolas Sarkozy, chef des armées, a chiffré l’ampleur de l’effort : 20 000 postes (dont la moitié pour l’armée de terre) et environ 3,5 milliards d’euros de crédits militaires en moins sur trois ans". "Calculette en main, chaque armée vérifie les conséquences de la “réduction de périmètre” : à terme, l’armée de terre pourrait être réduite à 93 000 hommes (au lieu de 131 000), la force aérienne de combat ramenée à 180 appareils et la marine à moins de 30 grandes unités navales".
Et le journaliste poursuit ainsi son analyse : "Les armées pourraient se rabattre sur le format des unités d’intervention interarmées de 5 000 hommes, projetables en permanence dans un cadre national ou multinational (...). La réintégration dans l’Otan plaide en ce sens, même si, à terme, ce processus risque de faire de l’armée française un simple supplétif des Américains. Cette interopérabilité revendiquée a un avantage : elle permet à la France de maintenir le niveau opérationnel de ses forces et de peser sur certains théâtres majeurs. Les inconvénients sont nombreux : la réduction du format devrait dégrader, ipso facto, les missions et les ambitions géopolitiques de notre pays, et le recours aux capacités alliées – le culte de la mutualisation, prétexte à beaucoup de renoncements – entraînera la perte de capacités pointues, au détriment direct de la France (et de l’Europe). Ce “décrochage” technologique devrait bénéficier aux seuls États-Unis."
Il est tout même invraisemblable que sur ce genre de sujets, il n’y ait aucun débat possible en France.
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