dimanche 24 septembre 2006, par
Retour en grâce ? Plus ou moins, en fait... Mais de qui s’agit-il ? De Romain Gary. Au hasard de mes pérégrinations dans les librairies Parisiennes, j’ai trouvé ce recueil d’articles : "L’affaire homme". Pour quelques €uros abandonnés aux éditions Folio, vous pouvez vous offrir un concentré d’intelligence et de bon sens, un petit manuel d’humanité sans complaisance.
Si il est de ces livres qui vous rendent un peu plus intelligent, celui-ci en fait partie. Un peu plus sensible aussi, mais il n’est que les butors, les imbéciles garde-chiourmes pour croire qu’il s’agisse de faiblesse. Celle utopique de la morale de l’homme qui lie Saint-Exupéry et Gary, qui plonge aux racines de la fraternité est une de ces idées essentielles parce que sans doute quasi inaccessible.
En relisant cet ensemble d’articles et d’interviews donnés par l’écrivain, le lecteur se retrouve face à un bon paquet de ces petites questions emmerdantes qui le renvoient à ses lâchetés ordinaires, ces difficultés qu’il connaît un peu tous les jours pour éviter d’être un zombie, un pauvre type ordinaire avec ces tentations égoïstes qui lui font irrésistiblement tourner la tête lorsqu’il croise un SDF ou tout autre intouchable de notre société auquel il refuse la pièce et même un regard. Un type un peu trop ordinaire qui ressent un sale soulagement lorsqu’il évite cet autre qui pourrait pourtant lui rappeler combien il est heureux.
A ce propos, alors que je rentrais de mon week-end de réveillon de Noël, le dimanche 25 décembre, j’étais en train de pester contre le chauffage déficient de ma voiture. C’est vrai que c’est chiant de rouler à 15° de température dans sa voiture quand dehors il fait un petit -3°. Non merde, c’est vrai, c’est chiant tout de même, dans une voiture qui coûte bien trois ou quatre ans de RMI. Bref, je roulais en con pressé ordinaire, pestant contre les impossibles feux rouges et autres taxis névrosés qui viennent implacablement vous couper le chemin. A un feu dont l’inutilité lui vaudra de figurer dans ces pages bientôt, un homme passait. La démarche hésitante, fragile, le pas lourd, un sachet en plastique à la main. Quel âge avait-il ? je n’en sais rien, il traînait son odeur de tristesse et de pauvreté, le regard hébété fixé sur le pavé. Le sordide bardas qui reposait sur son dos ne devait pas peser bien lourd et il mit pourtant un temps infini à passer devant moi, nous étions seuls à ce carrefour. Il devait être en quête d’une grille de métro. Et je le fixais stupide dans ma bagnole trop chaude, trop facile et je me sentais impuissant. Plus impuissant encore qu’aux heures du petit jour ou pris de boisson j’hésite à grimper Samantha parce que je sens bien que je vais avoir du mal... Il n’a pas levé les yeux, il s’est enfoncé dans la nuit jaune de Paris et je me suis rentré dans mon appart ou bien sur il faisait trop chaud.
Je ne sais pas si on écrit un éditorial comme je m’y prends aujourd’hui. Je crois que je peux me permettre de m’en foutre. C’est là la force du parti pris de l’inutile. Ca ne sert à rien, soit. Et alors ? Faisons un pas et puis un autre, nous voici en période de voeux et de résolutions. La mienne, je crois que vais aller faire de la monnaie. Pourquoi ?
Combien de fois nous agaçons nous en Parisiens pressés des ombres que nous croisons la main tendue ? De ces individus tous semblables qui nous demandent un ticket resto, une pièce, un billet pour manger etc. Il est autour de nous un peuple de l’ombre, de la crasse recuite et aux visages déformés dont nous ne voulons pas reconnaître l’humanité, la dérangeante consanguinité qui nous lie pourtant.
Voilà en guise de voeu pour 2006, j’espères que j’aurais de la monnaie et le courage de regarder dans les yeux ceux que je croiserai. C’est inutile ? Ca tombe bien, c’est rarement le plus facile à faire.