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Rôooo La fille !

mercredi 4 février 2009, par Gayo

« Comment fait-on pour être une fille ? » Voilà, la question était posée. Et elle commençait sérieusement à me "gonfler", car en vérité, elle en posait une bien plus profonde : Pourquoi avais-je sans cesse ce besoin de me substituer aux hommes ? Oui. Au fond, le nœud du problème était bien là. Et la réponse m’est apparue aujourd’hui comme une évidence : parce que je suis trop "une fille" !

Quand j’avais 6 ans, ceux qui me prennent déjà pour une folle ne vont pas être déçus, j’étais amoureuse, mais vraiment amoureuse, de lui :

Ecouter le générique est encore capable de me mettre en transes aujourd’hui. Il est beau, hein, et encore vous n’avez pas vu son Cyberlabe

Et voilà, tout mon problème vient de là : en fille sensible, tendre, fragile et bien sentimentale, j’attends d’un homme qu’il soit... là : fort, protecteur, rassurant, qu’il se lève contre les injustices et qu’il règle leur compte aux fâcheux et aux fâcheries. Il faut se rendre à l’évidence, j’ai une culture de l’héroïsme viril très (trop ?) prononcée.

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Malheureusement pour moi, le monde d’aujourd’hui étant ce qu’il est et les hommes étant ce qu’ils sont, cette culture est de moins en moins enseignée et partagée. Par conséquent, lorsqu’une situation se présente, où la question inexorable : « Y a-t-il quelqu’un avec des couilles dans la salle ? » est posée, et que personne ne réponds, je ne peux m’empêcher de m’y suppléer pour me dire que cet héroïsme n’est pas mort, pour continuer de le faire vivre. Et petit à petit, j’ai revêtu ce costume, je suis devenue l’homme que j’aurais aimé voir apparaître.

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Le processus a commencé par une désillusion : je devais avoir 13 ou 14 ans, et j’étais invitée à mon premier cocktail avec mes parents chez des amis de ces derniers. Au cours de la soirée, l’hôte, un vieux copain de mon père, aidé par une consommation abusive de malt fermenté et distillé, est devenu un poil lourd jusqu’à tenter de me piquer les seins avec une fourchette. Si le garçon avait été de mon âge, il se serait pris la trempe de sa vie et assez de réflexions désagréables pour retourner pleurer dans les jupes de sa mère. Mais voilà, il s’agissait d’un adulte, une personne "responsable", qui était sensée nous guider, qu’on m’avait apprise à respecter. Alors j’ai fait ce qu’il me semblait le plus normal, je suis allé voir mon père pour qu’il fasse ce que j’attendais de lui : au mieux, lui mettre son poing dans la gueule, au moins, le calmer avec quelques phrases bien senties. Il m’a écouté, a éclaté de rire et s’est éloigné, toujours hilare, en disant : « Sacré Henri ! ». J’étais déconfite, des larmes de rage me sont montées aux yeux, et à cet instant, j’ai compris que je ne pouvais compter que sur moi.

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La lâcheté des gens face à des situations inacceptables m’est intolérable, je n’y peux rien, je suis faîte comme ça. Elle me dégoûte, me révolte, m’oblige à agir et à sortir de ma réserve. Elle m’a contrainte à construire une image de femme forte, d’emmerdeuse pour pouvoir résister à la médiocrité, pour faire subsister cet esprit héroïque dans des actes et pas seulement dans de belles paroles ou des romans. L’héroïsme viril est un concept qui est aussi incarné par des femmes depuis toujours : Wonder Woman, Isis, Athéna… voilà pour les images. L’Histoire est truffée de femmes qui défendent et incarnent cette vision (Hatchepsout, Judith, Aliénor d’Aquitaine, Marie-Madeleine Fourcade…). Et le quotidien saturé d’exemples de la couardise des gens (soyons honnête, la mienne y figure aussi parfois...).

