Il ne faut pas prendre les condés pour des canards sauvages
mercredi 21 juillet 2010, par
La rentrée des banlieues et des forces de l’ordre s’annonce agitée. Que ce soit à Grenoble ou dans d’autres grandes villes, la violence est urbaine (mais pas que...) et peut inquiéter les forces de l’ordre. Cette montée de la violence, Charles Pellegrini, ancien patron de l’Office central de répression du banditisme, l’analyse comme la perte de contrôle des territoires de la République. Au-delà de la formule, faisons donc un petit panorama de cette actualité...
Partons des faits...
Après l’échec du procès des émeutiers de Villiers-le-Bel, ces bons jeunes gens accusés d’avoir tiré sur les forces de l’ordre... la liste des affrontements opposant Forces de l’ordre et délinquants, criminels ne cesse de s’allonger. La semaine dernière, à Saint-Aignan dans le Loir-et-Cher, des gens du voyage ont attaqué une gendarmerie après le décès de l’un d’entre eux, qui s’était fait tirer dessus en forçant un barrage. A Grenoble, des individus du quartier de la Villeneuve ont ouvert le feu sur les forces de l’ordre au cours des nuits d’émeutes qui ont suivi la mort d’un caïd de la cité, tué au cours d’une fusillade avec les policiers lors du braquage d’un casino.
La drôle de relation que les médias en ont fait...
Follement occupé, hier à l’heure où généralement, j’hésite entre la sieste ou le café, je suis tombé sur le journal télévisé de France 2, et là, reportage sur les obsèques de Luigi Duquenet, le jeune homme tué par balle, tandis qu’il forçait un barrage et avait renversé un militaire. L’équipe journalistique a suivi les obsèques et donné la parole aux proches de ce jeune homme. Que voulez-vous que disent ces braves gens, colère, incompréhension, stupeur etc...
Parallèlement, un second reportage rapportait qu’un gendarme a été percuté par une voiture forçant elle aussi le passage sur la N17 à hauteur de Thélus (Pas-de-Calais) le 19 juillet. Le sous-officier est depuis dans le coma...
Et ce qui est assez hallucinant est l’absence de rapprochement fait entre ces deux drames. Osons comparer les deux situations : Dans un cas, un gendarme fait usage de son arme dans un cas de légitime défense et blesse mortellement soit le conducteur d’un véhicule qui menaçait sa vie et celle des autres gendarmes l’entourant. Dans l’autre cas, le conducteur accomplit la même action (peu ou prou), renverse le gendarme et ce dernier se retrouve dans le coma. J’ai beau avoir laissé quelques points de permis du fait des contrôles de la maréchaussée, en avoir conçu des sentiments pas toujours charitables à l’égard de ces fonctionnaires, il vient un moment où un peu de réflexion s’impose. Faire ce parallèle, expliquer les dangers auxquels font face les forces de l’ordre aurait donné un peu de perspective à ces affaires...
Quant à la sympathique communauté du chauffard, une cinquantaine de ses représentants armés de haches et de barres de fer, certains cagoulés, s’en sont pris violemment à la gendarmerie et au centre-ville, dimanche...
Alors quoi ?
Les proches du jeune homme abattu ont-ils toutes les raisons d’être en colère... J’ai assez envie de dire oui et non... Oui, la mort d’un jeune homme de 22 ans, père de famille, est un drame, toujours. En revanche, qu’un policier ou qu’un gendarme se protège et nous protège en utilisant son arme dans un cas de légitime défense et que le coupable ou le complice soit tué plutôt que le fonctionnaire n’est pas un drame, c’est une conséquence dramatique certes, mais une conséquence d’un acte oscillant entre un délit et un crime.
Je note, au passage, que le premier reportage humanisait, réincarnait notre jeune homme. La présentation de ses proches, le portrait que ces derniers en faisaient, donnaient vie à Luigi Duquenet. Le gendarme, âgé de 49 ans, comme présentation, c’est au mieux un peu court, au pis très anonyme.
Force reste à la loi ?
Voire... Sans rêver d’une société aseptisée et totalement sûre... Il va falloir remettre les faits et leur présentation à l’endroit. Accorder autant, sinon plus, de légitimité médiatique aux criminels et aux forces de l’ordre ne peut que conduire à davantage de confusion. Jusqu’à preuve du contraire, j’accorderais plus volontiers la présomption d’innocence aux flics et aux pandores plutôt qu’aux truands. On n’échappe jamais tout à fait à son classicisme petit-bourgeois et décadent... Évidemment. Mais si la rentrée doit être chaude, brûlante et assassine dans les quartiers, traiter sur le même plan les flics et les voyous ne peut être tout à fait étranger à cette idée d’impunité ou de justice personnelle auxquelles croient avoir droit ceux qui tendent à prendre les condés pour des canards sauvages...
Ce qui est plutôt interdit par la loi, rappelons-le...
Vos commentaires
Tu as raison mais je crains que tout le monde ou presque ne s’en moque éperdument, signe de la disparition d’une conscience de groupe remplacée par une certaine forme d’égocentrisme.
"Putain Putain C’est vachement bien nous sommes tous des européens."