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Que penser de la visite annoncée de Paul Kagamé

Peu de bien...

jeudi 18 août 2011, par GB

Pour des raisons des plus politiques et des plus subtiles, Paul Kagamé devrait être reçu en France. L’actuel président du Rwanda serait l’invité du président de la République, le 12 septembre 2011.

Cette annonce circule sur Internet et pose quand même un petit peu la question de savoir qui l’on reçoit chez soi.

A plus d’un égard, il est très étonnant que M. Kagamé soit reçu dans un pays dont il n’a cessé de clamer qu’il était responsable de complicité de génocide. A plusieurs reprises, depuis 2007, le pouvoir exécutif Français a cherche à se rapprocher de Kigali. Depuis la révolution Rwandaise et le(s) génocides qui ont permis la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais (FPR), Paul Kagamé a fini de se hisser à la tête du pays qu’il dirige d’une main de fer.

En cas de doute, sur la question du génocide et de la légitimité réelle ou supposée de ces propos, je vous invite à relire Pierre Péan, in Noires fureurs, blancs menteurs qui relate les terribles événements survenus dans ce petit pays.

Au cœur de la tourmente en 1994, la France est intervenue militairement pour mettre un terme aux massacres de populations civiles et séparer les parties. L’intervention entreprise seule, sans le soutien d’une communauté internationale impuissante et incapable de se décider, a mis fin aux affrontements entre Tutsis et Hutus dans la région des Kivus à la frontière du Congo (à l’époque Zaïre). En 1996-1997, le Rwanda soutiendra Laurent Désiré Kabila dans sa quête du pouvoir, achevant de plonger le Congo dans le chaos. Pour mémoire ce conflit oublié des media a fait plus de 4 millions de victimes. Sur le sujet, voici quelques propos qui méritent d’être rappelés :

« Quant au Rwanda, je distinguerai mon sentiment personnel, que je garde pour moi, et l’intérêt de la France. J’espère seulement qu’un jour la vérité historique sera faite sur ce qui s’est passé au Rwanda à partir de 1993. Un rapport du Conseil de sécurité, qui n’a pas fait l’objet d’une grande publicité jusqu’à présent, pointe les crimes commis en République démocratique du Congo. Sur un plan diplomatique, nous avons intérêt à avoir de bonnes relations avec le Rwanda et le processus amorcé par le Président de la République doit être poursuivi dans des conditions convenables. M. Kagamé a dit que je ne serais pas le bienvenu au Rwanda, et je lui ai répondu que je n’avais pas l’intention d’y aller tant que circulerait le rapport qui met en cause M. Mitterrand, M. Balladur, M. Védrine, M. de Villepin, M. Léotard, moi-même et l’armée française. Ce tissu d’inventions et de mensonges est destiné à créer un contre-feu à l’instruction judiciaire menée en France. Comme je l’ai dit devant la commission de l’Assemblée nationale présidée par M. Quilès, l’opération Turquoise est à l’honneur des militaires français qui ont sauvé des centaines de milliers de vies. »

Alain Juppé, le 4 mai 2011 devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale.

C’est plutôt bien dit, mieux que beaucoup ne l’eussent fait. Pour leur part, je pense ici aux militaires de l’opération Turquoise, entre autres. Je ne doute pas qu’ils tiennent ce monsieur pour un fieffé gredin et un très réel criminel, un probable responsable dudit génocide.

Et ce serait bien le moins qu’on en puisse dire.

Sur le sujet :

Bernard Kouchner est-il un bon mec ?

Congo, le grand silence

Rwanda, démocratie contrôlée

Long time no see... Nicolas Sarkozy au Rwanda

Ici la source de notre long post-scriptum du jour, l’association France-Turquoise

Enfin le rapport du Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’homme d’octobre 2010.

P.-S.

Et pour finir, un extrait du rapport du Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU sur les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commis sur le territoire de la république démocratique du Congo entre 1993 et 2003.

« Dans une interview accordée au Washington Post le 9 juillet 1997, le Président rwandais Paul Kagame (ministre de la défense à l’époque) a reconnu que des troupes rwandaises avaient joué un rôle clef dans la campagne de l’AFDL. Selon le Président Kagame, le plan de bataille était composé de trois éléments :
- démanteler les camps de réfugiés,
- détruire la structure des ex-FAR et des Interahamwe basés dans les camps et autour des camps
- renverser le régime de Mobutu. Selon l’article, le Rwanda avait planifié la rébellion et y avait participé en fournissant des armes et des munitions et des facilités d’entraînement pour les forces rebelles congolaises. Les opérations, surtout les opérations clefs, ont été dirigées, selon Kagame, par des commandants rwandais de rang intermédiaire (« Mid-level commanders »). Washington Post, « Rwandans Led Revolt in Congo », 9 juillet 1997. La suite

A ce jour aucun militaire de l’armée régulière rwandaise (APR) ou responsable politique du Rwanda n’a été traduit devant le tribunal international pour le Rwanda (TPIR). »


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