lundi 26 juillet 2010, par
A quoi ça tient une bonne soirée ? D’abord, on se prépare, on choisit le resto, eh ben si, quand on est le monsieur... C’est à nous que ça incombe pour ainsi dire le choix du lieu pour les agapes que l’on veut préparatoires à plein d’autres agréments, dont certains avouons-le tout de suite pourraient impliquer des acrobaties en milieu sinon confiné, tout au moins en espace fermé, eu égard à une nécessaire discrétion.
C’est une de ces applications bien comprises par la gent féminine des sagesses anciennes, populaires pour ainsi dire et qui font que, oui, c’est bien ça le plan, « l’homme propose et la femme dispose ». Je ne me lancerai pas dans la réécriture de proverbe ou d’adage, j’ai bien songé mille et une fois à cette version, hélas improbable : « L’homme propose et pour une fois, la femme ferme sa gueule... » Ou ferme bien sa gueule, les deux sont admis, cette dernière version aurait plus nos faveurs, en tout cas dans les travées masculines de la rédac du Jourtile.
Après ce qui n’est qu’une sorte de rêve évanescent, impossible, ou à tout le moins vachement improbable, revenons-en à la soirée vue du côté du monsieur. Choisir le resto... Ca paraît tout con, mais ça suppose de faire un peu chauffer les circuits. Passé 20 ans, difficile de proposer avec un air attendrissant de jeune con, d’étudiant fauché qui se prend pour un homme la première pizzeria ou brasserie à deux balles. Non, non, non... C’est pas comme ça que ça marche...
Il y a bien les japonais qui sont un peu les pizzerias des trentenaires... Mais à moins de taper dans le super Nippon... Le plus souvent c’est un peu cheap. Et puis... Honnêtement, c’est pas super nourrissant ce genre d’établissements, et ça vaut pour les vietnamiens aussi. Une heure après être sorti de table, on a les crocs qui repoussent. Pour les Thaïs ou les Indiens, c’est pas pareil... Il y a moyen de sortir bien calé pour un petit moment, mais le risque est ailleurs. Pour peu que vous ayez un tempérament s’approchant même de loin de celui de votre serviteur, du genre gros con, sûr de lui et plein de « même pas peur », vous risquez de vous lâcher sur les assaisonnements épicés, et une fois que l’incendie de palais a commencé... C’est parti pour vous couvrir de ridicule avec les yeux injectés de sang, le front et le pif (je crois que c’est le pire) qui se couvrent de sueur... Pour le coup, votre prochaine risque bien d’être la suivante parce que vu le spectacle que vous offrez à la charmante, pour synthétiser... Ca va pas le faire de chez pas le faire...
Donc... Vous voilà reparti en quête du bon Gasthaus, du restaurant qui dit que vous avez du goût, que vous êtes sympa et que vous n’en faites pas trop. Ah ben si... C’est curieux mais il ne faut pas trop en faire... La Tour d’Argent pour un premier dîner... C’est non ! C’est non, parce que ça craint aussi, plus dans le genre : « Toi, tu vas voir ce que tu vas voir et moi, j’ai désespérément envie... » Et la beauté du désespoir, c’est encore une de ces expressions maudites qui ne veulent rien dire à moins de tomber sur une apprentie infirmière, une bonne soeur ratée et toutes ces sortes de clientes qui sont bien gentilles, mais ça va pas être possible, non, vraiment...
Donc... Donc après avoir exploré votre carnet d’adresses, avoir glissé sur les vagues de la toile grande comme le monde, a y est ! Vous avez trouvé le resto qui dit que vous connaissez les bons coins, qui sert une chère simple et délectable (compatible avec ce que s’impose votre convive pour préserver cette affolante taille de guêpe), qui a l’air plein de gens sympas et plein de coolitude... Raahh, « Yes-ssez vous » d’allégresse après avoir obtenu du loufiat qu’il vous réserve une table pour 21h, deux couverts... Le comment-on-s’habille fera l’objet d’un autre papier, donc on passe, passque c’est pas le tout, mais il va bien falloir le finir cet article.
Ayant pris en compte les contraintes de temps, de lieu, de régime alimentaire, d’allergie et autres emmerdements variés, vous avez commandé, la plus jolie femme de la terre est en face de vous, presque charmée par l’endroit, vous la guidez gentiment vers une douce quiétude émolliente, vous la dirigez vers cet endroit très particulier où elle se posera enfin la question « pourquoi pas ? », et...
Le serveur, la serveuse, le maître de rang vous a servi votre entrée, vous l’avez accompagnée d’un bourgogne blanc, il vous a gratifié d’un « bon appétit » que vous comprenez et que vous acceptez de plutôt bonne grâce. C’est sûr qu’il ou elle vous agace un peu à vous resservir sans que vous l’ayez sonné(e), que ses questions à deux balles pour vous demander si tout va bien vous déconcentrent un peu mais jusque là, ça va... Dans Dieu seul sait quelle école hôtelière, un jour, un abruti s’est mis en tête d’en faire plus... Le bon appétit... C’était un peu trop convenu, trop court... Et donc, en deux mots, juste pour rien, pour dire un truc... Alors que t’as juste envie de dîner, le gars vient te relancer avec des pseudos encouragements... Bonne continuation... Parfois, zélé et convaincu que tu risques de n’avoir pas compris, il te rajoute d’appétit. « Bonne continuation d’appétit ». Ca n’est rien, ça dure... Deux secondes... Méputin qu’est-ce que ça m’énerve...
Vos commentaires
J’ai pas bien compris... Après tout tes efforts, tu as réussi à faire des accrobaties ou non ? Quant à l’espace fermé, je te trouve un peu conservateur sur ce coup là... Ou alors modeste ! Sinon vu le nouveau logo, il me plait bien (même si mon avis n’a que peu d’intérêt sur ce point là).
En fait... J’ai assez envie de régler leur compte à une collection d’expressions qui m’agacent au plus haut point. Donc les galipettes... C’est autre chose, c’était plus une mise de l’expression dans un contexte, un cadre, une histoire... Bon inviter à dîner n’est pas une garantie d’activité physique assurée...
Très réussie, la mise en scène de ton "ça m’énerve". ;)