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Leclerc : tous les clients ne sont pas contents

dimanche 22 août 2010, par Hugues

C’est la rentrée. Ou presque. Et j’ai décidé de commencer cette nouvelle année scolaire en n’étant pas du tout consensuel… Mais qu’importe, j’ai l’habitude.

Comme disait Roger Nimier il y a maintenant un peu plus d’un demi-siècle, il est plus courageux en 1944 de s’engager dans la milice que dans la résistance. Sans pouvoir être taxé d’une once de collaboration (à 17 ans, il se bat avec la 2e DB dans la poche de Royan), il portait une affection particulière à ces « soldats perdus », égarés dans un combat politique et que le destin a voué à la géhenne populaire…

C’est pourquoi cet été, j’ai lu le livre Bad Reichenhall d’Eric Lefèvre et Olivier Pigoreau. Ce livre revient sur l’exécution le 8 mai 1945 en Bavière de douze SS français qui s’étaient rendus la veille aux Américains. Et ce sont d’autres Français, de la 2e DB ceux-là, qui les ont exécutés. L’objectif initial des auteurs était d’identifier sept d’entre eux qui à ce jour sont toujours inconnus. Ils n’y sont pas parvenus mais nous livrent tout de même une étude historique et scientifique minutieuse, qui lève le voile sur un acte sombre que tout le monde a voulu oublier, notamment pour ne pas salir la mémoire du maréchal Leclerc, directement impliqué dans l’affaire.

Alors j’entends déjà les apôtres de l’école laïque et républicaine version Ve République : ces salauds n’ont eu que ce qu’ils méritent, les nazis ont commis les pires des crimes, ce sont des traîtres, ils ont été orgueilleux, etc, etc, etc… Et bien non ! MOI, ce n’est pas ce que je pense.

Et pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, parce que la loi du Talion est un concept un peu dépassé et que, lorsqu’on combat la barbarie, il ne faut justement pas devenir un barbare soi-même. Ce n’est pas parce que quelqu’un a commis un crime de guerre qu’il doit être victime d’une exécution sommaire (attention, je parle bien de crime de guerre ; la division Charlemagne n’a pris part à aucun crime contre l’humanité, alors évitons l’amalgame). Or c’est bien un crime de guerre qu’a commis la 2e DB ce jour-là, en fusillant sans jugement, et contre l’avis de l’aumônier du 64e régiment d’artillerie d’Afrique présent sur les lieux, ces douze hommes, qu’un tribunal aurait jugé plus tard.

Ensuite parce que je crois que la force d’une civilisation est de pouvoir regarder ses erreurs comme ses succès et d’en tirer les enseignements afin de s’améliorer. La France est une grande nation et je crois qu’elle possède cette force. Cet épisode, tout comme l’ensemble de l’épuration dans les semaines qui ont suivi la libération, est une honte pour un pays comme le nôtre, porteur d’un message universel. Acceptons donc d’avoir commis des fautes, et évitons qu’elles ne se recommencent.

Enfin, parce qu’en tant que Français, je suis toujours déçu de voir notre armée avoir recours à des méthodes contraires à nos valeurs (valable aussi pour la torture en Algérie). Un crime de guerre est un crime de guerre quel que soit le camp qui le commet. Il n’y a pas les crimes des vaincus, mis en exergue, et ceux des vainqueurs, pudiquement cachés. Nous ne sommes plus à l’époque de Brennus et du Vae Victis (« malheur aux vaincus » pour ceux qui n’ont pas fait de lettres classiques). Si une armée moderne veut donner des repères sains à ses hommes et éviter les dérapages, elle se doit de caractériser ce qui constitue la barrière à ne pas franchir et de le répéter inlassablement. Ceci est d’autant plus fondamental qu’aujourd’hui, l’armée française fait souvent face à des ennemis qui ne respectent aucune convention internationale et bafouent sans hésiter la dignité humaine. La justice et le droit sont les mêmes pour tous, même si cela ne fait pas toujours plaisir.

