mardi 31 mai 2011, par
A petits pas, nouant une à une de nouvelles alliances, Jean-Louis Borloo (JLB), ancien ténor des gouvernements Fillon jusqu’en novembre 2010, avance ses pions en vue de sa probable candidature à l’élection présidentielle de 2012. La démarche ne saurait surprendre de la part de ce déçu du sarkozysme à qui Matignon a échappé lors du dernier remaniement gouvernemental majeur de l’actuel président.
Après avoir été le favori des médias pour succéder à François Fillon, JLB a pu mesurer l’ironie et le froid réalisme du président qui lui avait offert de se rêver, de se rêver seulement, Premier ministre. Les sondages et la majorité présidentielle hésitant pour leur part à en faire leur champion, l’immobilisme et la placidité de François Fillon ont eu raison de ses ambitions d’alors.
JLB avait jusqu’alors mené sa barque avec sérénité dans des gouvernements dont ce n’était évidement pas la caractéristique principale. Bombardé du titre de numéro 2 du gouvernement, chargé de l’environnement, dont il faut bien admettre qu’il ne constituait en rien la priorité du président, JLB donc, coulait des jours plutôt paisibles en évitant soigneusement les sujets polémiques sur lesquels s’escrimait le président.
Le temps passant, son calme souriant et sa gouaille, ce côté bon client des médias, lui valaient de faire son petit bonhomme de chemin. N°2 du gouvernement il ne pouvait guère aspirer qu’à en devenir le N°1. La voie semblait tracée, l’inimitié latente et le contraste qu’offraient les styles du président et de son premier ministre semblaient lui libérer le chemin.
Las, soudain le président hésitait, renoncer à conserver son premier ministre ne pouvait manquer d’en faire un adversaire. Nicolas Sarkozy président ne pouvait se faire à l’idée de se voir opposer celui qui l’avait rejoint en 2005 après avoir été évincé du gouvernement de Dominique de Villepin. Conscient de la popularité de François Fillon au sein de l’UMP, le président ne pouvait s’en séparer.
Pour Jean-Louis Borloo, on verrait plus tard. Ce dernier, berné de promesses flatteuses, cajolé par les médias avant cette disgrâce, s’est donc retrouvé éjecté du gouvernement aux côtés des plus polémiques Bernard Kouchner, Christine Boutin, Rama Yade, en cette sorte de charrette où il ne fait pas bon se retrouver. De quelque manière que le problème soit posé, il n’avait échappé à personne que ce désaveu ressemblait à une humiliation mal déguisée.
Dès lors que le destin s’impose à un homme, son existence se simplifie notablement. Le président l’ayant répudié, il lui rendait aussi sa liberté. Nombre de ceux qui l’entouraient dans cette charrette avaient aussi quelques motifs d’en vouloir au président. Jean-Marie Bockel, maire de Mulhouse et transfuge socialiste, Hervé Morin rallié du deuxième tour de 2007 entre autres n’avaient pas démérité du sarkozysme, considéré comme une forme d’opportunisme.
Quatre ans après avoir franchi le Rubicon de leurs fidélités politiques, ils se retrouvaient ainsi un peu gros Jean comme devant, sans réelles perspectives d’avenir politique. La présidence crispée sur des sondages calamiteux était sourde à leurs misères, leurs amis d’hier au mieux indifférents, ne devaient pas être bien loin de sourire du prix de leurs choix.
La présidentielle… Oh ça ne pouvait les concerner, l’affrontement opposerait le président sortant et l’idole des sondages, ce DSK, incontournable rassembleur qui ne pouvait s’embarrasser de leurs soutiens. Bockel et Morin n’étaient pas loin de la fin de leurs carrières. Les voix du centre étaient promises au patron du FMI, nul n’allait s’embarrasser à négocier avec eux.
Le moins que l’on puisse dire est que la fin politique de DSK n’a pas dû leur faire une peine affreuse. Dans un affrontement idéologique entre un président droitier et un libéral démocrate, ils n’eussent pas existé, Borloo non plus. Au PS, le retrait de DSK a déplacé le centre de gravité de l’opposition plus à gauche. Comme à l’accoutumée, le candidat que ce parti se choisira, devra gagner sa candidature à gauche. Sarkozy à droite, tenu de lutter avec le Front national, les socialistes plus à gauche, un espace au centre s’ouvrait.
Et Jean-Louis Borloo et ses nouveaux amis ne peuvent que tenter de s’en emparer, ils n’ont pour continuer d’exister politiquement pas d’autre choix. Ils étaient dos au mur et cela promet une campagne assez vive. Car à défaut de gagner seuls (la possibilité d’y rêver ne leur en est en rien interdite), il faudra avoir acquis un capital électoral à négocier. Et Si Borloo devait s’y refuser, nul doute que Morin ou Bockel n’y parviennent eux sans trop de difficultés, ça ne serait pas une première.