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mardi 14 décembre 2010, par
Comme vous le savez, j’aime aimer les gens que personne n’aime et j’aime défendre les indéfendables… Alors je vais continuer aujourd’hui : je vais vous parler de George W. Bush. Pourquoi aujourd’hui ? Parce que je viens de terminer ses mémoires : Instants décisifs, un bon pavé de 492 pages.
Pour ceux qui étaient sur Mars entre 2000 et 2008, je rappelle que George Bush est le 43e président des États-Unis. En France, il est considéré comme un attardé mental fanatique de Dieu. Tout bien pesé, c’est un bon symbole de la réussite pour un attardé mental d’avoir été gouverneur de la 11e puissance économique mondiale pendant deux mandatures (le Texas, NDLA), grand patron d’industrie (dans le pétrole puis dans le base-ball, sans hériter des boîtes de papa) et président là aussi pendant deux mandats, en étant notamment le président élu avec le plus grand nombre de voix de l’histoire de son pays. Tout ça pour relativiser le matraquage médiatique totalitaro-bobo-karlzéro-bien-pensant qui lui est tombé dessus à son époque.
Ceci étant dit, et pour finir le préambule de mon propos, je tiens à signaler à titre personnel que je pensais en 2003, et je le pense toujours, qu’attaquer l’Irak était une erreur géostratégique majeure. Je suis donc très fier de l’attitude de la France sur la scène internationale à cette époque.
Venons-en au livre maintenant. Au-delà de l’écriture que je ne me permettrais pas de juger (la traduction est souvent approximative et peu subtile), je l’ai trouvé vraiment captivant pour au moins deux raisons que je vous livre.
Tout d’abord, ce livre permet de découvrir « l’homme » Bush. On le rencontre jeune homme, élève dissipé et moyen, décrochant ric-rac ses diplômes de Yale et Harvard (mais les décrochant quand même, avis à ceux qui le prennent pour un âne), et plutôt porté sur les fêtes et les filles. On le rencontre ensuite homme marié, prenant conscience de sa dépendance à l’alcool – dont il sortira, ce qui n’est jamais facile – et souffrant des difficultés que sa femme et lui ont rencontrées pour avoir des enfants. Ces deux épreuves le marqueront durablement et influeront énormément sur les politiques en faveur de l’adoption et du développement des associations cultuelles d’aide sociale qu’il mettra en œuvre à la Maison Blanche. Plus tard, on le retrouve père de famille, conscient du poids que ses fonctions font peser sur ses filles et très attentif aux avis de ses proches dans la gestion de son pays. Bref, on découvre un homme avec ses forces et ses faiblesses, ce qui le rend très sympathique.
Autre intérêt, le livre montre de manière assez précise les difficultés de l’exercice du pouvoir. Il montre les interactions entre chefs d’État, les jeux politiques, les évolutions inattendues, etc. Il en ressort clairement que le meilleur plan ne résiste jamais au premier coup de feu et que malgré des engagements de campagne forts, un président passe plus de temps à tenter de garder une direction générale, ne pouvant finalement se concentrer que sur quelques mesures phares. Pour ceux qui le croiraient encore, je pense pour ma part que le 11 septembre n’était pas planifié par la CIA et le Mossad (« le … ? » voir OSS 117). Il montre aussi quelle peut-être la solitude du chef malgré l’armée de conseillers qui l’entoure. Solitude face aux décisions délicates, solitude face aux critiques, solitude face aux oppositions politiques partisanes. George Bush livre sans détour les doutes qu’il a pu concevoir avant d’attaquer l’Afghanistan et l’Irak, avant de statuer sur la recherche sur les cellules souches, avant de réformer le système scolaire américain. Conscient que la décision lui appartenait, il a cependant toujours cherché à entendre des avis contradictoires et à marier le meilleur de toutes les positions avec ses propres convictions (ainsi est-ce Ted Kennedy qui a porté la réforme du système scolaire). Et l’opposition n’est pas toujours venue de là où elle était attendue : si la réforme de l’assurance-maladie qu’il proposait a échoué, c’est en raison de l’opposition des Républicains qui ont voté contre.
Pour conclure, je conseille donc la lecture de ce livre. Alors que le besoin se fait de plus en plus fort dans un monde où le manichéisme progresse, il expose que rien n’est jamais noir ou blanc et que le rejet systématique et doctrinaire d’un homme, d’un parti ou d’une idée n’est jamais constructif. Il illustre aussi qu’il existe une certaine noblesse à vouloir gouverner pour le bien collectif et que des hommes croient en ce qu’ils font.
Puissent les hommes politiques français le lire !
Juste un mot pour remercier Alyette : j’avais écrit un post-scriptum qui n’amenait rien de plus à l’article. Alors je l’ai effacé. De minimis non curat praetor.
Vos commentaires
Love and peace on earth.
(elle est bien aussi, ma citation, empruntée à un autre genre de George :-)
Georges Frêche ?
Saper le travail remarquable de Mickael Moore...