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Ah... le peuple...le peuple...

mardi 1er décembre 2009, par GB

Ces gens là... Comment vous dire... Le peuple bien sur... C’est des pénibles... Regardez, en Suisse, par exemple... je sais pas pourquoi, mais je le sens bien cet article... Donc en Suisse, le peuple... On lui pose une question et pan, rien que pour faire braire tout le monde, il répond l’insolent. Selon cet adage anglo-saxon (en ce moment, j’adage volontiers en grand-breton, je trouve ça trop chic), selon ce principe donc "If you can’t take the answer... don’t ask the question", les Suisses ont dit qu’ils ne voulaient pas de minarets dans leur pays.

Et ne pas vouloir de minarets comme l’ont souligné plein de commentateurs, c’est vraiment pas bien, obscurantiste, pas sympa, ça envoie de mauvais messages aux investisseurs des pays du Golfe, bref bad trip.

De bonnes âmes, pétries de sentiments de la même qualité, ont ensuite fait valoir que ça puait la trouille et l’intolérance et que pour la Suisse, ça craignait pas mal du boudin d’envoyer ce genre de messages. Le référendum d’initiative populaire, la "votation", ne semblant pas être finalement du goût de ceux qui ne souhaitaient pas un tel résultat.

Les analyses géopolitiques et humaines des citoyens suisses ont beaucoup déçu les gens qui s’y connaissent. Vu des médias et des politiques, sociologues etc, cette votation eut du couronner le vouloir vivre ensemble arrangé à la sauce tous différents mais tous pareils.

Je ne vais pas commenter le résultat, je ne vais davantage faire le procès de nos voisins qui vivent, après tout, comme ils l’entendent et en démocratie depuis 700 ans. Non, je vais revenir sur le référendum d’initiative populaire ou les référendum en France.

Le dernier que nous ayons connu, c’était la constitution européenne, un grand succès pour ceux qui espéraient que tout les Français adoreraient l’idée. En fait, non. Et pourtant, de gauche, comme de droite, le sujet avait le soutien de la majorité des faiseurs d’opinion. Sauf que... Tout comme en Suisse... L’opinion n’a pas suivi.

La méthode de la votation qui permet de lancer un débat et une consultation sur un (bon ou mauvais sujet) ressemble pas mal à de la démocratie participative, ou directe. Il faut se souvenir que nous n’en sommes pas si loin en France, puisque le principe du référendum d’initiative populaire a été inscrit dans la constitution depuis le 21 juillet 2008.

le texte de la réforme en son article 3 (bis) : « Un référendum portant sur un objet mentionné au premier alinéa peut être organisé à l’initiative d’un cinquième des membres du Parlement soutenue par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales. La régularité de l’initiative, qui prend la forme d’une proposition de loi et qui ne peut avoir pour objet l’abrogation d’une disposition législative promulguée depuis moins d’un an, est contrôlée par le Conseil constitutionnel dans des conditions fixées par une loi organique. Si la proposition n’a pas été examinée par les deux assemblées parlementaires dans un délai fixé par la loi organique, le président de la République soumet la proposition au référendum. »

Donc première info, il faut que 184 élus (députés et sénateurs) soutenus par quelques millions de Français, soient réunis pour constituer la demande de référendum. Pas simple, on sent bien que la réforme avait un caractère plus rhétorique que soucieux de réalisme.

La parole au peuple Français c’est pas gagné. Et ça l’est d’autant moins que pour que cette modification de la constitution entre en vigueur, il faut la promulguer par une loi dite "organique". Curieusement, après la retouche cosmétique et la campagne de com liées à ce sujet, le gouvernement et la présidence de la république se sont empressés de mettre un frein à l’immobilisme pour éviter que cette réforme n’entre dans les faits. La fameuse loi organique... y en a pas eu... du tout.

Le dernier épisode de demande de "votation populaire", en France, c’était pour refuser le changement de statut de la Poste à l’initiative de toute la gauche unie (il faut le signaler c’est tellement rare). Et rien ne semblait plus démocratique alors que de faire un référendum sur le sujet. Les chantres de la démocratie directe d’alors ont aussi été les premiers à dénoncer le résultat de la votation suisse.

Etonnant, non ?

Pas tellement, parce que dans le fond si le peuple est d’accord avec les promoteurs d’une idée, ces derniers déclarent alors gentiment que le peuple c’est trop cool. Dans le cas inverse, c’est emmerdant, tous des beaufs, des trouillards, des lâches etc...

Il y a bien sur cette autre option, un poil simplette, qui consisterait à accepter comme fondement de la démocratie qu’elle soit exercée par le peuple souverain. Charles de Gaulle, en son temps, acceptait les décisions du corps électoral et en tirait toutes les conséquences. O tempora, ô Mores... Ça n’est plus franchement acceptable pour nos politiques, et c’est déjà plus ce qui me chagrine.

