jeudi 4 novembre 2010, par
Dans notre ludocratie, euh, démocratie trop bien pensée et super bien présidée, le sport a une place qu’il occupait déjà lors des grandes et basses heures de l’Empire romain. Et quand je parle de sport, je veux dire le foutchebolle bien davantage que le rugby dont les mâles peignés et autres distributions de châtaignes ont su conserver un caractère viril mais joyeux à la pratique d’une activité collective en short et maillot.
De 2002 à 2010, l’équipe de France de foutchebolle, qui nous avait apporté quelques gentils moments de plaisir, s’est surtout appliquée à descendre un à un les degrés de notre « affection sportive », pour toucher le fond du ridicule en Afrique du Sud au mois de juin. La carence de résultats n’était pas seule en cause, le départ d’un joueur non plus, la grève de ses camarades déjà un petit peu plus.
Au terme de huit ans passés à la tête de cette sélection, Raymond Domenech s’est avéré incapable de créer un groupe vaguement solidaire et tendu vers un objectif assez simple, le Graal des équipes nationales, une victoire en Coupe du Monde. Non content de voir son équipe exploser au cours de la compétition, de la laisser se déchirer à tous les sens du terme, notre bon Raymond s’est abaissé à aller lire les jérémiades de ses joueurs devant toutes les télés du monde.
Lors d’une colère passée, il n’est pas à exclure que la rédaction ait pu souligner la justesse de cette citation du grand Timonier : « Le poisson pourrit par la tête ». Plus joliment, Cyrano reprenait le comte de Guise en lui rappelant lors du siège de la Rochelle que l’on n’abdique pas l’honneur d’être une cible. Évidemment reconnaître ses responsabilités est un tantinet emmerdant, c’est entendu. Ça n’est pas exempt d’honnêteté ou de dignité, mais bon, c’est surtout emmerdant.
Que Raymond Domenech ne soit pas Napoléon n’a pas dû échapper à grand monde. Une légère défiance à l’égard des conquérants géniaux qui négligemment saignent au passage la population de leur pays ne me le fait pas follement regretter, ainsi les aventures du plus célèbre des Corses me font rarement pouffer de rire, les heures de gloire de Verdun me laissent plus effaré qu’enthousiaste. Un côté comptable mesquin caché en moi ? Je n’aime pas les victoires à la Pyrrhus, voilà c’est dit. Mais je n’aime pas davantage les défaites de 1940… Qui ont eu le mérite d’emporter discrètement vers l’oubli leurs principaux artisans, pas fâchés il est vrai de n’avoir pas à la ramener.
Mais notre ami Raymond est d’une autre trempe, il a ce talent qui lui offre de perdre non seulement les matchs, le soutien de ses joueurs mais aussi toute forme de dignité professionnelle, quand la faillite consommée, après s’être fait licencié, il souhaite poursuivre son employeur devant les Prud’hommes pour réclamer sinon son dû, tout au moins près de 3 millions d’euros.
On imagine mal le général Gamelin demandant une prime après la rouste de 1940… Et ben Raymond c’est un peu ça. Il faudrait peut être que quelqu’un lui en parle… Pour qu’il comprenne qu’il ne serait pas idiot de songer à arrêter de demander son « dû », parce que très clairement je ne suis pas sûr que l’on s’en fasse la même idée.
Vos commentaires
Je suis bien d’accord.
En d’autre temps on l’aurait attaché entre des chevaux pour son outrecuidance, mais aujourd’hui, époque de progrès, tout est possible pour peu qu’on le demande avec un peu d’insistance. Raymond nous a prouvé maintes fois qu’il ne craignait pas le ridicule alors finalement il aurait bien tord de ne pas essayer, au pire il repartira avec zéro mais je suis à peu près sur que ce sera plus.
Je regrette simplement que le tribunal des prud’hommes ne soit pas habilité à distribuer des coups de pieds au cul car franchement nous voila en présence d’un cas où une telle sanction serait applicable et probablement saluée par 66 millions de personnes.