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Réponse à un article sournois

mercredi 17 novembre 2010, par DB

Parfois, il se publie des choses bizarres sur le Journal inutile. C’est normal, on ne pense pas tous pareil et c’est tout l’intérêt de ce site.

Sauf que parfois, la connerie est à l’œuvre.

Ceci est une réponse à un article - « Le travail rend libre », voir lien plus bas - qui se voulait une réaction d’indignation, sous couvert d’ouverture d’esprit.

Cher Hugues,

Ton combat d’arrière-garde me pèse. Parce que tu penses de travers.

Ce que je perçois derrière tous tes mots ne me plaît guère.

La surprise qui t’a saisie à la lecture des propos du procureur de New York n’est qu’un prétexte pour nous raconter des fables. Si ce n’était qu’à toi que tu racontais des fables, je m’en ficherais relativement. Mais, comme tu publies cela dans nos colonnes, je ne peux m’empêcher de mettre mon grain de sel.

D’abord, si tu as été vraiment surpris, alors, il serait temps que tu te renseignes un tout petit peu. Par exemple, en allant remarquer que l’organisme à travers lequel l’arnaque a été mise en place est une association juive. Ce n’est pas très difficile à trouver comme info. Cet organisme s’appelle la Claims Conference, dont le nom complet est The Conference on Jewish Material Claims Against Germany. Comme son nom l’indique, elle s’occupe des victimes juives. Sauf preuve du contraire de personne d’autre.

Et les propos du procureur de New York, si jamais on avait pu y déceler la moindre ambiguïté – ce qui n’est évidemment pas le cas – se comprennent alors aisément. Que viendraient faire des homosexuels et des Tziganes dans une association de victimes juives ? (Il est vrai qu’il pourrait y avoir des juifs homosexuels... Que dirait-on de ceux-là ? Dans quelle catégorie de victimes entreraient-ils ? Je connais la réponse et ce n’est pas moi qui ai écrit la règle).

Comme je sais que tu n’as pas été surpris, mais bien plutôt particulièrement content de pourvoir sauter sur une si belle occasion pour nous faire part une nouvelle fois de tes positions, je m’en vais démonter la mécanique de ta pensée insidieuse.

Ainsi tu es choqué que parmi les arnaqueurs, il y en ait même un qui ne soit pas Juif et que cela fasse l’objet d’une remarque. L’amalgame Shoah/Juif te choque ? Tu penses aux Tziganes, aux homosexuels, au résistants, aux handicapés ? C’est tout à ton honneur. Tu trouves qu’on réduit trop souvent la Shoah au peuple juif ? C’est souvent vrai. C’est tout à ton honneur aussi. Il y a effectivement un amalgame et il y a des raisons à cela. Ces raisons ne justifient pas forcément cet amalgame. Et je ne prendrai pas le temps d’exposer ces raisons ici, parce que ce n’est ni le lieu, ni le moment.

Je vais juste m’occuper de ce que tu écris.

Reprenons.

Mets-toi dans la peau d’un arnaqueur.

Tu te rends compte que la Claims Conference brasse et distribue des millions de dollars à des victimes de la Shoah. Tu te renseignes un peu et tu arrives à la conclusion qu’il y a un paquet de Juifs russes qui, pour des raisons évidentes liées à l’histoire de l’Union soviétique, se manifestent seulement depuis la chute du Rideau de Fer pour recevoir ce qui leur a été attribué au sortir de la guerre.

Question : crois-tu vraiment que des gens (qui semblent être des employés de la Claims Conference) qui mettent en place une arnaque à l’indemnisation des victimes de la Shoah (au passage, cette arnaque n’est pas minable, elle est sordide), se sont posés une seconde la question de l’origine des victimes ? L’aubaine qu’ils y ont vue ne s’est pas embarrassée de cette question. Les arnaqueurs sont allés au plus simple, à l’évident : faire monter des dossiers de demande d’indemnisation de victimes juives. Tout naturellement.

Ton couplet sur le monopole de la mémoire sonne alors très faux et particulièrement déplacé (circonstances atténuantes : de quoi parles-tu ?). La vacuité de ton argumentation desserre totalement ce que tu sembles souhaiter défendre. Je ne me permettrais pas d’émettre un avis sur l’intérêt véritable ou factice que tu portes à la mémoire des victimes Tziganes ou homosexuelles de la Shoah.

