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Les révolutions ne font pas le printemps
lundi 14 mars 2011, par
Les dernières semaines de l’actualité internationale ont été marquées par les révolutions victorieuses en Tunisie et en Egypte. Seul, en Libye, Mouamar Khadafi continue avec une belle application à s’accrocher à un pouvoir qu’une bonne partie de sa population lui conteste. Le vent de révolte et de liberté qui s’est levé sur plusieurs pays du monde arabe, et n’a pas manqué de bouleverser les équilibres géopolitiques connus, ne l’a pas encore emporté.
Ces révolutions nous rappellent que l’étude des relations internationales demeure un art délicat et dans lequel pèchent la plupart des « spécialistes » du domaine et la majeure - pardon - l’écrasante majorité de la classe politique occidentale. Parce que sans vouloir faire de peine affreuse à ceux qui s’y connaissent, voire à ceux qui connaîtraient quelqu’un qui s’y connaîtrait... Nous n’avons pas vu venir grand chose.
Et à cet égard la chute annoncée et réalisée de Michèle Alliot-Marie, merveilleuse ministre des Affaires étrangères, est emblématique de cette cécité occidentale et des limites culturelles de notre personnel politique. Mési, mési... Se rendre en vacances en Tunisie alors que le pays était agité de manifestations pré-insurrectionnelles et que la police locale réprimait, c’est pas fin, pas très intuitif... Proposer des moyens et du personnel pour assister les forces de police alors que celles-ci avaient ouvert le feu sur la foule.... A ce niveau-là, la bêtise touche au sublime...
Et ben si... Il ne vous aura pas échappé, aimables lecteurs, que quand c’est la révolution, le printemps des peuples et toutes ces sortes de choses, la seule approche reconnue par les médias consiste à affirmer son soutien aux peuples et à déclarer son indignation à l’égard des vilains dictateurs avec lesquels nous traitions pourtant, insouciants démocrates que nous sommes, la veille encore. Il est vrai que parfois ces gens sont un peu courts sur les idées mais qu’ils ont en revanche du pétrole à foison...
Oui, dictateur de nos jours, ça n’est plus ce que ça était comme métier. On sent bien que le respect pour la fonction se perd, un jour on se voit donner du « monsieur le président », on peut même espérer un joli titre du genre « raïs » ou « guide suprême de la révolution » et le lendemain... Fini les amabilités, on est devenu la lie de l’humanité, un gros vilain dictateur, un tyran même pas ordinaire et là pour le coup, pas la peine d’évoquer son statut passé... Parce que pendant ce temps-là, lorsque l’histoire se fait dans la rue, elle se réécrit aussi dans les rédactions et les chancelleries.
A ce compte-là, si l’on ne doit plus traiter qu’avec les « gens bien », la politique diplomatique des pays occidentaux risque de furieusement ressembler au joli pays de Candy...
Et c’est ainsi qu’eût dû se conclure cet article. L’espoir n’avait en Libye pas encore changé de camp et le combat n’avait pas encore changé d’âme. Avec un à-propos discutable, notre bon président et ce formidable BHL de nouveau conseiller en communication qu’il s’est trouvé n’avaient pas offert au monde cette étonnante reconnaissance de la résistance libyenne comme seul représentant légitime de ce pays.
Las... Nos bouillonnants hérauts que voilà ont su choisir l’heure la moins favorable pour annoncer tout le mal qu’ils pensaient du guide suprême libyen. On notera que celui-ci affiche une évidente mauvaise volonté à l’idée de prendre congé de son peuple. Le dictateur est contrariant, c’est un fait un peu méconnu, et avouons-le aussi, une erreur. Quant à la possibilité de lui régler son compte, je ne prétends pas la chose impossible, mais demande à voir. Selon mes sources, lui-même ou Laurent Gbabo ne diraient pas autre chose.
Nous ne sommes pas loin de voir fleurir à Tripoli ou à Abidjan un nouveau proverbe un peu cynique qui dirait en substance ceci : « Les médias occidentaux aboient mais les dictateurs ne passent pas tous », printemps ou pas...