dimanche 1er mars 2009, par
Je ne sais pas si c’est la perspective du retour au train-train quotidien qui me fait cet effet, mais il y a deux ou trois choses qui m’agacent en ce moment (terme politiquement correct). D’abord la rentrée des classes que je vomis d’avance. Tous ces gens socialement très bien qui ne s’aiment pas beaucoup dans le fond et qui vont se ruer les uns sur les autres et donc sur moi, à trois centimètres de mon nez, pour me demander comment se sont déroulées mes vacances et où j’ai été, alors que j’ai déjà répondu à cette question juste avant de partir. Prétexte qu’ils utilisent pour pouvoir te saouler avec le récit des leurs qui consistera en un long et pénible bulletin météorologique et la narration des prouesses du petit dernier dans sa combinaison Quechua kaki et bleue.
D’autant plus pénible à supporter que la réalité, tu la connais : et oui, toi aussi tu viens de passer une semaine de « rêve » au ski, et encore, je ne suis pas la plus mal lotie… Je m’explique, cette année pour la première fois depuis cinq ans, j’ai pu squatter le chalet des Grands-parents de mon mari. Bon, il date un peu de la fin des années 60, début des années 70 avec quelques problèmes de tuyauteries et de chaudière comme cela arrive souvent sur les modèles de ces années-là, mais il vous fait bénéficier d’un luxe non négligeable au sport d’hiver : de l’espace. Pas obligés de s’entasser à six ou huit dans 20m². Cuisine, 2 salles de bain et salon télé en mezzanine avec vue sur le Mont Blanc. Ensuite, il y a habillage et crémage des nainbus en vue de leur cours : où as-tu mis tes lunettes ? Tu as pensé à ton goûter ? Vérifie que tu as bien ton forfait ?... J’ai l’impression d’être la mère de ma meilleure amie lorsque je m’entends parler…Puis, direction le loueur de skis, je vous passe les détails fastidieux des essayages, et te voilà enfin sortie, direction le jardin des neiges, avec la démarche gracile de Robocop, revêtue de la tenue élégante de Goldorak et chargée comme un baudet de plusieurs paires de skis dont une seule t’appartient.
Une fois les enfants livrés (après une petite remise en place amicale faite au moniteur de ski, qui n’est jamais sorti de sa vallée, et que tu menaces de lui faire épeler ton prénom à l’envers s’il continue à faire des plaisanteries douteuses sur celui de ta fille qu’il trouve bizarre), s’il te reste de l’énergie, tu peux enfin sereinement envisager de faire la queue d’au minimum une demi-heure pour accéder à la benne qui te mènera sur le domaine, compressée comme du bétail contre Batman (véridique, avec tous les accessoires, je me demande d’ailleurs ce que Catwoman lui trouve) et un garçon, qui a eu la brillante idée de manger du saucisson à l’ail dès le matin, qui parle fort et… trop. Après cette expérience inoubliable, il te faudra encore reprendre un télésiège qui te mènera enfin au paradis blanc. Epuisée, mais heureuse, tu crois que ta récompense bien méritée est arrivée, mais il te faut encore éviter les boulets, les champions du monde qui ne maîtrisent rien et les cours de skis où une ribambelle de nains se suivent comme s’ils rentraient du boulot « Hé Ho »… Au bout d’une heure, il faut songer à redescendre, ta récréation est terminée, car les cours de ta progéniture se finissent dans une demi-heure. Au terme de cette semaine « reposante », et parce que c’est l’activité qui t’a certainement le plus manqué depuis 6 jours, tu entames un grand nettoyage de printemps afin de laisser l’endroit propre pour ses prochains occupants.
Voilà, c’est peu ou prou les vacances que subissent les parents qui emmènent de jeunes enfants aux sports d’hiver, avec des variantes suivant la présence ou non et l’apparence flatteuse ou non d’une baby sitter. Et encore, je vous ai épargné le bulletin météo.
Alors que pour le même prix, tu aurais pu te griller la couenne sur une plage paradisiaque où la seule question métaphysique que tu aurais eu à te poser serait : Mon paréo est-il raccord avec la couleur de mon cocktail ? Mouais… Mais bon, ça a fait plaisir à tes enfants et à ton mari. Sans compter que tu as pu faire un régime hautes calories à base de fromages et cochonnailles mitonnés sous toutes ses formes, et ça c’est cool !…
Je pense que j’abrégerai mes souffrances lundi en prétextant que je suis très occupée, ce qui est le cas d’ailleurs, je cherche un boulot. Vendredi justement, j’avais un rendez-vous et je compte très sérieusement intenter un procès à Dim. J’ai eu la bêtise de mettre des Dim Up, je ne sais pas ce qui m’a prise, qu’elle idée saugrenue aussi ! Je m’étais réconciliée avec ces trucs-là, pensant qu’ils avaient fait des progrès depuis 10 ans parce que c’est quand même super confortable, mais je ne les mettais que pour des cocktails ou des dîners. Et là, patatra, dans le métro en rentrant, un bas s’est mis à glisser. Que faire ? Je me suis d’abord mise à fermer les yeux très fort en espérant que la force de ma pensée allait obliger la bande collante à rester en place… Elle n’a rien voulu savoir ! Dans trois minutes, je vais ressembler à un boulet de l’espace avec mon bas tirebouchonné au bas de mon mollet, et pas un seul moyen de repli. Bien consciente du ridicule de la situation, je suis prise entre une gêne apocalyptique et une envie de fou rire irrépprécible. Plus qu’une seule solution : tout retirer. Grand moment d’anthologie et de solitude, j’ai l’impression de ressembler à Sharon dans Sliver en moins blonde et moins jolie sans aucun doute. Le plus difficile dans l’exercice étant, bien entendu, de garder la tête haute et de continuer à marcher ensuite comme si de rien n’était. Ca aurait pu être pire : j’aurais pu avoir oublié de m’épiler…
Je ne sais pas si je peux valoriser ce genre d’expérience dans mon C.V., encore que, savoir se sortir des situations épineuses, c’est un peu une spécialité. Sinon, je peux aussi me vendre sur eBay, comme le jeune diplômé qui fait le buzz en ce moment, idée que j’ai trouvé tout d’abord très amusante voir même ingénieuse d’un point de vue marketing pour sortir de l’anonymat. Mais en y réfléchissant mieux, le principe m’a gêné : la vente d’êtres humains aux enchères ça a toujours existé et ça existe encore, je suis naïve, oui, mais pas à ce point … Mais de là, à appliquer ouvertement cette pratique à l’économie de marché, ça me pose un problème. Signe des temps ? Peut-être, mais j’en reviens toujours à ma préoccupation première : la valeur d’une vie.