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Jean-François Kahn, le poids des mots

mercredi 1er juin 2011, par GB

15 mai, la France et une bonne partie de la planète ont droit en boucle à la balade infamante du prévenu le plus célèbre du monde… La surprise et l’incompréhension sidérales qu’éprouve JFK vont s’exprimer dans une phrase qui oscille entre la maladresse absolue et une effarante légèreté, DSK aurait « troussé une domestique »… En trois mots, ite missa est… En trois mots Jean-François Kahn vient de mettre un terme à sa carrière d’éditorialiste.

Les quarante ans d’amitié partagée avec Anne Sinclair, l’estime en laquelle il tenait DSK lui ont mis dans la bouche cette formule imbécile. Il peut y avoir mille et une raisons, mille débats pour expliquer ce que JFK ne s’explique pas. Il a « dérapé ». Et tout est dit. L’homme reste évidemment brillant et iconoclaste, il vient de toucher du doigt la fragilité de son état, de mesurer la faillibilité de sa condition, en trois mots.

L’exercice de la parole politique ou médiatique n’est pas un genre neuf pour lui, depuis trente ans il offre à la presse française des journaux originaux ( l’évènement du jeudi, Marianne) qui détonnent dans ce milieu parce qu’ils s’efforcent de ne pas céder aux tentations partisanes primales ou hémiplégiques de la gauche toujours opposée à la droite et inversement.

En 2007, JFK rejoint François Bayrou. L’expérience tournera court. Après avoir pris du recul par rapport à son magazine (Marianne), il revient peu à peu à ses éditoriaux. C’est une excellente lecture que celle de JFK. L’homme est libre, il ne répugne devant aucun sujet, ne se laisse pas enfermer dans des a priori. Et il est certainement un des observateurs les plus renseignés, les plus intéressants qui soit au sein du petit monde des journalistes français.

Sur l’affaire DSK… Sur l’affaire DSK et cette émission sur France Culture, il n’y a pas grand-chose à dire. Il dérape, s’égare, se trompe. Il redevient commun, se retrouve parmi ceux qui par amitié ou par surprise se sont fendus de commentaires déplacés sur le sujet. Jack Lang, Robert Badinter, BHL, Roland Dumas… La liste est longue.

JFK prend cette semaine ses responsabilités, il nous épargne cette formule d’un vide sidéral à laquelle se raccrochent les imbéciles, il n’assume pas, non il prend ses responsabilités. Il est cohérent et nous annonce son retrait définitif de l’expression journalistique. Il met un terme à sa carrière de journaliste. Il se dit libéré et on comprend qu’échappant à la pression de devoir commenter dans l’instant ce qui passe dans le monde, il puisse en effet l’être.

C’est un choix qui l’honore, un choix d’homme libre. Nul doute qu’il ne soit soumis aux amicales pressions de ses confrères qui s’efforceront de le pousser à reprendre la parole. Imaginez en effet que le ridicule puisse tuer… La liste des victimes serait longue et menacerait tout de même beaucoup de monde. En ce sens, la décision de JFK est exemplaire.

On rêve qu’il puisse inspirer d’autres commentateurs, dont le persistant BHL. Je ne résiste pas à rappeler ici l’interprétation de notre général, conscience, philosophe des règlements de service intérieur d’hôtellerie, attention, ça n’est pas rien, accrochez vous : « Je ne sais pas - mais cela, en revanche, il serait bon que l’on puisse le savoir sans tarder - comment une femme de chambre aurait pu s’introduire seule, contrairement aux usages qui, dans la plupart des grands hôtels new-yorkais, prévoient des "brigades de ménage" composées de deux personnes, dans la chambre d’un des personnages les plus surveillés de la planète. »source

Et bien pour ma part monsieur BHL je ne sais pas quelle idée vous pouvez vous faire de la condition humaine, pour prétendre qu’une femme doive être accompagnée pour aller faire le ménage dans une chambre d’hôtel sans risquer de s’y voir agressée. J’ai la faiblesse insigne de croire que lorsqu’on fait son métier, on doit pouvoir espérer l’accomplir sans souci d’y défendre sa vertu et son honneur.

Et si Jean-François Kahn et ses chroniques nous manqueront, c’est justement par l’expression de cette vertu et de ce sens très honorable de ses responsabilités qu’il manifeste aujourd’hui.

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