Rien à battre, rien à branler, vous choisissez.
lundi 5 septembre 2011, par
Aujourd’hui nous sommes le 5 septembre 2011 et le monde s’arrête de tourner, pour la France et l’ensemble de sa population. Pas de krach boursier ni de choc pétrolier, pas d’ouragan ni de famine, pas de guerre ni de dictateur à bouter hors de chez lui. On a eu la fin des cours, le bac, le départ en vacances, les fameux chassés-croisés de Bison Futé, les guéguerres entre juilletistes et aoûtiens. On l’a attendue, on l’a désirée mais ça y est, on y est. On. Y. Est.
Cette putain de rentrée s-c-o-l-a-i-r-e.
Tout notre été a déjà été ponctué de « Wooow J-1 avant des vacances bien méritées » et autres « Hooo c’est déjà le moment de retourner bosser, trop triste ». Mais là c’est une autre dimension, un truc solennel, la grand-messe de septembre. Tout le monde au garde-à-vous. Les rayons des supermarchés sont achalandés depuis juillet. Les magazines, à grand coup de « dossiers spéciaux pour attaquer la rentrée du bon pied ». La télé, je lui fais confiance, et je la laisse éteinte. La radio, ce matin, ne m’a pas épargnée. J’ai eu droit à tout.
Oui, quand on va à l’école, on se lève plus tôt que pour aller à la plage. D’ailleurs tous les bons pédopsys l’ont expliqué, fallait y aller progressivement. Si t’es un bon parent, tous les jours depuis le 15 août, tu avances l’heure du réveil de ton nain de 2 min et 42 secondes. Et t’oversleep le jour de la rentrée. C’est con.
Oui, le prix du papier a augmenté. On va pas arrêter d’apprendre à écrire pour autant, donc vous me mettrez deux paquets de copies doubles perforées grand format grands carreaux. Avec une marge.
Oui, on a bien taillé ses crayons, parce que les journalistes ne savent pas qu’on écrit vachement au Bic. Et puis au stylo-plume aussi. Alors on a fait le plein de cartouches, bleu effaçable. Avec effaceurs, pointe fine, c’est plus précis que biseauté. Et puis du blanc, du Tipp-Ex, du Blanco, « stylo correcteur » ou flacon/pinceau. Et on s’en fout que la maîtresse l’interdit parce que si t’en ingères, tu meurs. La maîtresse c’est une bêcheuse, elle préfère la souris qui efface, même qu’elle appelle ça « ruban correcteur » parce qu’elle croit que l’Education nationale, c’est comme à la télé, faut pas citer de marque.
Et ton cartable, t’as ton Tann’s. Ouais, j’ai mon Tann’s. Et mon Pitch dans ma poche. Chez Monoprix, « Les cartables sont arrivés » (à la bourre) mi-août. On était tellement soulagé qu’on l’a affiché sur les portes du magasin. Y a toute la panoplie, les trousses, les agendas, les classeurs et les pochettes à rabats élastiques, avec ça t’as le temps de t’y prendre à l’avance pour aller faire tes emplettes. Fournitures scolaires à gogo. Oublie pas la liste surdétaillée envoyée par l’école. Va falloir un semi-remorque pour transporter le bazar. Pas étonnant que nos têtes blondes développent des scolioses précoces, même avec ces immondes cartables à roulettes que c’est tellement moche que ça doit encore être à la mode. Encore un truc qui va pas arranger le trou de la Sécu.
Les directeurs d’établissement pavoisent sous les feux de la rampe, c’est pas souvent qu’on les interviewe pour autre chose qu’un enseignant agressé au cutter. Les profs sont douillettement stressés, heureusement qu’ils ont assisté à la pré-rentrée viennoiseries/brossage dans le sens du poil. Ils sont jeunes, mal formés, sous-payés, envoyés en ZEP mais le jour de la rentrée, tout le monde est enjoué. Y a même la date écrite au tableau. A la craie, à l’ancienne. En français, les mois ne prennent pas de majuscules, mais vous tracassez pas, c’est une broutille.
Moi ma rentrée c’était y a tellement longtemps que c’est bientôt les vacances de la Toussaint. Ou de Noël.
Ça tombe bien, je sais déjà ce que je veux comme cadeau.
Vos commentaires
Je choisis "rien a branler" : quoi de mieux que le besoin identitaire de se sentir vibrer pour quelque chose d’excitant et aguichant tel que "la rentrée"...
Hier nous étions le 5 septembre et le monde s’est bien arrêté de tourner. Oui la rentrée est bien à chier, une rentrée scatolaire, fin mot découvert par moi-même contraction du scatologique et du scolaire - au sens didactique, de l’apprentissage de la vie, la vraie. Extasie de la vie. Expropriation de moi-même. Aussi ces lignes seront-elles scellées sous le sceau sculptural : "EX".
- Exulter devant l’excentrisme exprimé par JB.
Un passage solennel effectivement, la grand-messe de l’échec, du retour au béton, du béton au pavé, du pavé dans la gueule. La télé, moi aussi je l’ai laissée éteinte. Mais j’ai allumé l’ordi. J’ai eu droit à tout, comme toi. Et je me suis rendue compte. « Dossier spécial pour attaquer la rentrée du bon pied ». Extorquée, exorbitée, c’était extrêmement exécrable.
- Excédée, j’expulse et expie.
L’école, le sommeil, le cartable, le prix du papier, tout ce qui nous entoure nous occupe et masque le mirage, la contre-vérité qui nous cerne. Je baigne dans l’affabulation, je coule dans la dissimulation, excrément de rentrée, je glisse et me hisse mais les flots de mon flacon me flagellent. Avant flamboyante, je flambe et me fane, flasque et flétrie, floue, je fluctue dans mon fluide.
- J’Exorcise puis exhibée j’exhale.
Prends mon Bic, jte cartouche, corrige-moi, je t’efface. Prends ton Pitch dans ta poche et ma main dans ta gueule. Ta trousse a la frousse et ton classeur est un leur. C’est ainsi qu’on devrait parler de rentrée. JB tu le sais, ta plume écume ce que les brumes enfument et tu assume l’amertume du bitume, aussi je t’offre ces mots a titre posthume (de ce 5 septembre !).
Excédée de cette rentrée je m’expatrie et exploserai en m’exportant ailleurs, probablement le 11 de ce même mois...
With Love
Julietta F.