Ce que je lis, même pas entre les lignes, c’est que cela te fait bien chier que les Carmélites aient été obligées de déménager. Je suis par ailleurs loin d’être certain que Maximilien Kolbe eût cautionné ton raisonnement et eût accepté une telle récupération de ta part.

Alors, s’il te plaît n’insulte pas nos intelligences et raconte-nous vraiment ce que tu veux nous raconter. Et ce que tu veux nous raconter est très différent de ce que tu viens d’écrire. Je te saurais donc gré, premièrement, de ne pas employer ce genre de subterfuge pour distiller ta pensée. Deuxièmement de ne pas souiller la mémoire dont tu parles. Troisièmement, de ne pas le faire sur le Journal inutile qui n’a pas vocation à accueillir des propos aussi bas du front.

Tu veux vraiment qu’on parle d’histoire officielle ? Qu’on parle de déformation ? D’instrumentalisation ?

Concernant l’histoire officielle, l’unique fois où nous nous sommes rencontrés tu m’as jeté ta lecture d’Hannah Arendt à la face et je t’ai remis à ta place à propos de quelques petites certitudes que tu peux par ailleurs tranquillement défendre dans certaines circonstances.

Concernant la déformation, je crois que ce que tu viens d’écrire parle de soi-même : à déformateur, déformateur et demi. J’invite nos lecteurs à lire l’article du New York Times concernant cette arnaque et la fiche Wikipédia concernant l’affaire des Carmélites d’Auschwitz.

Pour l’instrumentalisation, laisse-moi rire ! Tu crois qu’en écrivant les mots « homosexuel » et « Tziganes », tu nous évites de voir où tu veux en venir avec les Carmélites et Saint Maximilien Kolbe. C’est toi qui instrumentalises les Tziganes et les homosexuels. Au reste, je ne crois pas que tu les cites les homosexuels dans ton article. Tu vois, si tu veux commencer à faire des listes, on n’est pas rendu. Et le combat contre le fameux amalgame mentionné plus haut n’a pas besoin de ton « aide ».

Quant à ta conclusion, surtout, ne t’inquiète pas. Le temps, certes, fragilise, mais c’est bien à cause de ce que tu te permets d’écrire. Un paquet de monde s’occupe à ce que la mémoire ne se fragilise pas. Parce que s’il y a un risque d’oubli, c’est bien le tien. Visiblement, tu ne veux rien en garder.

Pour finir, je te donne un petit conseil : épargne-toi les papiers écrits à la va-vite (cela dit, l’affaire est sortie il y a une semaine dans la presse française). Ce n’est jamais une bonne idée de réagir à chaud (apparemment à tiède non plus). Tu devrais savoir ça, non ?

Tu m’as obligé à te répondre, alors que je n’ai pas que ça à faire. Tu m’as obligé à réfléchir, à lire, à me renseigner pour contrecarrer ta pensée sournoise. Ça me fatigue. J’ai autre chose à faire dans la vie. Mais, ne crois pas que je ne prendrai pas le temps de le faire.

Voir en ligne : http://www.lejournalinutile.com/act...

P.-S.

Tu as particulièrement mauvais goût et l’esprit mal tourné en choisissant un titre d’article pareil.


Vos commentaires

  • Le 17 novembre 2010 à 08:02, par Sam

    Alors...

    Je suis désolé, David :
    - Je pense avoir compris ce qu’ a écrit Hughes. Vraiment, puisque moi, je le connais plutôt bien, et que je pense qu’on peut toujours critiquer/discuter de ses positions, mais rarement mettre en cause son intelligence (un peu facile, l’accroche à base de "connerie")
    - Je n’ai rien compris à ce que tu as écrit.

    Ca ne veut pas dire que j’estime que l’un de vous a tort.

    ...Juste que tu as l’indignation compliquée.

  • Le 17 novembre 2010 à 09:01, par Hugues

    Cher David,

    Je crois effectivement que tu ne me connais pas autrement que sur des remarques qui peuvent se faire un soir de grand vent autour d’un verre de bière.

