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En vérité, la vérité, il n’y a pas de vérité !

Jean-Claude Van Damme.

samedi 19 septembre 2009, par Gayo

Ce que j’aime avec les dingues que je fréquente, c’est qu’il ne font pas semblant…. d’être dingue, j’entends. Ils confondent allégrement névrose et intuition sans l’once d’un cas de conscience (même moi, je fais la différence... parfois.) La semaine dernière j’avais déjà eu le droit à un bel échantillonnage du style : « Non !!! Je ne prendrai pas cet avion pour Londres mercredi, même si Heath Ledger revenait d’entre les morts pour m’y tenir la main !!! » (Ben voyons, la main, tu es sûr ?...). « Qu’est-ce qu’il se passe, ta voyante t’a vu mal luné ? », « Nan. C’est juste qu’on sera 2 jours avant l’anniversaire du 11 septembre, le 09/09/09 qui est le 666 à l’envers !!! » Ah ouais ! Je ne l’avais pas vu venir celui-là. En même temps, mettre huit ans pour préparer un nouveau coup d’éclat qui ferait passer l’éradication des Twin Towers pour une plaisanterie de collégien, je pense qu’un vol charter Paris-Londres est tout indiqué. Enfin, comme je l’ai mentionné plus haut, lorsqu’on se met à confondre névrose et intuition, la porte s’ouvre sur l’hyper irrationnel sans planche de salut possible.

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Et nous voilà repartis sur le 666, le nombre de la Bête, et là on s’accroche parce que si j’en crois le verset 13 :18 de l’Apocalypse de « C’est ici qu’il faut de la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence déchiffre le nombre de la bête. Ce nombre représente le nom d’un homme, c’est : six cent soixante-six ». Et c’est parti pour un ensemble de théories, des plus sérieuses aux plus farfelues, dont je vous ferais grâce, qui rassemblent unanimement les (là, on prend son souffle) Hexakosioihexekontahexaphobiques. (Textuellement, ceux qui ont la trouille du 666. Celui-là, je vous le concède, je suis allée le chercher).

En réalité, depuis que j’avais vu La Malédiction dans ma prime jeunesse, je m’étais beaucoup intéressée à ce passage de l’Apocalypse et à toutes les théories qui en découlaient. Tout comme je me suis passionnée pour les Cathares (on n’est pas impunément héritière de cette région sans en garder quelques séquelles) et sa connexion au Grâal. Ca me fascinait, et me fascine encore, parce que ça mêle réalité, connaissances, occultisme et onirisme. Dans le fond, assez proche de ma manière de concevoir la religion et de la pratiquer ; c’est sans doute pour cela que je suis si sensible à toutes les formes de cultes antiques. C’est sans doute aussi pour cela que le Da Vinci Code m’avait plu, je l’ai vu comme une sorte de rassemblement non exhaustif, mais méritoire de toutes les formes de légendes urbaines qui traînaient sur le sujet. Un bon roman, en somme quand on aime ce genre, et croyez-moi, quand on a entièrement lu la saga des Enfants du Grâal, on aime le genre (et on a déjà entendu parlé du Prieuré de Sion)… Ce qui m’amusait, c’était ce mélange incongru de styles et de courants si différents, et de pouvoirs les reconnaître : des légendes chrétiennes, aux traditions cathares, au trésor de Rennes-le Château, en passant par les théories rosicruciennes et de la wicca, reprenant à son compte la théorie d’un certain Pierre Plantard, mêlés à des lieux et des sectes religieuses que nous côtoyons tous les jours… C’était barré, drôle, totalement surréaliste, pas toujours bien construit, mais amusant.

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Aussi, me suis-je beaucoup étonnée des émois que pouvaient provoquer ce bouquin ? Comment pouvait-on raisonnablement croire une seconde en la crédibilité d’un fourre-tout aussi flagrant ? J’ai même entendu cette remarque fabuleuse de condescendance : « Ce livre est dangereux car il pourrait faire douter les gens simples du bien fondé de la religion ». Ben, voyons… Jésus Christ et Harry Potter, même combat ! Et quand bien même, ceux qui pensent que Jésus serait une sorte d’Harry Potter sans baguette en bois de houx et plume de Phoenix (j’en connais), ils ne devraient pas être trop ébranlés par ces “révélations” qui sont des théories qui courent depuis au moins le Moyen-Age en France si ce n’est depuis des temps immémoriaux, et qui ne touchent pas à leur croyance. D’expérience, je sais que ceux qui veulent croire en quelque chose, le font coûte que coûte, en ignorant avec la plus naturelle mauvaise foi toutes les évidences qu’on voudra bien leur objecter. Ou alors, serait-ce que ces personnes se sentent directement agressées dans leurs convictions les plus profondes et incapable d’expliquer ce grand écart ? C’est plus probable…

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Au fond, « comme souvent dans la vie, on a chacun sa propre grille de lecture », voilà la seule chose factuelle que je concéderai. Chaque événement possède différents niveaux d’interprétations et une logique qui est la sienne propre en fonction des desseins qui servent ou non ceux qui en sont les auteurs. Les conquérants réécrivent l’histoire, c’est une réalité et peut importe si cette histoire n’est pas la vérité.

D’ailleurs, la vérité c’est un luxe que tout le monde ne peut pas se permettre, pour la bonne et simple raison qu’il faut être capable de l’entendre et de la recevoir.

Ca m’a rappelé une blague de Coluche : une femme retrouve dans son lit son mari avec une chèvre, le mari dit : « Tu vois, c’est cette vache que je me tape quand tu a mal à la tête », la femme lui réponds : « Si t’étais pas aussi con, tu verrais que c’est une chèvre », le mari lui rétorque : « Si t’étais pas aussi conne, tu aurais vu que c’était à la chèvre que je parlais… »

Donc, effrayé par ce mercredi noir où toutes les forces du mal et de l’Antéchrist auraient dû se liguer pour montrer au monde leur face triomphante, mon pote a repoussé son rendez-vous à Londres. Et lorsque je lui ai dit qu’il fallait qu’il se fasse une raison et qu’il admette qu’il était dingue et/ou hypocondriaque, il m’a rétorqué : « et les filles qui se baladent avec un moulin à poivre dans leur sac à main pour être sûre de ne pas en manquer parce qu’elle ne supportent pas le poivre moulu, tu appelles ça comment ? ».

OK, je sors.

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