Accueil du site > Actus > Sou(rire)

Kevin’s Legendary

dimanche 26 septembre 2010, par Adrien

Eric Neuhoff déclarait « Il paraît que les enfants modernes appellent leur père par son prénom. Je les plains ! »... Moi j’aurais tendance à dire « Surtout dans certains cas ».

Plusieurs fois par jour je consulte mes e-mails perso. Même au travail. Je pense ne pas être le seul dans ce cas-là donc pour l’instant, presque tout le monde s’y retrouve. Réduisons dès maintenant le nombre de personne se reconnaissant : plusieurs fois par jour je consulte mes e-mails perso sur Yahoo.fr. - 80% de lecteurs ! Le ringard ! Certes, mais je suis sûr que la minorité de lecteurs encore dans la course verra de quoi je parle. Bref ! Venons-en aux faits.

Ce qui est bien avec Yahoo.fr c’est que lorsque l’on veut lire ses e-mails, on accède à chaque fois à une sélection, plus ou (surtout) moins pertinente, d’articles divers et variés. Des sujets tels que l’identification du nouvel homme le plus petit du monde aux recherches du CNES sur la formation des éclairs en passant par le dernier témoignage choc d’un certain Raymond D..., c’est avec désintérêt pour tout ce contenu que j’accède directement à ma boîte mail. Sauf ce matin. Mon attention a effectivement été attirée par un titre pour le moins aguicheur : « Comment votre prénom déterminerait votre carrière (et celle de vos enfants) ». Wouaaaa ! Pas une minute à perdre, je click !

L’article pourrait se résumer ainsi : les prénoms à consonance africaine pénalisent dans le - ou dans l’accès au - milieu professionnel. Dans un même temps, bon nombre de prénoms anglo-saxons auraient le même effet. Kevin, Brian, Pamela et autres Cindy seraient assimilés à la culture télévisuelle et au manque d’intellect.

Lecture de l’article : check ! Pas transcendant. Un peu léger. Pauvre. Néanmoins, je me rends compte que mon cerveau s’active. Ces prénoms et l’assimilation négative y étant associée me fait réfléchir. Mais à quoi ? Je ne sais pas, je cherche... Et d’un coup, plusieurs visages de garçons me viennent en tête : il s’agit de tous les Kévin que j’ai connu depuis mes plus jeunes classes. Quel tableau ! J’essaie alors de me souvenir quel type de personne ils étaient. Et là, effroi ! Tous les Kévin que j’ai connus étaient des nases [1]. Celui de ma classe de CE2 qui nous donnait des billes en échange de nos tubes de colle UHU... qu’il mangeait. Celui du lycée qui, malgré son âge, était encore abonné à sept magazines sur les mobylettes et qui passait ses fins d’après-midi à réparer et à « customizer » la sienne. Ou encore celui de la fac qui allait 4 fois par semaine au Club Med Gym, portait des débardeurs, un tatouage tribal, un piercing à l’arcade et ne parlait que de jantes de voiture de sport... Effroi ! Une dizaine d’autres Kévin, plus durs les uns que les autres défilent dans ma tête. Stop !

Pourquoi les pires individus de mes classes, de mes amphis et même de mon entourage se sont-ils toujours appelés Kévin ?

Je passe en revue les éléments qui pourraient expliquer ce phénomène : je réside sur Paris et n’habite donc pas à 10 km de Dieppe. A priori, la localisation n’est pas en cause. Je côtoie des gens de tous les milieux et les Kévin en question sont représentatifs de la diversité de mes contacts. L’origine sociale ne l’est donc également pas. Je cherche mais ne trouve pas. Existerait-il une malédiction ? La malédiction du Kévin ? Un peu gros mais je n’écarte pas cette hypothèse. Enfin moi, dans tout ça, je n’ai pas trouvé la réponse.

Je consulte mes mails, je les « traite », en classe quelques-uns (oui avec Yahoo.fr on peut aussi classer ses mails) puis je sens que mon cerveau re-travaille sur cette énigme du Kévin. Je n’ai connu que des Kévins nases. Je me dis que je ne suis peut-être pas le seul à être dans cette situation. A partir de là, il est fort possible que d’autres gens, comme moi, aient les mêmes a priori (a priori tout de même justifiés... Mais bon) vis-à-vis des Kévin. Cascade d’a priori et nous voici dans un micro-système où le Kévin est automatiquement considéré comme un « kéké ». La preuve, si l’on « googlise » Kévin dans la catégorie images, on obtient des jeunes hommes musclés sur fond rose. Face à cela, il adapte son comportement, va dans les salles de sport où sont déjà allés d’autres Kévin, se fait tatouer, percer l’arcade sourcilière, coiffe ses cheveux en pics, se met à dire « c’est énorme » à chaque prise de parole et devient peu à peu le Kévin que les gens voient : Le kévin.

Si Kévin est ainsi, c’est parce que les gens le voient ainsi et non pas parce qu’il s’appelle Kévin. Enfin moi personnellement Kévin, je ne l’aurais pas appelé ainsi.

Voir en ligne : http://yahoo.mamantravaille.fr/mama...

P.-S.

[1] Il s’agit bien des Kévin que J’AI connus. Loin de moi l’idée de cataloguer les Kévin, de généraliser. Je suis certain qu’il en existe des très biens.


Vos commentaires

Répondre à cet article