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Aymeric Chauprade a été assassiné

Et tout le monde s’en fout, mais on va en causer quand même...

jeudi 5 février 2009, par GB

Professeur au Collège interarmées de défense (CID), depuis des années, Aymeric Chauprade vient de passer de l’ombre à... un peu plus d’ombre encore, en bénéficiant des faveurs de Mr Jean Guisnel, journaliste du Point spécialiste des questions de défense. Que s’est il passé au fait ? Ah, oui, les faits, Mr Guisnel écrit un article sur Mr Chauprade et le lendemain de cet article, Mr Chauprade est viré comme un malpropre par le ministre de la défense, l’honorable Hervé Morin.

Belle société de l’information, belle liberté de penser en vérité. Je tiens donc à faire part à Mr Guisnel de l’expression la plus sincère de mon mépris le plus profond. Mais je m’emballe, revenons sur les faits :

Etape 1 : Jean Guisnel écrit un article sur son blog "défense ouverte", il s’étonne des propos liminaires du dernier ouvrage de Mr Chauprade (wikipédia) dans lequel ce dernier se montre circonspect sur l’attentat du 11 septembre 2001.

STOP avant de vous dire quoique ce soit sur le sujet pour mémoire voici ce que NOUS en pensons :

« Pour le 11 septembre 2001, le temps semble avoir à peine filé. J’ai une impression d’avant hier. Un truc tellement proche, que ça ne peut pas s’oublier.

J’étais avec des journalistes ce jour-là, pour faire un pauvre reportage et ils se sont barrés en nous disant qu’il venait d’y avoir un attentat à New-York. Un truc énorme... disaient-ils...

Mouais bof... C’est assez hallucinant à quel point on est marqué par la société du spectacle dans laquelle nous vivons. Une part de moi ne pouvait s’empêcher de ne pas croire au truc énorme en question.

Et puis j’ai croisé une télé, un deuxième avion s’est encastré dans la deuxième tour et j’ai vu une époque finir, une guerre commencer. Un monde ancien qui disparaissait et on a du être quelques milliards à avoir les sentiments de ceux qui ont vu JFK se faire flinguer à Dallas.

Ce jour est entré dans nos vies et nous n’oublierons jamais ce que nous avons vu, ni ce que nous faisions ce jour là. Avec mon incrédulité, j’ai quand même un peu eu l’air d’un connard. »

Donc voilà ce que j’écrivais le 11 septembre 2008.

Etape 1 (suite) : Mr Guisnel s’indigne que Mr Chauprade puisse en donnant sa caution scientifique à des thèses de complot américano-sioniste, remettre en cause l’histoire officielle du 11 septembre 2001. Source

Soit. Jusque là, je comprends bien que les thèses exposées par Mr Chauprade puissent être jugées comme fausses et dangereuses.

La fin de l’étape 1, et bien au nom de la valeur supérieure de son opinion, de sa conscience, Mr Guisnel s’étonne que Mr Chauprade puisse être enseignant au CID [1]. Aujourd’hui ce sont 342 officiers qui suivent ce cursus, qui ont 36 ans de moyenne d’âge et plus de 15 ans d’expérience militaire, je vous épargne le fait qu’ils aient passé en opérations extérieures plusieurs séjours et qu’à tout prendre, ce ne sont plus vraiment de jeunes adolescents naïfs.

Mr Chauprade donne des cours de géopolitique. Il ne forme pas des officiers. Merci pour eux, mais à leur âge et compte tenu de leur sélection, je crois que ces jeunes gens ont acquis un peu de libre arbitre.

Etape 2 : Hervé Morin, leader charismatique du nouveau centre et ministre de la défense se fend d’une déclaration devant les médias pour faire part de toute sa surprise et son émotion sur le sujet. Et de sa décision de virer Ayméric Chauprade.

Etape 3 : Cher Monsieur Guisnel, veuillez agréer l’expression de mon mépris car si économe que j’en sois (il y a beaucoup de nécessiteux en effet), sur ce coup là vous pouvez être fier de vous. Et pourquoi ?

Ah ben oui, j’oubliais la possibilité d’une étape 0, ma théorie du complot à moi...

