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Les jours heureux de la Faculté
samedi 8 novembre 2008, par
Je suis malade, non mais je veux dire vraiment malade : je n’arrive plus à déglutir (rires gras s’abstenir). Je vais devoir aller chez le médecin. En général je n’aime pas trop me faire peloter par une femme, mais celle-là est différente : elle me fait rire. Un jour il faudra que je lui demande de me raconter toutes ses anecdotes pour en faire un livre. J’en ressors toujours avec un bon bagage pour rire au moins pendant une semaine, et comme elle le dit si bien : « de temps en temps, on tombe sur des gens, on n’est pas équipé pour ... ».
Je survole le souvenir du Papy de 90 ans qui tenait absolument à ce qu’elle lui prescrive du Viagra parce qu’entre sa femme et ses maîtresses, il avait du mal à assurer le service après vente. Elle tentait désespérément de lui expliquer que l’état de son cœur lui interdisait ce genre d’excès « Mais Docteur, il n’y a que ça de vrai dans la vie ». A 90 ans, il avait sans doute raison. Elle ne l’avait pas vu depuis 3 mois et soupçonnait qu’il avait réussi à s’en procurer via internet. Je lui suggérais qu’il se pouvait aussi que son cœur ait succombé à ses multiples démonstrations d’affections. C’est ça le problème avec les hommes, ils ont un cœur trop grand… Il y a eu aussi cet épisode très drôle où elle s’était retrouvée en auscultation chez l’habitant, elle venait pour voir Môman, 85 ans et s’est rendu compte que Môman dormait dans la nuptiale avec fifille (65 ans), tandis que Pôpa (87) usait ses « tenia for men » sur le canapé…
Donc, après avoir attendu mon quota dans la salle qui porte si bien son nom, elle me reçoit hilare et me dit de but en blanc (à croire que j’étais juste venue prendre le thé et papoter un peu) : « J’en ai une excellente à vous raconter : la personne qui était là avant vous est venu me voir pour me demander comment on faisait l’amour avec un garçon ». Je ne sais pas pourquoi, j’ai tout de suite pensé que la personne en question devait avoir entre 12 et 16 ans et se posait de grosses questions métaphysiques du genre : « Si je le galoche plus de 3 mn, est-ce que je vais tomber enceinte ? ». « Elle a 28 ans », ma mâchoire se décroche, « Je vous rassure, elle est d’origine Algérienne », je ne sais pas si ça me rassure, mais ma mâchoire se raccroche. « Vous lui avez conseillé des Travaux Pratiques pour la prochaine fois », lançais-je en souriant. « Oui, bien sûr, me répondit-elle, je lui ai aussi conseillé de prendre un lexomil et un bon Whisky avant ! ». Outre le fait que je commence sérieusement à me poser des questions sur les consommateurs de Whisky, je me demandais si elle avait bien intégrée le fait que son interlocutrice devait être musulmane et ne devait pas forcément avoir un verre de whisky sous le coude ; mais plus que tout, je me disais que lui conseiller d’avoir une discussion franche avec le second protagoniste de l’histoire ne serait pas un luxe parce qu’il allait à un moment ou à un autre s’en rendre compte, et il valait mieux que ce soit de préférence avant qu’elle ne lui ruine son canapé… Mais, bon n’étant pas psy., et ne faisant pas parti de la ligue de la protection des sofas maltraités, j’ai laissé mon médecin faire son travail. « Ca m’arrive plus souvent que vous ne le pensez vous savez. » ajouta-t-elle.
Et avant d’ouvrir ma bouche de merlan pour sortir une connerie plus grosse que moi (non, parce que la bêtise, c’est comme la culture, faut pas trop l’étaler, il faut savoir rester discrète sur le sujet…), une image me revient : on était au café du matin, après avoir largué nos chères têtes blondes dans le kolkhoze qui est censé leur en donner une bien faite, avec les copines pour refaire le monde. Dans la conversation, j’ai employé le mot « queutard », à vue de nez, je dirais que je parlais de DSK, et là, une amie de 41 ans se retourne vers moi pour me demander : « c’est quoi un queutard ? ». Comme son mari vient de la quitter, elle et leurs trois enfants, pour se mettre avec un accessoire de 10 ans de moins qu’elle et qui a les ovules en fusion (un vrai cas d’école), je n’ai pas été meurtrière, j’ai expliqué gentiment : « Bein, c’est ton mari ! ». Bizarrement, elle a tout de suite vu de quoi je parlais. Je devais avoir le mot encyclopédie tatoué quelque part à mon insu ce jour-là, car une autre copine, de 43 ans celle-ci, se tourne vers moi, ce n’était pas mon jour, et me demande « Toi, tu dois savoir : c’est quoi un gode, j’ai jamais su ? ». D’abord, je reste interdite, je ne sais pas si je dois m’inquiéter plus du fait que j’ai l’air d’un catalogue de jouets pour adulte consentant, ou de l’âge auquel elle tentait de répondre à ce profond mystère qui hantait sa vie. Après lui avoir fait un topo, je lui ai gentiment précisé qu’en même temps je parlais de choses que je ne connaissais pas car je préférai de loin les versions naturelles aux plastiques. C’est mon éco geste à moi !
J’en viens au cœur de mon propos : j’allais me moquer, oh pas méchamment, juste assez pour faire mon intéressante, de cette jeune fille de 28 ans qui cherchait à savoir le comment du pourquoi de la chose. Puis, je me suis abstenue, j’ai repensé à ces copines qui sont censée « savoir » certaines choses, pas forcément les pratiquer, juste savoir que ça existe… au fond, on n’a que 7 ans d’écart, le monde n’a pas tant changé que ça entre l’époque de leur apprentissage sentimentale et le mien. Ou alors, j’ai l’esprit trop curieux ? Non. Je crois surtout que dans certains milieux on évite soigneusement d’aborder ces sujets. Et on s’étonne ensuite… Vous croyez que je plaisante, j’ai une très bonne amie que je considère un peu comme ma petite sœur, elle m’a avoué que sa mère s’était enfin décidée à entamer la grande discussion sur les fleurs et les abeilles un mois après son mariage, alors qu’elles faisaient toutes deux la vaisselle. Ma copine l’a arrêtée en lui disant : « Heureusement que je ne t’ai pas attendue pour me renseigner parce que là, y a péremption ! ». Réponse de la mère : « Ah, ça me rassure, j’avais pas envie d’aborder le sujet donc, puisque c’est fait on n’en parle plus… ». Je connaissais à 20 ans des filles qui savaient que « sucer n’est pas tromper », mais qui ignorait que la fellation était un acte sexuel à part entière.
La misère prends bien des formes : je reprends l’exemple de mes copines de 40 ans et je me rends compte que leur vie ne tourne qu’autour de leur famille et de l’apparence qu’elles dégagent dans ce petit monde très fermé. Elle n’ont rien vu d’autre que le monde pour lequel on les a formatées, ne cherchent pas à voir autre chose, jugent sans connaître, et ne connaissent rien. Je pense que la cocotte de 28 ans a bien plus de mérite car elle, au moins, elle essaye d’avancer, de sortir du carcan que sa famille et sa culture lui ont imposées, elle tente d’évoluer. Et pour cela, elle mérite, non pas mes sarcasmes, mais mon tout respect.