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Evidemment, à chaque fois, je me mets en danger physiquement et moralement, je vous dis cela avec le recul, car sur le moment, la certitude d’accomplir un acte juste occulte totalement cette notion. Une anecdote amusante (?) en passant, nous sortions un soir avec un groupe d’amis chez Régine. Parmi ces derniers se trouvait un couple, dignes héritiers de Liz Taylor et Richard Burton sur le thème : « Je t’aime, moi non plus », que j’appellerai Bob et Bobette pour faciliter le récit, et ce soir-là, donc, ils étaient en pleine représentation de leur énième rupture. Nous étions au bas de l’escalier avec Bobette et ma Moumoune de meilleure amie, lorsque Bob, légèrement imbibé (ce qui arrive à des gens très bien), a commencé à agresser Bobette verbalement, le ton est vite monté. Moumoune, qui ne perd jamais le nord, comprenant que le garçon n’était pas dans son état normal et mesurant les forces en présence est parti chercher du renfort. A cet instant précis et sans signaux précurseurs, Bob a giflé Bobette. Dans ma grande naïveté romanesque, je m’attendais à voir se précipiter les individus qui nous entouraient et qui ne pouvaient ignorer ce qui se passait afin de calmer le forcené. Mais à ma grande stupeur, non seulement personne ne bougeait, mais j’ai même vu les gens qui descendaient par l’escalier amorcer un mouvement de repli… Alors, sans réfléchir, comme souvent, je me suis interposée entre les deux amants. Ce qui devait arriver, arriva : Bobette en profita pour s’esquiver, et Bob, fou de colère la retourna contre moi : j’ai eu le droit à ma baffe, du coup lui aussi, et je ne sais pas dans quel état j’aurais fini, car bien entendu il était beaucoup plus fort que moi, si Moumoune n’était pas revenue à ce moment-là avec la cavalerie…

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Des situations du même acabit, où je me suis sentie obligée de réagir face à l’indifférence de mes contemporains, dans des scénari divers et variés, croyez-moi, j’en ai eu plus que mon quota. Et croyez-le aussi, je suis sincère, lorsque je vous dis que cela ne me plait pas de réagir ainsi, mais que puis-je faire d’autre ? Que puis-je faire pour ne pas laisser cet idéal mourir ?

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Heureusement, il existe aussi des hommes pour qui cet esprit est une règle de vie. Ils existent, mais ils ne sont pas nombreux. Je ne parle pas seulement des gens qui ont le courage de défendre les autres physiquement, je parle aussi des gens qui se dressent devant des idées et des positions parce que cela vaut la peine de ne pas laisser dire n’importe quoi, je parle des gens qui ne se laissent pas envahir par l’hypocrisie sociale et qui osent rappeler certaines valeurs parce qu’elles leurs sont chères et qu’elles ne leur paraissent pas négociables. Je parle d’hommes virils, cohérents avec leur nature, je parle d’hommes, tout simplement. Des hommes qui sont des exceptions et qui en deviennent exceptionnels, alors qu’ils devraient être une norme.

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Alors, voilà, ma Moumoune, j’aimerais m’épanouir comme la douce, tendre, soumise et fragile femme que je cultive au fond de moi. Mais tant que les hommes ne seront pas fidèles à leur nature virile, du moins fidèles à l’image que j’ai d’eux, tant qu’ils ne seront pas capables de prendre cette place qu’ils ont laissée, je me révolterai contre la médiocrité et je continuerai à garder et nourrir cette flamme vivante en moi, parce que je ne veux pas qu’elle meure, j’y crois. Je crois à leur force, à leur pudeur sensible, à leur héroïsme, j’y crois parce que je suis une fille et je ne laisserai rien ni personne me faire renoncer à cela.

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Vos commentaires

  • Le 14 février 2009 à 00:22, par AG

    Mademoiselle Gayo, que je ne connais pas encore très bien mais qui commence à me faire très peur...

    J’ai pas l’habitude de critiquer les articles des autres : la liberté d’expression est un droit inaliénable, mais je vais quand même donner mon avis sur ton article parce que sérieux, chérie tu me faire vraiment peur en fait...

    Je commencerais par répondre à ta question sur le "comment on fait pour être une fille" parce qu’honnêtement tu devrais, vu la grande sagesse qui convient à ta maturité, avoir répondu depuis belle lurette à cette question : On est soi-même tout simplement et surtout on essaye pas d’être un mec : ca marche pas, t’es pas biologiquement, ni émotionnellement fabriquée pour... Finalement tu vois que ce n’est pas si dur d’être une fille.

    Ensuite je voudrais comprendre pourquoi un article contre les hommes et leur manque de couilles sur ce site ? Je n’en connais pas tous les lecteurs/rédacteurs mais ceux rencontrés ne m’ont pas semblé avoir besoin de leçons sur "Comment être un gentleman", du coup je trouve ton article vachement dur pour le lectorat masculin du site.