La question n’était pas la bonne peut-être, mais la réponse ne laisse pas de doute sur l’opinion de ceux qui ont été consultés. Et on me racontera ce que l’on voudra sur le sujet, si c’est comme ça que ça fonctionne la démocratie, alors il ne me semble pas aberrant de se plier à la volonté du peuple, dont finalement les politiques sont les représentants.


Vos commentaires

  • Le 1er décembre 2009 à 16:15, par Anne-So

    Article éclairé par de bons arguments, relayé par de bonnes idées de fond, qui enfonce un peu la méthode de calcul du référendum populaire. (la "vox populis", comme on dit en breton)

    Je salue le développement de l’auteur qui illustre clairement sa pensée -je ne retire rien de la substance, de la teneur de l’article-, qui est d’ailleurs nickel-, à ceci près que je ne me retrouve pas parmi ces détracteurs de la constitution de notre Vème République, de la votation, du système français, etc...

    Que les référendums ne soient proposés qu’avec 1/5ème des membres du Parlement soutenu par le 1/10ème des électeurs (inscrits sur les listes électorales), ne me ruine pas le tempérament...
    Ne serait-ce que parce qu’aujourd’hui, les moyens de communication sont décuplés et que pour réunir ses amis, il suffit d’avoir un bon téléphone portable, de relayer l’info via SMS, afin de créer un mini-événement avec un maximum d’effets, suffisants pour déstabiliser les pouvoirs publics, faire du remue-ménage et se faire connaître, tiens !

    cf. les manifestations de collégiens -’anti-gouvernementaux’, ’anti-profs’, ’anti-travail’ qui se rassemblent en un clic pour déambuler sans trop savoir pourquoi il sont là !
    Pauvres cancres dépourvus de neurone actif pour disserter sur une feuille de DS...

    cf. le mini-’event’ à Paris de cette société du net qui donnait rendez-vous à ses lecteurs, clients, sur une place parisienne pour gagner des billets de banque.

    Mettons-nous en face des réalités !

    Si tu ne sais pas convaincre tes 180 amis de Facebook à soutenir tes idées, alors, il faut bien avouer que ta sphère d’influence est limitée.

    Toutes ces raisons me suffisent à penser qu’il n’est pas nécessaire de défaire, revoir, le système de votation qui est somme toute, défendable, et qui a le mérite de fonctionner.

    Quant aux Suisses, ils se prononcent sans ambiguité pour des valeurs de droite, autrefois de droite, et pour les pays voisins que nous sommes, c’est une bonne leçon de ’choses’, et peut-être même que le débat sur l’identité européenne devrait avoir lieu.

    Vous n’pensez pas ?

  • Le 1er décembre 2009 à 17:52, par GB

    Ben la votation en France... Faute de loi organique promulguant la réforme de la constitution... Pour le moment ça n’existe pas.

    Quand aux aspirations à l’identité européenne... C’est une peu comme l’identité nationale... Je ne suis pas client d’une formule construite sur la soustraction... Les musulmans français ne sont pas des musulmans d’abord, ce sont d’abord des Français. Poursuivons ce sont des Français qui sont musulmans et comme d’autres Français sont juifs, catholiques, protestants etc... Au même titre que tous les Français qui peuvent pratiquer leur culte dans un lieu approprié, je ne fais pas de différence, s’il n’y a pas assez de mosquées, il faudra bien les construire, non ?

  • Le 1er décembre 2009 à 21:00, par Fouqs

    Elle est prof, la dame ?

  • Le 1er décembre 2009 à 21:04, par GB

    J’crois pas

  • Le 1er décembre 2009 à 21:16, par Anne-So

    Effectivement, la votation en France, c’est ce que je pensais, ça n’existe pas encore en France ! Bonne pioche !

    Identitairement, j’ai écrit cela parce que je me sens plus proche de l’Europe de l’Est que de la Turquie.

    Ensuite, concernant les lieux de culte, les Popes ne nous réclament pas la possibilité de construire des églises orthodoxes, sauf méconnaissance de ma part ...

    J’ai été au Liban où druzes, musulmans, orthodoxes et catholiques étaient réunis sur un même territoire, et l’histoire parle pour eux malheureusement.
    La multiplicité de leurs religions, les différences communautaires, les difficultés à trouver un leader qui ne tremble pas tous les jours pour sa vie, ne m’ont pas donné l’impression que la paix était un terrain facile à trouver.

    Cet exemple précis peut probablement influencer mon regard sur l’imposition de lieux de cultes multiples dans un pays qui se dit, je crois, catholique !!

    Sauf votre respect.

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