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Le syndrome de Bernard Marx

mercredi 1er septembre 2010, par GB

Si vous n’avez pas lu Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, je vous dois aussitôt une explication de cette référence, qui flatte mon ego (sur le thème de « Quelle putain de culture j’ai »), pour vous rappeler au besoin qui est le personnage Bernard Marx, puisque j’en ai tiré le titre d’une partie de cet article.

Dans le très joli meilleur des mondes, un certain nombre des affligeants problèmes de notre société ont été réglés par la science. Les êtres humains sont programmés pour être beaux et intelligents s’ils doivent occuper des postes de direction, soit bêtes et moches s’ils doivent être employés comme ouvriers, manœuvres, petites mains etc. Les premiers sont classés alpha et les autres voient décroître leurs capacités au fil de l’alphabet grec.

Bernard Marx est intelligent et moche... Ce qui l’embête beaucoup dès qu’il s’agit de proposer la botte à des demoiselles. Il est bien malheureux et donc d’autant plus intelligent. Sa vie change le jour où il accède à la célébrité au sein de ce monde parfait, au fur et à mesure que son pouvoir et son sex-appeal progressent, ses facultés de réflexion et son libre-arbitre s’évanouissent. Daube and fuck...

D’où mon syndrome de Bernard Marx. Méfiez-vous de vos succès, ils vous menacent au moins autant qu’ils ne vous apporteront de satisfaction. Appliqué à des personnages publics, dont le premier serait un certain Bernard K, cela pourrait donner la chose suivante.

Un joli docteur médiatique, idole des humanitaires et grand prêtre du droit d’intervention, se retrouve bien malheureux au sein peu généreux de son parti politique. L’homme, à l’heure annoncée de l’automne de son existence, sent que son destin politique, national qui sait, risque bel et bien de lui échapper. Ayant soutenu du bout des lèvres la candidature de Ségolène Royal, convaincu de ne plus être promis à rien et de la défaite de la candidate, Bernard réfléchit, s’interroge, s’agite...

La réponse, la bonne réponse à ses interrogations ? Accepter d’entrer au gouvernement, retrouver les ors des palais de la République, une tribune médiatique d’où il pourra lancer anathèmes et imprécations, combattre avec tout le poids de l’Etat derrière lui ces amères violations des droits de l’homme dont il est, un peu par défaut, le champion en France.

Il offre donc sa vie « exemplaire », ses engagements, ses combats, en une sorte de caution, de dot au président nouvellement élu contre le maroquin de ministres des Affaires étrangères. La France possède l’un des plus beaux réseaux diplomatiques au monde, le second, derrière les USA... Ce n’est pas rien.

Le beau projet capote quelque peu, en dépit des ambitions du bon docteur K. Il n’y a guère de place pour ses plaidoyers, ses croisades, ses combats. Le président n’aime pas moins les médias que lui, il se voit donc refuser l’accès aux médias, sa politique, ses idées chimériques sont passées par pertes et profits. Bernard K est court-circuité, enfermé, rangé et au mieux exhibé comme un trophée par le locataire de l’Elysée.

Son merveilleux CV, ses heures de gloire passées, son autonomie enfuie, oubliée, il n’est plus guère qu’un invité de marque de la République. Il lui manque sa grande cause, son combat... Les occasions se présentent pourtant, il pourrait encore choisir la rupture, des histoires d’identité nationale, d’expulsions des Roms se présentent. Il y aurait bien là matière à controverse. A vingt ans, à trente ou quarante ans, l’homme n’eut pas hésité.

La justice et la justesse de la cause eussent été les bienvenues. Il aurait eu sa grande querelle, il se serait colleté en leur nom avec les puissants, mais... Fasciné peut-être par son reflet dans les miroirs du quai d’Orsay, Bernard a hésité. De cette forme d’hésitation qui vient quand on ne sait plus se passer de cette considération, de ce confort qu’offre en France l’état de ministre. Tout au plus avoue-t-il son malaise parfois, suggère-t-il qu’il pourrait démissionner. Certes... Mais alors que lui resterait-il ?

Les temps sont durs, on replie peu à peu ses lambeaux d’idéaux, le drapeau élimé de la lutte est rangé au rayon des souvenirs anciens, chers au coeur et un peu fanés sur les bords... Reste le statut, le confort, alors il ne faut pas trop en demander, on croit avoir le pouvoir, c’est lui qui vous tient, on grogne un peu, on imagine ce que l’on pourrait faire et puis, et puis on imagine les conséquences de ses actes et on ferme bien sa gueule.


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