mardi 5 octobre 2010, par
Il est de ces petits moments, presqu’anodins dont on risquerait de ne rien retenir qui parfois portent dans le fond la fragile promesse, le soupçon de parfum d’une saine, d’une profonde que dis-je, d’une irrépressible envie d’envoyer un paquet de monde faire du tourisme chez nos délicats voisins hellènes pour leur faire découvrir des pratiques amoureuses alternatives quoique multiséculaires qui participent de la renommée de ce pays qui ne nous a pas offerts que la philosophie, la démocratie et une tétrachiée de trucs vraiment trop super et dont je n’aurai malheureusement pas la patience de faire l’inventaire hic et nunc, ce qui certes est du latin, mais que voulez-vous que je vous dise, tout fout le camp.
Ainsi en serait-il de ma patience, car ainsi que me le faisait délicatement remarquer un de mes charmants confrères, en des termes choisis qui siéent à l’exercice de notre profession : « Oh toi… J’ai bien l’impression que t’as enfilé ta cagoule de con ! ». Eut-il été au fait exact de mon humeur qu’il eut sans doute pu émailler ou détailler son propos de divers qualificatifs, l’adjectif formant, c’est un fait connu depuis Victor Hugo, ce qu’il est convenu d’appeler la graisse du style. Oui, en mon âme et conscience, je vous le dis, il y a bien quelque chose de vrai, de très vrai dans cette assertion remarquable d’intuition masculine. Je ne peux totalement exclure d’être porté à emmerder une partie non négligeable des êtres humains auxquels je destine ces pensées.
Oh, je sais que l’existence nous réserve de temps à autre de ces inattendus destinés à nous permettre de mesurer l’étendue de nos surprises (dans le meilleur des cas), de nos déconvenues (dans l’autre). J’exclus pour une fois du champ de cette sainte colère qui - pardonnez-moi du peu, pour ainsi dire, en quelque sorte et tutti quanti - m’habite, nos amis politiciens pour qui ce sera un soir de relâche.
En fait, non. Tragiquement non, je plaisantais, j’esquissais une boutade, une fois de plus, une fois encore, formulez ça comme vous l’entendez, le souhaitez, je constate avec une vraie révulsion que peu de choses sont sacrées pour un politique motivé. L’objet de mon ire est presque simplet, il s’agit de cet ordre national, la Légion d’honneur dont les rubans et rosettes vont fleurir les boutonnières de quelques-uns de nos concitoyens, dont pour certains l’on pourrait se demander si en des temps un peu plus dignes, ils auraient eu l’insigne honneur d’en être décorés.
Depuis l’élection de notre bon président une théorie de cuisiniers, de chefs ont vu leur revers de veston s’enrichir de cette marque rouge, le libraire du président, le président de la section des amis du lider minimo d’Alsace-Lorraine, le comptable d’Eric Woerth, Didier Barbelivien (désolé Hugues)… La liste que publie l’hebdomadaire Marianne est plus que longue, l’inventaire des « braves gens » aux mérites éminents ne lasse pas de m’interpeller quelque part.
Sans doute dans ce quelque part utopique où les crapules sont appelées des crapules, les honnêtes gens des honnêtes gens. Las, mais non, ici, dans cette communauté de vanités, le ruban ou la rosette rouge sont des signes extérieurs de l’affection présidentielle. Oh, la chose n’est pas nouvelle, Alphonse Allais n’a pu s’empêcher de déclarer au propos d’un de ses amis très mal entouré dans sa promotion dans l’ordre de la Légion d’honneur que ce dernier avait été décoré dans une rafle.
Dans notre aimable histoire de France, l’ordre de la Légion d’honneur a déjà connu de sales heures, celle des trafics organisé par le gendre de Jules Grévy… Le ou les récits effarants que nous livre Marianne sont éloquents, je vous invite à les lire, il n’est pas bon, je crois, de nourrir d’illusions sur les faiblesses en ce domaine aussi de nos dirigeants.
C’est une bête idée en effet que de le rappeler, mais parmi tous les décorés de cet ordre, nombre d’entre eux ont tout de même consenti au sacrifice suprême, sur tous les champs de bataille où le devoir, l’amour de la patrie les ont menés jusqu’à leur demeure dernière.
Vos commentaires
Ca me semble à propos : http://tinyurl.com/2cuq5br
Longtemps j’ai pensé comme toi et puis finalement... A quoi bon s’insurger ? Chacun, au delà de l’affichage, sait ce que vaut sa médaille... Je sais que la mienne sera différente de celle de Didier : moi je n’ai pas ses talents de compositeur/interprète !
la notion frêle de décence mérite de temps à autre que pour elle on pousse un coup de gueule nécessaire. J’emmènerai volontiers à Verdun, du coté de Douaumont les ahuris récemment décorés. Un peu comme dans une œuvre d’art en cette matière d’honneur la perspective compte aussi.
Finalement n’est-ce pas ça la jeunesse ? Savoir se révolter toujours et encore contre les conforts, les abus, la grisaille bourgeoise ? Mon précédent propos était cynique... Le Alain Sanders qui sommeille en moi n’est pas près de s’endormir... Reste qu’en France le courage et le sacrifice se récompensent de la même façon que le profit ou la créativité : point de Victoria Cross, d’ordre Pour le Mérite ou de médaille d’honneur du Congrès au pays de l’égalitarisme révolutionnaire droit-de-l’hommiste... Mettre Bigeard et Noah sur un même pied, voilà bien une preuve de civilisation !