« On appelle famille un groupe d’individus unis par le sang et brouillé pour des questions d’argent » Edouard Rey.
lundi 12 juillet 2010, par
Les familles ont toutes leurs secrets, leurs histoires, leurs failles, leurs fardeaux, leurs joies, leurs sagas même parfois… A la fois constitutives de l’individu, elles sont aussi ce qui l’enfouit dans le flot de l’anonymat : « Nous tenons de notre famille aussi bien les idées dont nous vivons que la maladie dont nous mourrons » disait Proust. Oui, la famille est une chose mystérieuse. C’est une entité à part entière, tentaculaire, qui vit indépendamment de ses membres et ramène toujours ses derniers à elle. Et celles que l’on nomme "les bonnes familles" sont pires que les autres.
Parmi mes films cultes, il y en a un daté de 1958 dont je prescris le visionnage immédiat à tous ceux qui en auraient fait l’impasse : "Les Grandes Familles", roman de Druon adapté par Audiard et La Patellière au cinéma pourvu d’un casting des plus impressionnants dont Jean Gabin, Pierre Brasseur, Bernard Blier, Louis Seigner et… Nadine Tallier, jeune première (on appelait ça comme cela à l’époque) qui n’est autre que la future baronne Edmond de Rothschild… Rien que cela ! Critique savoureuse et acerbe de cette caste sociale qui se situe, pour le film, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Un petit chef-d’œuvre à mon sens. Rien que d’en parler, j’ai grande envie de le revoir.
Je ne sais pas trop pourquoi, mais ce film m’a fait penser à ce que les médias nomment « l’Affaire Bettencourt ». Sans doute parce que le patriarche se nomme Schoudler et que la consonance n’a pas été sans me rappeler celle de Schueller, fondateur de l’Oréal. Il me semble d’ailleurs, sans en mettre ma tête à couper, que l’analogie entre le personnage de fiction et l’ancien mécène de Deloncle ne s’arrête pas là, mais ceci est un autre débat…
Liliane Bettencourt, unique héritière d’Eugène Schueller, était plus connue jusqu’ici par la presse financière spécialisée lors des classements des fortunes françaises, que comme première dame des tabloïds. Pourtant, toute cette affaire n’est bien, au départ, qu’une affaire de famille : une fille a voulu protéger sa mère (et peut-être aussi l’héritage de ses propres enfants) des agissements d’un gigolo sans scrupule qui utilise les faiblesses et la solitude d’une vieille dame richissime pour arriver à ses fins (s’enrichir beaucoup personnellement en payant un peu de sa personne). Une histoire des plus sordidement banales, quand d’importants intérêts pécuniers sont en jeu, jetée en pâture à la presse qui devient affaire d’Etat. De quoi occuper les ménagères et alimenter les dîners en ville quand on a fait le tour de la crise, de la vente de son appartement et de la dent du petit dernier qui vient d’apparaître…
Oui mais voilà, derrière tout ce tapage, il y a une famille, des enfants, bref des gens qui vont souffrir de cette marque indélébile que laissera le scandale sur leur nom, et dont ni la richesse ni les exploits de jeunesse plus que discutables du père et du grand-père ne sauraient justifier en aucun cas le mal qu’on leur a fait subir aujourd’hui. Et un grand gagnant : le sieur Banier, quasiment inconnu jusqu’ici, qui continuera sans doute à faire parler de lui, écrira ses mémoires et usera de sa condition de parasite jusqu’à la corde…
La pitié n’est pas de mise dans Les Grandes Familles (le film) qui termine par ces mots : « Terrible puissance de la richesse, on frémit à l’idée de l’emploi qui pourrait en être fait, si elle ne reposait pas en des mains éclairées. Mais Dieu pouvait-il protéger cette grande famille ? »