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Quelle guerre menons-nous en Lybie ?

mercredi 13 juillet 2011, par GB

Oui, je dis nous, car la représentation nationale a, comme un seul homme, voté la poursuite des opérations militaires en Libye. La guerre rêvée de BHL et de Nicolas Sarkozy se poursuit donc. Mais quelle guerre menons-nous ? Les finances exsangues de la défense britannique et les nôtres, guère plus valides, consomment à tour de bras les bombes et autres missiles de nos forces aériennes dont on eut pu souhaiter qu’elles servent d’abord à appuyer nos troupes au sol en Afghanistan.

Cette guerre en Lybie est essentiellement une campagne aérienne, aéronavale, dont l’efficacité vaut d’être un tant soit peu analysée. Depuis quatre mois que les frappes ont débuté, le régime de Mouammar Kadhafi n’a pu venir à bout de la rébellion d’une partie de la population Lybienne, certes… Une sorte de statu quo, de « pat » aux échecs semble se dessiner.

Les bombardements aériens ont un sens lorsqu’ils sont combinés à d’autres opérations militaires. L’absence d’engagement terrestre des forces de l’OTAN et le faible niveau de coopération entre les troupes rebelles au sol et les forces aériennes inscrivent les opérations actuelles dans une curieuse perspective, celle de bombardements épars, longs, coûteux et sans objectifs stratégiques.

L’arme aérienne au cours de son presque siècle d’histoire a participé à de nombreux succès tactiques lorsqu’elle était employée dans un cadre interarmées. Rappelons le franchissement de la Meuse par Guderian appuyé par la Luftwaffe, le débarquement de 1944 en Normandie, la première Guerre du Golfe, le Kosovo en 1999… Il ne s’agit donc pas ici de décrier les capacités de cette composante majeure des forces armées.

Employée isolément, elle n’a pas permis de gagner ces batailles décisives qui permettent de mettre fin aux conflits armés symétriques. La bataille d’Angleterre en 1940, les bombardements massifs contre l’Allemagne ou le Japon n’ont pas su briser la volonté des peuples à poursuivre la lutte armée. Les bombardements colossaux du Nord Vietnam n’ont pu éviter la victoire stratégique du Viêt-Cong.

Toutes les campagnes aériennes victorieuses supposaient en outre une abondance colossale de moyens. La question de la supériorité des Occidentaux face aux forces régulières libyennes ne se pose pas. Il est fort peu probable que la coalition ne déplore la moindre perte, tant ses aéronefs sont peu menacés par les forces de Kadhafi.

Les guerres sont rarement le fait des forces armées, elles sont le plus souvent selon l’éculée formule de Klausewitz « la poursuite de la politique par d’autres moyens ». Mais elles doivent répondre à un but de guerre, définir un effet final recherché… En quelques mots, servir à quelque chose. Ce but doit être affiché et compris de tous, citoyens, élus et… soldats.

Sur le sujet voici ce que nous en dit l’Etat-major des armées :

« L’objectif de cet engagement militaire est bien d’appliquer la résolution 1973 du CSNU, à savoir faire respecter la NFZ [1] pour empêcher les aéronefs du colonel Kadhafi de bombarder la population, et de protéger la population libyenne des attaques des forces de Kadhafi.

Pour atteindre ces objectifs, les moyens de la coalition, en particulier les moyens aériens :

• conduisent des missions d’interdiction aérienne : il faut détecter les aéronefs qui volent dans la NFZ et être en mesure de les neutraliser ;

• doivent réduire les capacités de défense, en particulier sol-air, des forces de Kadhafi, pour permettre aux aéronefs de la coalition de faire respecter la NFZ en sécurité ;

• conduisent des frappes sur des objectifs militaires qui peuvent menacer la population libyenne. »

Le moins que l’on en puisse penser, est que cela risque bel et bien de durer. A la lumière de la dernière formule présidentielle de Nicolas Sarkozy [2], il ne serait pas idiot de se demander quand commencer une guerre et de réfléchir un atome de seconde au pourquoi...

Notes

[1] No fly Zone : zone d’interdiction aérienne

[2] « Il faut savoir finir une guerre »


Vos commentaires

  • Le 14 juillet 2011 à 17:36, par Delta

    MOURIR POUR BENGHAZI ...

    Pourquoi intervenir en Lybie ? Éviter un nouveau Sebreniça nous dit le grand Timonier. Il n’a pas tort sauf que ...

    .. Sebreniça est en Europe, que Sebreniça a été livrée à une meute de gangsters déguisés en soldat et que ni l’intervention aérienne ni les forces aux sols n’ont pu empêcher ce désastre. Il ne suffit pas de mettre nos bottes sur un pays. Il faut encore être crédible : forts, nombreux, puissants et ... féroces.
    C’était bien une honte. Le mal nous a fait peur. La férocité des Serbes s’est imposée à nos valeurs policées.

    Benghazi est une affaire différente. Le mal ne nous fait pas peur. Les dictatures adjacentes sont tombées. Cette fois-ci, la tâche est à notre portée. Le courage d’ingérence est tellement évident en des circonstances aussi favorables. En avant donc, faisons la guerre, ... Du moment que le sort de l’Europe n’est pas en jeu, nul besoin de mourir.

    La guerre, oui, mais pas à l’américaine, surtout pas : pas de fantassins mais des Rafales. Nous avons bien assez d’un conflit où des fantassins tombent "par la faute des bellicistes yankees". Déterminés mais "avec mesure". Nous sommes bien trop malins pour perdre des soldats. Nous, les zéropéens humanistes.

    Car, comme à l’heure de vérité pour Sebreniça seize ans plus tôt, qui est prêt à mourir pour la Lybie ? Personne, voyons.

    FORTS-NOMBREUX-PUISSANTS : nous ne pouvons plus entretenir de telles armées.
    FÉROCES : pas très Eûûûûropéen comme qualité, pas très hûûûmaniste comme approche.

    Apprenons donc à terminer les guerres, puisque nous ne voulons par vraiment les gagner.

    D.

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