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Un chevalier surgit-il du fond de la nuit ?

Le mutisme est-il un instinct de survie oublié....

samedi 28 juin 2008, par GB

Ames sensibles, passez votre chemin, éloignez vous de la salle des Criées, naïfs satisfaits, fats suffisants, innocents inconscients, allez, allez vite maintenant. Rentrez chez vous, vous ne voulez pas connaitre ce danger, ces périls, cet abime, cette fosse aux lions sans chrétiens à manger, la conférence Berryer.

Hier soir, vendredi 27 juin de l’an de grâce 2008, premier vendredi de l’été, le soleil se couchant sur Paris en caressait les toits de ses rouges finissants et languissants, les dernières lueurs chaudes du jour s’estompaient tandis qu’en la salle des criées, le public des jeux, impatient, s’échauffait l’esprit. Dans les couloirs, égaré, perdu là ou l’avait mené ses pas, un candidat voulait se rassurer. "j’espère qu’ils ne seront pas trop méchants..."

Cette seule étincelle de lucidité qui lui traversait l’esprit aurait pu le sauver. Que ne s’est il sauvé, aussi malheureux que Sainte Blandine, il s’est fait dévorer, déchiqueté par ses propres mots renvoyés par ses 12 juges et sur sa peine seul l’invité glissa trois sous de charité. La Berryer est affaire d’éloquence et de prudence, mais si l’on ne prend pas de risque on en meurt. Il faut tout donner et plus encore, sinon on a rien donné et pour le coup on en crève. Pour l’invité, la satisfaction de soi évidente qu’il portait sur ses traits s’est effacée, l’incrédulité et la rage se sont succédés, puis l’abattement enfin ont effacé tout contentement des traits de l’inconscient. Il est vrai que dans le public au bout de trois phrases la messe était dite : "Celui là il est parfait".

Pendant cinq minutes de péroraisons satisfaites prononcées sur un ton d’évident plaisir, l’homme a creusé sa fosse... Le plaisir n’était pas partagé et l’orateur absent, un à un il a alors descendu les paliers de la honte. Soulé de coups il s’est enfin effondré, incompréhensif, passé par l’essoreuse, l’oeil du cyclone, vivant encore mais à peine...

les torrents de rire du public entrainent l’inconnu vers un oubli qui ressemble à l’anonymat auquel on ajoute l’humiliation. L’homme devrait savoir fermer sa gueule parfois.

La leçon est dure, il y a seize acteurs et deux cents témoins. Deux candidats qui essayent de survivre, 12 jurés qui seront jugés à leur tour, un invité pris dans la tempête, un juge enfin, ancien secrétaire de la conférence qui porte à tous le coup de grâce. C’est terriblement beau, dur et tous sont en danger jusqu’au juge qui une fois encore prend le risque de n’être pas drôle. Et c’est toute la beauté du jeu, tous peuvent en crever de honte, mais ils sont venus, ils s’exposent, ils sont en quête de l’art perdu de l’éloquence. Et j’ai rarement vu un exercice aussi hasardeux ou périlleux.

http://www.laconference.net/laconference.html Le programme est suspendu pour l’été, mais un conseil, si vous voulez voir quelque chose d’hors du commun...


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