    Tout d’abord, je reconnais ne pas avoir cherché le nom complet de l’association. Mais l’article du Figaro ne le mentionnait pas non plus, ce qui peut prêter à confusion. C’est donc plutôt le fait que ce soit un énième signe de récupération qui m’a fait réagir. J’aurais certainement dû creuser mes sources, mais j’estime le coup de gueule justifié.

    Ceci étant dit, quelques précisions sur des idées ou des intentions que tu me prêtes.

    Tout d’abord, je n’ai pas cité les homosexuels. Oubli de ma part. Sorry. Mais quand tu me dis que je n’ai réellement rien à faire des Tziganes et autres homos que j’instrumentalise pour propager mes idées, c’est un procès d’intention. Alors certes, je ne suis pas personnellement touché par ces deux cas (mais mon humanisme l’est). En revanche, je peux te dire que concernant les handicapés je suis très sensible et trés concerné. Les handicapés mentaux sont par nature faibles et démunis. Ils ne "produisent" rien au sens capitaliste ou marxiste du terme. Ils sont juste là pour éveiller notre humanité : donner à et protéger des gens qui ne rendront pas, sauf en affection. Alors oui je pense que leur extermination dans les camps est monstrueuse, et oui je regrette qu’en 6 heures de visite à Auschwitz leur sort ne soit pas abordé.

    Ensuite, Concernant ce qui sous-tend toute ta réponse et que tu me prêtes sans le nommer : l’antisémitisme. 
    Entendons-nous bien. L’antisémitisme est la pire aberration intellectuelle qui existe. Je n’y ai jamais souscrit et je n’y souscrirai jamais. Je me suis même éloigné de certains amis à cause de cela.
    Et pour aller plus loin, je ne souscrit pas non plus à cet avatar gaucho-bobo de l’antisémitisme qu’est l’antisionisme. Personnellement, je soutiens sans réserve l’Etat d’Israel dans son combat qui est à mes yeux le bon.

    Ce que je dénonce est donc simplement la récupération de la Shoah. Cette récupération qui fait que pour avoir un marché public en 2010 en Californie il faut demander pardon pour avoir fait rouler des trains il y a 70 ans... Cette récupération qui permet de faire culpabiliser certains Etats d’Europe occidentale pour avoir leur soutien inconditionnel. Cette récupération qui fait qu’ouvrir une boite de nuit à Auschwitz - près de 10000 habitants - est aujourd’hui impossible (voir article du Fig Mag sur les pressions exercées sur la mairie).

    Même si l’aptitude à débattre de leurs erreurs n’est pas le fort des Israéliens (un peu comme les militaires français et la torture en Algérie), ce ne sont quand même pas eux (ou les juifs en général) que je blâme le plus car je vois une certaine légitimité à ce qu’ils tentent de faire cette récupération. Ce sont leurs interlocuteurs qui entrent dans le jeu qui sont les plus fautifs à mes yeux.

    Enfin, deux choses : 
    1) faut-il être juif pour critiquer les juifs sans voir ressortir les pires idées des poubelles de l’histoire ? Et les critiquer fait-il de moi systématiquement un ennemi ? Attention le totalitarisme n’est pas loin...

    2) totalitarisme, transition toute trouvée vers la chère Hannah. Je n’ai pas souvenir que tu m’aies fait la leçon sur quoi que ce soit à son sujet. Nous pouvons reparler d’elle quand tu veux, les connaisseurs sont trop rares en France.

    Enfin, malgré tout, mon intention n’était pas de blesser (comme moi je suis blessé par la récupération). Je te présente donc mes excuses si c’est le cas.
    Si tu veux on peut essayer de déjeuner ensemble un de ces jours... Tu as mon mail dans l’espace rédacteur. Sinon Sam et Gaby ont mon tel.

  • Le 17 novembre 2010 à 15:36, par DB

    Les mecs,

    Je ne pense pas avoir l’indignation compliquée. Tu le sais très bien Sam. Je pense qu’elle est au contraire bien légitime à la lecture des mots d’Hugues. Tu peux considérer que je me trompe de colère. Toi et moi, nous commençons à nous connaître un peu (et ce n’est pas un euphémisme, je pense qu’on ne commence qu’à se connaître un peu. En tout cas, moi, je ne commence qu’à te connaître un peu). Je crois que tu me connais suffisamment ma tournure d’esprit pour savoir que j’ai une capacité à véritablement entendre ce que beaucoup n’osent même pas effleurer.

