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Je crois à la Justice, mais je défendrai ma mère avant la Justice.

vendredi 4 février 2011, par Hugues

Après la Tunisie qui vient de mettre à la porte son président autocrate et sa famille mafieuse, c’est au tour de l’Égypte de se révolter contre son raïs dictatorial. Non loin de là, le roi Abdallah de Jordanie, le président Bachar El-Assad en Syrie et notre brave Mahmoud Abbas en Palestine ont précipitamment nommé des ministres réformateurs pour devancer les mouvements populaires. Plus discrètement, en Mauritanie, en Lybie et en Algérie, la contestation se fait plus visible malgré la répression.

Bref, le printemps des peuples arabes qui se déroule sous nos yeux embrumés de larmes d’émotion a de quoi réjouir les démocrates de tous les pays occidentaux et les chantres droits-de-l’hommistes que nous sommes (sur l’air de l’Internationale).

En France, nos hommes politiques sont même obligés de faire profil bas quant aux relations antérieures de notre pays avec ces États et ces gouvernements. Un vent de liberté vient remettre un peu de morale dans notre monde politique.

Tout cela est pitoyable et dangereux.

Pitoyable tout d’abord car la politique étrangère d’un État n’a pas vocation à être vertueuse. Elle doit simplement être réaliste et trouver un équilibre entre ses intérêts et ses valeurs. Certes, ce n’est pas évident, et c’est ce qui rend l’exercice délicat. Aucun pays qui revendique une place importante sur la scène internationale ne peut envisager d’avoir une politique étrangère uniquement fondée sur l’opportunisme ou a contrario sur ses idéaux. Le monde de Oui-Oui, pas plus que le Léviathan, n’existe. De ce point de vue, je crois que la France applique un équilibre plutôt satisfaisant depuis des décennies, à droite comme à gauche, ce qui explique l’audience qu’elle peut avoir dans le monde.

Dangereux ensuite, et c’est bien là que l’Occident, et surtout ses médias, font preuve d’une amnésie sidérante. Je m’explique. Dans la plupart des pays arabes se sont instaurés entre les années 50 et 70 des régimes autoritaires qui, quelle que soit leur forme de gouvernement, étaient d’inspiration laïque, sociale, et panarabe. Or, eu égard aux aléas de l’histoire, ces gouvernements n’ont pas su apporter à leurs populations les progrès et les avancées sociales qui étaient attendus. A la place, l’affairisme et le népotisme ont proliféré. En réaction, les populations se tournent maintenant de plus en plus vers des mouvements islamistes qui ont tendance à se radicaliser sous le double effet de la répression interne et de la montée du « djihad global » prôné par Al-Qaïda. Il ne faut donc pas se leurrer : passées d’éventuelles périodes d’union nationale, des élections libres dans ces pays amèneront tout naturellement à un moment ou un autre des islamistes radicaux au pouvoir. L’Europe ne pouvant pas être épargnée (directement ou indirectement) par un Maghreb ou un Proche-Orient radicalisé, une telle situation fragiliserait clairement sa sécurité. Or, par notre comportement idéologique quant à l’instauration de la démocratie et du suffrage universel, nous sommes simplement en train de créer les mêmes conditions qui ont permis à Hitler d’arriver démocratiquement au pouvoir en Allemagne en 1933. Nous tendons une main qui va être mordue.

Pour conclure, je laisserai la parole au seul acteur lucide à mes yeux dans cette affaire : Israël. Des commentateurs israéliens ont en effet estimé que l’environnement sécuritaire serait bouleversé si des islamistes prenaient le pouvoir en Égypte et que les besoins stratégiques d’Israël pourraient devoir être réévalués. Pour cette raison, le Premier ministre Netanyahu a apporté son soutien à Hosni Moubarak.

Parfois, il faut savoir être un peu cynique pour se protéger. Chez nous, il est temps de s’y mettre.

P.-S.

« On ne chemine jamais qu’entraîné par la force de son naturel », Nicolas Machiavel qui prête ses traits au logo de cet article.


Vos commentaires

  • Le 7 février 2011 à 10:48, par AlsoSprach

    +1 point Godwin !

  • Le 22 avril 2011 à 11:23, par CelineT

    A la lecture, un peu en retard, de cet article et à la lumière de ce qui se passe actuellement en Syrie, je ne suis pas sûre que les islamistes soient au centre de la contestation.
    Tous les slogans appellent à l’unité des communautés, des confessions, ...
    Et si les départs des manifestations sont lancés des mosquées c’est parce que ce sont les derniers points de rassemblement possible.

  • Le 22 avril 2011 à 14:55, par Hugues

    Mosquée ne veut pas dire islamisme, je suis entièrement d’accord... Mais...
    Si les rebelles libyens semblent aussi unis et modérés c’est aussi, il ne faut pas être naïf, parce que c’est ce que l’Occident veut entendre pour les aider ! 
    Reste que ni les Américains, ni les Britanniques ni les Français n’envoient d’armement lourd en Libye par peur de voir tomber des missiles antichars ou antiaériens tomber entre les mains d’Al-Qaeda...

  • Le 12 avril à 16:40, par Hugues

    Un an plus tard... Ne sont-ce pas les islamistes qui veulent imposer la charia en Egypte, en Tunisie, en Libye ? Ils constituent en tout cas dans ces trois pays les premières forces politiques. Et si ils modèrent (un peu) leurs positions actuelles, ils n’abandonnent pas leurs fondamentaux : temporel et spirituel inséparables, citoyenneté de seconde zone pour les femmes et les non-croyants, justice aussi rapide que démocratique, etc... Jusqu’à quand serons-nous aveugles ?

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