Voilà, je me suis lâché et ça fait du bien. Un grand soldat français a dit un jour que ces hommes « portaient une part de l’honneur militaire français ». Nous pourrons en rediscuter. Au fait, j’ai aussi lu une biographie de Werner von Braun. Incroyable. Non seulement on essaye de nous faire croire que les Américains ont été sur la Lune, mais qu’en plus c’est un nazi qui les a aidés ! Pourquoi pas un noir à la Maison Blanche aussi ?


Vos commentaires

  • Le 23 août 2010 à 14:12, par Delta

    Leclerc est un des hommes que j’admire le plus ...

    Ce n’est pas la raison qui me pousse à réagir. J’ai beaucoup aimé cet article qui nous pousse à réfléchir sur le rapport entre entre l’honneur et la férocité.

    A la guerre, il faut savoir agir dans ce clair-obscur, entre l’honneur et la férocité. Refuser de jouer cette paire, c’est accepter de jouer avec sa figure contraire : la compromission et la cruauté. Cette paire-là est celle du perdant.

    Plus légèrement, je pense également à cette réplique d’OS 117 : Allons Myriam, soyez un peu moins sectaire ... détendez-vous, tous les SS n’étaient pas des nazis ...

    Tous le monde se tient les côtes à l’écoute de cette énormité. c’est tout l’effet que cet article voulait éviter.

    Leclerc, je suis plutôt bon client.

  • Le 23 août 2010 à 14:59, par Hugues

    Je suis d’accord sur la notion de clair obscur, de férocité et d’honneur. Toutefois, c’est en amont d’un engagement opérationnel que certaines barrières doivent être construites, réfléchies et mûries. Sinon, la réaction dans l’instant a toute les chances d’être celles des tripes. D’où l’intérêt de savoir tirer les leçons de ses succès mais aussi de ses erreurs.
    Dans ce contexte, plus un soldat monte en grade, plus sa responsabilité est à la fois importante et engagée. 1) Importante car plus il est haut dans la hiérarchie, plus cela traduit une expérience et une capacité de commandement qui lui permettent de tenir son rôle, et particulièrement d’être celui qui commande le déclenchement et l’arrêt de la violence. Il se base pour cela sur ses ordres, les lois, les réglements, la situation précise et son bagage. 2) Engagée car en tant que chef, il doit assumer l’ensemble des actes réalisés sous son commandement.
    Leclerc, général de division, a manqué à l’un comme à l’autre dans cette histoire. Personnellement, mon avis sur lui rejoint ceux des maréchaux de Lattre et Juin qui étaient assez piètres.

  • Le 23 août 2010 à 15:31, par GB

    "Ma France, c’est la France libre",
    Cela fait des années que cette citation de Romain Gary accompagne une bonne partie de mes choix. Cette sorte d’aventure, cette épopée des Français libres reste une des plus grandes aventures qu’ait connu notre pays.

    Leclerc, de Lattre... Roger de la Grandière, Denys Cochin, Michel de Camaret...Jules Roy, Romain Gary, Pierre Clostermann etc... J’ai cette liste de noms familiers en tête, qui ont dit non, qui ont choisi de mettre en jeu, leur honneur, leur dignité, leur vie aussi pour défendre une "certaine idée de la France".

    De Gaulle résumait la difficulté de cette période dans cette autre formule que je crois assez juste "A cette époque la difficulté n’était pas de faire son devoir, mais d’abord de le connaître".

    Ce qui laisse pas mal de place pour comprendre les engagements et les choix qu’ont fait des jeunes gens de vingt ans à cette époque.

    Le procès fait au Maréchal Leclerc fait ici peu de cas de l’ensemble de son oeuvre comparé à cet épisode qui fait l’objet du bouquin de cet article.

    Ce qui me pousse irrésistiblement à rester client de Leclerc est assez simple. J’en trouves la substance dans un papier consacré à la guerre en Afghanistan, pas un des miens, bien sur.

    Le siège au conseil de sécurité, le rôle et l’influence de la France, toussa, toussa... ont plus à voir avec l’épopée de Leclerc qu’avec la division Charlemagne.

    Je n’entends pas justifier cet épisode. Je n’ai pas l’intention de me tromper de colère ou de combat.

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