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Boulettes et Tartuffades : un menu indigeste.

"Nous ne sentons les maux publics qu’autant qu’ils s’étendent à nos intérêts particuliers", Tite-Live (-59 av JC, 17 ap. JC).

lundi 23 mars 2009, par Gayo

Je ne voulais pas rentrer dans le débat. Les pièges étaient trop évidents et trop grossiers, mais j’avoue que d’entendre Pierre Bergé, ma pute préférée, s’exprimer sur ce que les catholiques devaient faire sur le plateau de "Vivement Dimanche" m’a rendue plus folle que d’habitude, et oui, il ne faut pas présumer de la nature humaine, surtout de la mienne, c’est possible. Que cet homme exprime son indignation et son incompréhension face à un discours qu’il juge rétrograde et dangereux, me semble parfaitement normal, mais qu’il commence à sommer les catholiques de changer de religions au prétexte qu’ils ne peuvent changer de leader spirituel, ça me parait un peu déplacé et loin de son rôle.

J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de la réintégration de Williamson et consort au sein de la communauté catholique. J’ai lu depuis la lettre que le Pape a envoyée aux évêques de France pour expliquer son geste. J’ai décidé de ne pas remettre en doute le fond de ses intentions, je ne suis pas d’accord, mais c’est sa ligne politique, il a droit de l’exprimer. J’en ai tout de même conclue qu’il était très mal conseillé volontairement ou involontairement : avouer ouvertement qu’il ne s’était pas rendu compte de l’impact qu’internet pouvait avoir sur le monde me fait dire qu’il vit dans une bulle au sens propre et qu’il n’a pas compris l’importance de la communication. Et au 21ème siècle, ne pas avoir intégré cette notion, parce qu’on est quand même qu’à 10 siècles de celui d’Ulysse 31, c’est un problème sérieux !

Là-dessus, arrive la boulette du Brésil. Là, on est déjà dans de la bonne boulette quand même : impossible de faire avaler le fait qu’on excommunie une mère qui veut protéger sa fille alors que le violeur d’enfant, lui, reste dans la communauté religieuse. Je caricature un peu, mais à peine. Je me suis posée honnêtement la question, à savoir qu’aurais-je fait s’il était arrivé la même chose à ma fille ? Je ne peux rien affirmer, mais je pense que ma réponse aurait été similaire, j’en aurais sans doute aussi profité pour délester celui qui lui avait fait cela de la masse qui le déséquilibre au niveau du bas ventre. J’entends que la vie soit une chose importante, mais je ne peux pas concevoir qu’on ne punisse pas au moins de manière égale la personne qui en a détruit à jamais une autre. Je pense qu’il serait important de comprendre que la société a changé et de revoir les standards : la grande force de l’Eglise au travers des siècles et ce même si cela ne s’est pas toujours fait de manière très orthodoxe, c’est qu’elle a su évoluer sans perdre la force de son message. Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet, mais ce n’est pas mon propos. J’aimerai juste faire un constat simple : quand j’étais petite, il y avait un prêtre dans chaque village que compte la Nièvre, et il y a beaucoup de villages. Aujourd’hui, il n’y en a pratiquement plus et tous les prêtres âgés qui décèdent ou prennent leur retraite ne sont pas remplacés, il faut souvent faire plus de 30 bornes pour assister à une messe et le phénomène n’a pas l’air de s’améliorer. Alors, on aura beau m’expliquer ce que l’on veut, moi, j’estime que c’est un problème et un signe que le modèle ne fonctionne plus. Il serait peut-être temps de trouver une solution pour entrer dans une nouvelle ère.

Concernant le dernier éclat du souverain pontife, je suis tout à fait d’accord avec l’analyse de notre rédac chef. Je rajouterai que ce n’est pas un discours nouveau puisque c’était déjà celui de Jean-Paul II ("Religion " : "Si on ne parlait que de ce qu’on a vu, est-ce que les curés parleraient de Dieu ? Est-ce que le pape parlerait du stérilet de ma belle-sœur ? Est-ce que Giscard parlerait des pauvres ? Est-ce que les communistes parleraient de liberté ? Est-ce que je parlerais des communistes ?" Desproges). Maintenant, ce qui m’inquiète, c’est l’utilisation qu’on en fait : prenez par exemple les militants d’Act Up qui sont allés manifester leur indignation à la sortie de la messe de Notre Dame aujourd’hui et qui vous disent que leur but n’était pas la provocation. Je pense qu’il y a un sérieux problème de sémantique chez ces jeunes gens car, si ce n’est pas de la provocation, de quoi s’agit-il ?

Ensuite, il y a eu la réaction de Madame Boutin, qui m’a conforté dans l’idée que certaines personnes ne devraient parler que de ce qu’elles connaissent

RTL : 18 mars 2009 - Interview de Christine Boutin

Et voilà la réaction la plus intelligente que j’ai trouvée. J’aimais déjà énormément ce type, mais il a résumé ma pensé : d’abord parce qu’elle est Ministre et, à ce titre, doit être responsable de ses propos et de leurs conséquences ; ensuite parce qu’elle dessert de manière stupide et irresponsable la cause qu’elle tente de défendre.

En clair, voilà comment j’ai toujours vu les choses : il y a une règle qui érige de grands principes auxquels nous devons nous référer, puis il y a l’application de cette règle qui, on le sait, passe par d’indéniables ajustements. Nier un problème ne le rend pas pour autant inexistant, il laisse juste les personnes qui font face à ce problème dans une détresse encore plus grande. Je n’ai jamais accepté qu’on me dise ce que j’avais à faire, surtout lorsque cela insultait mon intelligence. Lorsqu’une question me pose problème, je colle au texte. Et il est souvent utile de le replacer dans son contexte historique et social pour en mesurer tout le discernement et le caractère progressiste. Ainsi, j’ai découvert que Saint Paul que je prenais pour un bon vieux misogyne, était en fait le premier à se soucier de la condition de la femme et à lui donner une existence légale. Evidemment, aujourd’hui, sorties de leur contexte, cetaines phrases peuvent faire frémir, mais à l’époque c’était une avancée colosale puisqu’il leur reconnaissait un statut et le devoir de protection, alors qu’elle était moins considérée qu’un chameau.

Pour conclure, j’aimerai bien que les gens qui ne sont pas concernés arrêtent de prodiguer leurs bons conseils aux autres : oui, Monsieur Bergé, tous les catholiques ne sont pas des débiles, et oui, nous sommes des hommes qui possédons notre libre arbitre, et nous pouvons aussi désobéir à un ordre s’il ne nous parait pas judicieux. Personnellement, je ne m’en suis jamais privée et je ne me suis jamais sentie non plus en désaccord avec les fondamentaux auxquels je crois. Toute cette fange est bien loin du message de fond de l’Eglise. Le Pape aussi est un homme, âgé et mal conseillé, qui est ce qu’on appelle un Pape de transition. On peut ne pas être d’accord avec ce qu’il dit, ce qu’il représente, mais en aucun cas, on ne peut déformer ses propos pour inciter à la haine, ce qui prévaut pour les élucubrations de Williamson, prévaut aussi pour les vôtres car vous n’êtes pas le gardien de l’ordre moral, ni de la bienséance de la pensée unique, ne vous déplaise !


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