Football et délires ethnocentrés
jeudi 10 juin 2010, par
Mercredi soir, après la journée des enfants, le début de soirée des bonnes consciences à la pointe de la lutte contre les vilenies de notre si méchante société. Laissez moi vous faire les présentations...
Pascal Blanchard, pas le gars qui voulait revoir sa Normande, un autre (vous en trouverez plein votre moteur de recherche) et Lilian Thuram, le seul, celui-là, étaient les invités, mercredi soir, d’un insupportable grand journal sur Canal+. Ils étaient venus causer du pourquoi du comment on aime pas la bande à Domenech avec un prisme assez particulier.
Et aussi de leur DVD à eux sur les joueurs de football de l’équipe de France qui sont la France de demain toussa, toussa et pour nous expliquer : « Ouvrez le ban ! » « que si les Français n’aiment pas l’équipe actuelle ce serait parce qu’ils n’aiment pas l’idée que l’on puisse être noir et français » « Fermez le ban ! ».
Sur le plateau de l’émission, pas une voix ne s’est élevée pour suggérer que peut être le fait que la dite équipe nous a valu plus que son lot de déceptions pouvait éventuellement avoir provoqué ce désamour. Non, il fallait que le Français, cette sale bête, fut raciste, ça n’était pas possible autrement. Présenté comme ça... Ça fait moins plaisir d’être Français.
Et eux, comme ils étaient pour l’antiracisme, ils ne pouvaient pas se tromper de colère, ni de guerre. Ca fait des années que l’on explique que nous ne sommes pas gentils et d’une part sur le thème je préfère ce qu’en dit Gaston Kelman (cf « Je suis noir et je n’aime pas le manioc ») et puis d’autre part aussi parce que bon, il va falloir songer à faire attention à ces formes de combats qui engendrent plus de tensions qu’ils n’en effacent.
Resservir à tout propos, le racisme latent de nos concitoyens comme l’un des premiers sujets de préoccupation de notre société est lassant, néfaste et trompeur. Opposer les uns aux autres est peut être le moyen qu’ont identifié nos visiteurs de la télé pour créer de la cohésion, j’émettrais, tout de même volontiers un doute, évidemment malpoli.
Et voici comment je formulerai la chose : « Une autre explication de pourquoi il est possible de ne pas se sentir à fond derrière les bleus serait-elle possible ? »
J’aime bien le foot, j’y ai joué (pas tellement bien, il est vrai), j’ai vibré lors des coupes du monde, de l’abominable et sublime demi finale de 1982 jusqu’à la finale de 2006 en passant par des degrés d’émotion divers lors de chaque compétition. Et comme tous, presque tous, j’ai aimé les équipes de France qui jouaient bien, qui se sublimaient, qui me déchiraient les tripes en perdant ou qui m’ont rendu fou de joie.
Ce n’était pas qu’affaire de résultat, la manière, le courage, l’envie, la révolte y prenaient leur part, toute leur part. En 2008, l’équipe de France et son sélectionneur m’ont vraiment super gavé. J’avais déjà ressenti ça lors de l’Euro 2004, ils ont perdu sans que rien... Non rien, j’étais vidé de toute colère, de toute tristesse, au vu du spectacle offert en ces deux occasions, ils m’avaient emmerdé, ils m’avaient ôté toute tentation de fierté.
Voilà pour ce qui est de mon analyse des causes d’un désamour foutcheballistique...
Pour ce qui est de la cohésion nationale, le genre de trucs qui n’est pas sans usage en période de crise...
Monsieur Blanchard ne m’inspire qu’un léger dégoût, je ne sais rien de lui et honnêtement je m’en fous. Il entre, avec une belle résolution, dans la catégorie des doctrinaires de l’antiracisme, de ces « beaufs à l’envers » qui se croient champions de la tolérance, alors que celle-ci n’a plus d’adversaires. Et qui ravivent plus de plaies qu’ils n’en apaisent, le tout au nom, si joli, des meilleurs intentions du monde.
Thuram c’est autre chose, lui, lui il nous a fait rêver, et hurler de joie en marquant deux buts en demie finale de la Coupe du monde, contre la Croatie en 1998.

Et je l’aime bien quoiqu’il puisse faire et dire. Il a le sentiment de mener un vrai combat, de soutenir une juste cause. Je ne doute ni de son engagement, ni de sa bonne foi ou de sa sincérité. Je crois juste qu’il se trompe, que si il lui semble difficile d’être noir et français, il méconnait un simple fait, plutôt d’actualité, aujourd’hui il n’est pas facile d’être français tout simplement.
Tous ceux qui, de Monsieur Blanchard à Elie Domota, en passant par les indépendantistes corses cherchent à diviser plutôt qu’à rassembler les Français commettent donc une erreur dont ils ne mesurent pas, je l’espère, les conséquences. Ils sèment des germes de discorde qui provoqueront l’opposé de ce qu’ils cherchaient. La désunion n’est pas le gage de la force, de la prospérité, du bonheur, avant d’exalter nos différences, songeons à ce qui nous rassemble, ce qui nous ressemble. Dans un monde ou les acteurs qui comptent sont désormais des états continents, nous ne sommes plus en mesure de nous diviser sans devoir aussitôt en payer le prix. Qu’il soit financier, social, sociétal... Nous ne gagnerons que davantage de misère, d’intolérance et de conflits à nous croire si différents que cela.
Vous en voulez du vrai combat :
Si proches et si différents, voilà c’est déjà plus ça, à mon sens l’idée à défendre.
Vos commentaires
Eh bien moi je doute de l’engagement de Monsieur Thuram parce que quand on croit on devrait être prêt à y aller pour cette excellente raison qui s’appelle la conviction, quelles que soient les circonstances. Alors quand on réclame 20000 euros à une municipalité d’Ile de France pour sa participation à une conférence sur l’intégration alors que la dite municipalité ne peux offrir que 250 euros, je ne sais pas où on place l’engagement. C’est comme M. Douillet avec sa rémunération pour l’opération pièces jaunes. Ils sont beaux comme crésus tous ces bisounours...