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mercredi 6 octobre 2010, par
Elle est bien cette question. Si j’osais, je dirais qu’elle crée du lien. Tout au moins qu’elle est susceptible de créer du lien, du lien social entendons-nous. Mais nouer une relation avec un ascenseur, je regrette, c’est tout sauf évident.
Au bureau on a des ascenseurs « intelligents », il paraît que ça s’appelle comme ça. Même concept que les immeubles affublés de l’épithète susmentionné, ceux qui vivent de façon autonome, s’affranchissent de la toute-puissance de leurs habitants et de leur propre chef, éteignent les lumières ou régulent chauffage et climatisation. Enfin soyons réalistes, tout ça, c’est rien que des carabistouilles, des contes de fées pour férus de babioles technologiques. Un ascenseur, c’est une machine. Et une machine, c’est pas intelligent, c’est buté, c’est énervant. En plus de tomber en panne plus souvent que de raison.
Hors service. Toutes nos excuses pour la gêne occasionnée Merci de votre compréhension.
Dans mon référentiel, il y a deux types d’ascenseur : les normaux, dont le fonctionnement est assez basique pour que je le comprenne, et les tarabiscotés, qui fondamentalement me tapent sur le système.
Un ascenseur « normal », on l’appelle en appuyant sur un bouton, au pire du pire on doit choisir entre la flèche du haut qui l’informe qu’on veut monter, et la flèche du bas, qui lui indique qu’on veut descendre. Aimable, l’ascenseur s’empresse d’arriver. Naturellement, entretemps on a commencé de s’impatienter mais c’est parce qu’on ne se refait pas. Mais il va bien falloir l’admettre, on n’est peut-être pas le seul à vouloir l’emprunter tout de suite maintenant, ce maudit ascenseur.
Enfin, les portes s’ouvrent, accueillantes, on s’engouffre dans l’habitacle, histoire d’être sûr d’avoir un demi-centimètre carré pour soi, et alors seulement on choisit à quel étage on veut aller. Si un des voyageurs a reçu une formation de Gentil Organisateur, il prend les choses en main et lance un « Vous allez à quel étage ? » général. C’est bon, tout le monde a passé commande, on décolle. Et les statistiques le prouvent, on a de bonnes chances d’arriver à destination. Après s’être consciencieusement arrêté à tous les étages, ou presque.
Eux, ce sont les « gentils ascenseurs ». Preuve de ma bonne volonté, j’inclus dans cette catégorie les ascenseurs doués de la parole. Dieu sait pourtant qu’ils m’exaspèrent avec leur manie d’égrener les étages d’une voix métallique : « 1er étage, 2e étage, 3e étage… Ding ! 12e étage ». Ding ! Comme si une onomatopée rendait moins lapidaire cette manière de nous signifier que « C’est la fin du voyage, on dégage ».
Les ascenseurs que j’abhorre, ceux qui ne font rien qu’à me faire des misères, on ne peut pas les cerner aussi aisément, ils sont vicieux. En l’occurrence, ils sont deux, un petit exigu et un grand XXL. Comme Laurel et Hardy, mais qu’on aurait privés de leur air bonhomme. Le grand s’appelle A, le petit B. Entre les deux un pavé numérique. Un trio patibulaire.
La première fois, on reste interloqué. C’est parce qu’on ne sait pas encore qu’il faut avoir peur. Comment faire pour appeler l’ascenseur ? Enfin une bonne âme a pitié de notre mine désespérée : « Vous allez à quel étage ? ». Classique mais efficace. Sauf qu’in situ, la question est assortie d’une longue explication. Ici, ce n’est pas qu’on a envie de se gargariser avec de la technologie de pointe inutile, c’est juste que pour appeler l’ascenseur, il faut lui dire précisément à quel étage vous souhaitez vous rendre. Il traite l’information, la mémorise et vous indique un ascenseur : A ou B. Vous communiquez avec une machine pour ainsi dire. Vous appuyez sur le 5 et en retour, il vous informe : « J’ai compris, toi vouloir aller au 5e, toi prendre ascenseur A ».
C’est simple, presque simpliste. Sauf que non. Parce que la théorie ne prend pas en compte :
Merci, je pense que je vais prendre les escaliers.
Voilà ce qui arrive quand on se laisse dépasser par des contrariétés techniques, on oublie de chausser ses lunettes d’ethnologue. To be continued…