    Ensuite, mais là ça n’engage que moi, et mes convictions, aussi certaines et passionnées que les tiennes : il y a certaines causes qui valent la peine d’être dénoncées de manière virulente, Chéri qui oublie de te tenir la porte ou Bob qui gifle sa Bobonette... très honnêtement bof. Bobonnette a qu’à se tirer au lieu de rester avec son connard : ça s’appelle le respect de soi-même... mais au lieu de ça (j’avoue être bourrée d’a priori), elle préfère sans doute encaisser deux trois humiliations pour continuer à profiter du fric de Bob...

    Enfin, le féminisme a fait un tort considérable aux femmes. Et parfois rien que pour ça je ne suis pas fière d’en être une (de femme). Nous avons voulu l’égalité homme-femme, et bien nous l’avons, et maintenant on est pas contentes parce que les hommes nous laissent faire leur boulot ???? Ben voilà, le prix à payer il est là : Capitaine Flamme n’est plus édité en grande série…Mais je ne doute pas un seul instant que tu aies choppé un des derniers et tu sais quoi, je me dis que c’est peut-être parce que tu le mérites plus que Bobonnette tout simplement….

    Donc je dirais, cesse de t’énerver et en tant que rédactrice la plus prolixe du site, please pond nous un petit article « passionnément » rigolo… un de tes derniers papiers m’a bien fait sourire, c’était sympa…

  • Le 14 février 2009 à 01:17, par Gayo

    Amélie, s’il te plait, arrête de m’appeler "chérie" quand tu me critiques, ça me fais grincer des dents, j’ai l’impression d’être à un congrès de "Marie-Chantal"...

    Je pense que tu n’as rien compris à mon post. Tout d’abord, il ne s’adresse pas aux hommes/rédacteurs de ce site que, sans les connaître tous, je mettrais, comme ça, avec ma bonne vieille intuition féminine, dans le lot des exceptions dont j’ai fait mention. D’ailleurs, je pense qu’aucun ne s’est senti visé par le propos, si c’était le cas, je pense que j’en aurais entendu parlé... (Bizarre, en demeurant que ce soit un fille que ça choque, enfin...)

    Ensuite, il est juste le constat de la disparition d’un esprit dans des situations quotidiennes que je peux expérimenter et que je déplore, crois-le bien.

    Et en ce qui concerne l’exemple de Bobette, je pense que tu es à des années lumières, mais réellement, de la réalité du contexte. Cet exemple était là pour illustrer : je ne visais ni lui, ni elle, mais l’indifférence qui nous entourait. De plus, saches qu’ils ne sont plus ensemble depuis (si ça peut t’aider à dormir), et que Bobette, contrairement au gentil cliché que tu essaies de mettre en place, possède plus de moyens pécuniaires que Bob ne pourra jamais en rêver malgré une situation plus que rentable.

    Mais, encore une fois, ce n’était pas le propos... C’est plus un truc que j’explore, un truc qui parle de moi (c’est dingue, je parle de moi ?)... Et, oui, on dirait bien... C’est dingue !

    Ca n’a rien d’une revendication féministe, ou un truc dans ce mauvais goût là. Je ne suis pas une féministe pour deux sous, je serai plutôt, si je devais me définir, bien que je déteste les étiquettes, une humaniste.

    Et puis, j’ai le droit de m’énerver, si je veux d’abord !
    Je pars skier demain, non, aujourd’hui en fait, donc, si tu me "critiques" à nouveau, sans que je puisse me défendre (bein ouais, ça va être des vacances pour tout le monde, je pars une semaine), je te prive de "Wolverine" !

  • Le 14 février 2009 à 11:41, par AG

    Chérie est un terme affectif chez moi...Et ce n’est pas toi que je critique mais ton article et je m’attends tout à fait à ce que tu fasses de même si le prochain que j’écris te hérisse le poil...

    Tant mieux que Bobonette ce soit cassée.

    Mon point sans doute mal exprimé : y a des choses plus graves sur Terre que "Les hommes ne sont pas comme je voudrais qu’ils soient".

    Je ne t’ai pas dit que tu étais féministe, j’ai juste rappelé que Ben OUI les féministes ont fait un mal considérable aux relations homme-femme et qu’on écoppe parfois maintenant : et donc, et bien on fait avec.

    Ouaih je suis la seule à critiquer cet article : ca me conforte dams mes pensées que les mecs sur ce site sont effectivement des gentlemen...et donc et bien je ne comprends pas le point de cet article sur ce journal là.

    Pour Wolverine ben faudrait que j’ai 2 minutes à moi et ce n’est pas vraiment le cas en ce moment, donc je me prive moi-même du spectacle : va falloir que tu trouves une autre punition :-)

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