Etape 0 : "un ami qui veut du bien" à Aymeric Chauprade, contacte Mr Guisnel et attire son attention sur ce sujet... Mr Guisnel, pas contrariant, se fend de sa copie etc...

Qui est Mr Guisnel ? Un vieux routier des questions de défense, un de ces journalistes qui peuvent appeler ou être appelé par des amis à eux. Je ne veux pas faire le procès de ces journalistes qui ont le mérite de s’intéresser à ces sujets. En revanche que ces journalistes soient sensibles au fait d’être appelés ou consultés par des officiers généraux ne me semble pas être une thèse d’une audace folle. De là, pour le bien de l’institution militaire et pour rendre service à de si gentils amis, songer, alors, que Mr Guisnel ait été contacté pour commettre son article par un "ami" ne peut être considéré comme de la science-fiction.

Parce qu’entre le papier de Guisnel et l’annonce du renvoi de Mr Chauprade, 24 heures à peine se sont écoulées.

Je vois peut être le mal partout, mais c’est un peu rapide tout de même. Ce que les US Marines formulent ainsi "don’t pee in my my pocket and tell me it’s raining" [2].

Je ne vois là aucun hasard et je le dis froidement, Ayméric Chauprade a été assassiné. Ceux qui se félicitent de cet épisode minable, ceux qui y ont pris part ont donc droit à mon mépris, entier et total.

P.-S.

Steve Jobs a l’habitude de conclure ses présentations d’un "one last thing..." Et j’ai le sentiment d’avoir oublié un petit point tout bête et tout simple, la question du choix d’un professeur de géopolitique n’est pas neutre et je peux comprendre que cette question se pose si ses écrits font débat. Ou pas d’ailleurs, il appartient évidemment aux responsables de l’enseignement de choisir ceux qui leur semblent être les meilleurs.

Dans cette affaire, je ne sais pas si Mr Chauprade est le meilleur, ce que je sais est simple. Si on veut se séparer de quelqu’un, faut-il en passer par les médias ? Faut-il un lynchage de cette espèce ? Ca ressemble à ce proverbe romain "Qui veut tuer son chien, l’accuse d’avoir la rage".

Connement, j’imaginais que pour se séparer de quelqu’un qui a travaillé pour vous pendant des années, il y avait moyen de se passer de cette sinistre mise en scène.

Notes

[1] (CID =Le Collège interarmées de défense est une institution de l’Enseignement militaire supérieur français qui a succédé aux quatre anciennes Écoles supérieures de guerre (des armées de Terre, de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie) et au Cours supérieur interarmées depuis le 1er septembre 1993. Il est situé dans l’enceinte de l’École militaire, et relève du chef d’état-major des armées. L’enseignement y est de haut niveau et très diversifié, axé sur les opérations interarmées, sur les relations internationales et sur la préparation de l’avenir.

Le CID forme des officiers des armées de Terre, de la Marine, de l’Air, de la Gendarmerie, des Services ( service de Santé des armées, service des Essences) et de la Délégation générale pour l’Armement sélectionnés par concours. Chaque promotion représente plus de soixante-dix pays. Les élèves sont préparés à assumer des responsabilités d’état-major, de commandement et de direction au sein de leur armée d’appartenance, dans les organismes et états-majors interarmées ou interalliés et à tout autre poste où s’élabore et s’exécute la politique de défense.)

[2] (Si tu fais pipi dans ma poche, évite de me dire qu’il pleut)


Vos commentaires

  • Le 6 février 2009 à 06:55, par Nico

    Vu d’ici, ton Aymeric a la meme tete que les chiites qui peuplent le Sud Liban.
    Tu sembles étonné d’une telle mise à l’écart ? Ce sentiment t’honore, mon cher Gaby, et je constate que, tel Don Quichotte, tu es toujours pret à combattre les moulins à vent. Chouette, on sera deux.......

  • Le 6 février 2009 à 13:39, par Gayo

    Pour répondre à ton PS et si ça peut te rassurer, (mais je ne suis pas sûre de mon fait sur ce coup-là), il se passe à peu près la même chose dans la vie dite "civile", à des degrés variés, mais suivant toujours le sacro-saint principe : « Tous les moyens sont bons pour arriver à nos fins et peu importe les conséquences »… Je pense qu’on va être trois…

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