mercredi 14 septembre 2011, par
Il est de ces belles âmes, de ces belles consciences, dont le réveil, peut-être tardif, n’en est pas moins édifiant. Robert Bourgi en est un bel exemple. Ce brave homme vient de se confesser dans les colonnes du Journal du dimanche. L’histoire qu’il nous livre vaut tout de même son pesant de morale. Hâtons-nous de faire les présentations. Car, les temps sont durs et les braves gens pas si nombreux, mais Dieu merci, il y a Robert Bourgi. Voici en effet un honnête homme qui ne pouvait (utilement) garder le silence plus longtemps.
Hors, que nous dit Robert ? Selon l’hebdomadaire Le Point, l’avocat Robert Bourgi, désormais conseiller officieux pour l’Afrique de Nicolas Sarkozy, affirme dans Le Journal du dimanche avoir « participé à plusieurs remises de mallette à Jacques Chirac » et avoir également remis des fonds occultes à Dominique de Villepin. Plus tard, probablement mécontent de son petit effet, l’intarissable ne manque pas de mouiller également Jean-Marie Le Pen, en ces termes : « Je le dis aujourd’hui, je n’aime pas faire parler les morts, M. Jean-Marie Le Pen a été reçu par le président Bongo et le président Bongo a financé la campagne électorale de M. Jean-Marie Le Pen en 1988 ».
Ce qui n’est pas bien, nul n’en doute.
Fallait-il que quelqu’un s’en charge ? Porter toutes ces valises pleines de vilain argent ? Il semblerait que pendant des années, Robert Bourgi se soit chargé de cette « mission ».
Mais, dans le fond, tout ceci faisait beaucoup de peine à Robert…
Pourquoi parle-t-il près de six ans après avoir été écarté des officines du pouvoir par Dominique de Villepin ? Comment en est-il arrivé à cette jolie profession de foi - attention c’est parti : « J’ai décidé de jeter à terre ma tunique de Nessus, cet habit qui me porte malheur et que je n’ai jamais mérité. »
Si la tunique de Nessus qui porte malheur à celui qui la porte est synonyme d’injustice ou de cadeau empoisonné, il faut tout de même raison garder, Robert… Vous permettez que je vous appelle Robert, Maître Bourgi ? Parce que sauf vot’ respect, les mallettes pleines de billets, il a bien fallu que vous les portassiez pour qu’elles parvinssent à atteindre les bureaux des palais de la République qui les attendaient… Comme dirait l’autre, cher Monsieur vous n’avez pas mal aux sacoches… Mais ça pourrait ne pas durer.
Robert Bourgi, de son propre aveu et je crois qu’on peut l’admettre, s’est donc fait porteur de valises pleines de billets. Ça n’est pas bien classe, ça comme métier. Difficile de vous féliciter pour ça cher Monsieur. La seule dignité à laquelle vous pouviez aspirer était sans doute le silence.
Vous savez, comme dans les films avec des caïds de la pègre, des « bons » gros mafieux. Vous auriez pu être un de ces personnages antipathiques certes, mais dignes qui respectent la loi du milieu, c’est-à-dire qui se taisent.
Robert Bourgi, âme sensible et tourmentée, a pris six ans de réflexion avant de balancer. Mais par quelles affres est-il passé le malheureux ? Le poids de la vérité peut-être… Je me pose une question.
Oui, c’est idiot, je sais, mais pourquoi parler maintenant ?
Bien sûr, on veut croire que le poids du secret devenait insupportable et que doué de conscience, Robert avait besoin de se confesser. On peut aussi être tenté de croire qu’il se soit découvert une vocation de défenseur de la liberté ainsi que de Pierre Péan qui était l’objet de critiques avant la sortie de son dernier ouvrage : La République des mallettes.
Oui, peut-être bien. Il se peut que plus de six ans après les faits (2005-2011), il soit convaincu que ces derniers sont prescrits et que la justice ne l’inquiétera plus.
Alors, libre d’être lâche, pourquoi dès lors négliger de salir quelques réputations en rendant service au besoin à quelque puissant qui pourrait se montrer reconnaissant. On flingue un président retraité et un ennemi de l’actuel président, ça ne sert à rien, mais ça fait plaisir. Comme ça, on explique bien à tous les apprentis sorciers divers droite qui voudraient s’en aller quêter des suffrages pour la présidentielle, que méfiance, on n’est jamais à l’abri d’une bonne petite délation sur la voie publique.
Quel homme politique ne pourrait en effet faire sien les mots du duc de Guiche (Cyrano de Bergerac, Acte V, scène 1) :
« Oui, parfois, je l’envie.
Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie,
On sent,- n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal,
Mille petits dégoûts de soi, dont le total
Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure ;
Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure,
Pendant que des grandeurs on monte les degrés,
Un bruit d’illusions sèches et de regrets… »