    Sur ce coup, je réagis. Parce que j’atteins une de mes limites. Que ce ne soit pas une des tiennes, je peux concevoir. Que nous ne connaissions pas Hugues de la même manière est aussi un facteur. Puisque qu’en fait je ne le connais pas.

    Et c’est notamment parce que je ne le connais pas, que je réagis. Parce qu’à la lecture de son article, je ne peux que percevoir quelque chose qui ne me plaît guère. Et pour le coup, cette dernière phrase est un euphémisme.

    Je pense aussi que tu as très bien compris ce que j’ai écrit. Et que tu comprends très bien pourquoi je l’ai écrit.

    Une fois de temps en temps, il est nécessaire d’intervenir. Non pas comme parangon de vertu ou comme soi-disant détenteur d’une bonne parole, mais comme quelqu’un qui a été touché. A juste titre ou pas est une question secondaire à mon avis.

    Ta réponse, Hugues, m’incite à croire que je n’ai pas eu tort d’aller gratter. Parce que tu ne m’enlèveras pas de l’idée que ton papier est, à tout le moins, écrit à la va-vite et par là-même, prête le flan à des réactions telle que la mienne.

    Je veux bien croire que telle n’était pas ton intention. Mais, alors, il fallait t’yprendre autrement. La multitude des sujets que tu effleures dans ton article est bien trop complexe pour écrire aussi vite et aussi approximativement.

    Et c’est parce que je suis d’autre part tout aussi prêt à discuter de beaucoup de sujets, que j’ai réagi ainsi.

    Quoi que tu en penses – et je soupçonne que tu en as conscience – ce genre de sujet est trop sensible, complexe, vecteur d’irrationnalité pour laisser place au moindre doute quant aux intentions des interlocuteurs.

    Et ce que tu as écrit laisse planer plus qu’un doute. Parce que tu l’as écrit très vite, maladroitement et approximativement. Trois facteurs qui ne sont pas compatibles avec la sensibilité du sujet. Et, lis-moi bien : je ne suis pas en train d’ouvrir un quelconque débat sur la question de la sensibilité du sujet, parce que la sensibilité du sujet est un fait. C’est comme ça. C’est un axiome. Pénible ou pas n’est pas la question. Que tu l’acceptes ou pas n’est pas la question. C’est quelque chose qui te dépasse. Qui me dépasse. Qui nous dépasse. Qui dépasse tout le monde. Nous ne sommes pas loin d’une forme de transcendance.

    Je veux bien croire que ce que tu as écrit ne voulait pas donner l’impression qu’on peut en avoir, parce que les amis que nous avons en commun me le disent. Tu es allé vite. Tu es allé trop vite. Pourtant, ce n’est pas parce que Sam me dit qu’il te connaît vraiment, que je ne considère pas que tu as écrit des conneries. Sam et moi sommes copains. Pourtant, il trouve que je raconte plein de conneries. Pourtant, je trouve qu’il raconte plein de conneries.

    Sur le fond de ta réponse, je vois que tu abordes encore d’autres sujets et donne des exemples, tous méritant une attention toute particulière parce que je pourrais te montrer bien d’autres façon d’envisager les choses. Nous en parlerons probablement un jour. Je constate aussi que tu ne me parles pas de la corrélation que tu as faite entre la remarque du procureur de New York, ton indignation, Saint Maximilien Kolbe, les Carmélites.

    Sur ta première question, tu prêtes encore le flan.

    Sur ta deuxième question, je ne t’ai pas repris à propos d’Hannah Arendt (je ne l’ai pas lue). Je t’avais repris sur autre chose. Là encore, nous en reparlerons probablement un jour.

  • Le 25 novembre 2010 à 18:05, par Alexis

    Comme dirait Clémenceau, c’est quand on cherche à avoir raison qu’on s’éloigne de la vérité.

    Votre journal porte bien son nom avec cette "réponse à un article sournois".
    S’inventer un ennemi ignoble pour mieux se parer de vertu, c’est assez inutile.
    Bref, un procès d’intention qui tombe à côté. Non lieu.

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