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les prétendants...

ça m’énerve

dimanche 30 mai 2010, par AlyeTTe

Ca m’énerve pas mal

les filles qui parlent de leur petit ami comme de leur futur ex.

Ca m’énerve moins

les mecs qui présentent toutes leurs futures-ex comme une amie.

et ça m’énerve vraiment

les coureurs ébréchés qui annoncent à leur cantonade rapprochée, assez trop fort pour que ça éclabousse aussi les tables voisines, que là, il faut qu’ils coupent la conversation, pressés comme un lavement qu’ils sont d’annoncer qu’il vont de ce pas tenter une énième fois de « faire un cocu ». et qui disparaissent, pour réapparaitre un clope ou un verre plus loin, mendiants inavoués, gentlemen de fortune qu’ils espèrent meilleure, déjà parés à dédaigner la malheureuse, qu’elle dise oui, ou qu’elle dise non.

Et ça m’énerve aussi que personne ne leur fasse remarquer à quel point soudain, ce ne sont plus que d’affreux goujats. Qu’on les regarde avec au choix, voire tout mélangé comme un très mauvais cocktail, indulgence, admiration malsaine, soulagement de ne pas faire partie du cheptel envisagé, complicité d’impuissants poseurs, voire dans l’embarras, on dirait qu’on n’a pas entendu….

Je fais ma pénible. Ou plutôt ma femme mariée – ce que d’aucuns appelleront une redondance - mais je trouve ce mot de cocu lancé comme une gageure moche, grossier, choquant, et surtout blessant.

Parce que tout ça, c’est pas loin du mépris le plus crasse de tout un tas de jolies choses.

Les femmes, d’abord. A force de ne les regarder que comme des proies aisément souillables, autant leur coller l’origine du monde sur le nez et qu’on n’en parle plus. Tout le reste n’étant que littérature. Ou nipes et maquillage. C’est pas un peu court ?

Les hommes, ensuite. Les autres. Ben ouais, l’amour, c’est d’abord une guerre, fight for kisses and more. Et les hommes mariés, plus précisément, supposés - comme c’est pratique - n’être tous plus que des pantouflards mollement installés dans leurs habitudes pépère. Quid de tous ceux qui se cassent la binette à être en plus de confiance, encore des magiciens ?

Et enfin, du mariage. Qui quel que soit le nombre de coups de canif qu’il aura pris dans le dos, ou en pleine face, reste une des plus follement orgueilleuses et belles inventions humaines.

et j’ai pas fini.

Si je pousse le raisonnement un peu plus loin, elle serait disponible, je veux dire, même pas équipée d’un petit copain, la charmante dans le viseur, elle le serait moins ?

genre si c’est pas dans la gamelle d’un autre, tout de suite, c’est moins tentant, moins passionnant, moins gloriosant ? ou bien, si elle est à un autre, vraiment, comme pas prête à le quitter, ça tombe hyper bien, pas de risque qu’elle s’attache. qu’elle nourrisse des espérances dont on ne veut surtout pas ? ou qu’on aurait bien voulues, mais trop tard pour s’y mettre sérieusement, alors décider que sa liberté tout seul, c’est pas parce qu’on s’est raté, c’est parce que c’est notre choix, et qu’on le vaut bien ? y croire si peu qu’on le gueule très fort, à tous les vents. Passer pour le pire des gougnafiers, tout plutôt qu’inspirer ne serait-ce qu’un soupçon de pitié, qui ne serait, venant d’amis, que de la fraternité. Et faire parfois dans le romantique inspiré, pour se souvenir et montrer comment ça sonnerait bien….

et si je pousse mon bouchon juste un peu plus méchamment. vouloir par principe que tous les hommes soient des cocus en puissance, est-ce que ça ne relèverait pas de la toute laide jalousie d’un gars qui lui, n’en n’a pas les moyens ? Et ouais, ça ne peut s’obtenir que sous conditions, une paire de cornes. A leur opposé i y a donc ceux qui ne se donnent pas la peine, ou qui ne le font que du bout des lèvres, prêts à se rétracter au moindre essoufflement, de risquer une vraie histoire de couple à eux, qui se planquent derrière des "ça n’est pas ma faute", seulement capables de salir les couples des autres, pour se convaincre qu’ils n’ont en fait pas raté grand chose, puisque c’est si fragile, et rétablissent ainsi l’équilibre de la médiocrité dans le monde...

On me rétorquera qu’être un salopard, user et abuser de toutes ses prochaines en sursis, c’est un moyen efficace de ne plus se faire mal. Que si on frime assez, qu’on s’entasse bien comme il ne faut pas sous un tas de jouets cassés, on oublie qu’on a un jour rêvé de princesses et de fleurs ensoleillées.

Et prétendre que cet abyssal gâchis, c’est « son possible ».

Beurk.

ou alors, je me rappelle les vertus de la charité selon Saint-Paul, et j’espère pour tous ces esseulés sans flamme qu’il deviennent un jour les bienheureux amants de leurs merveilleuses épouses, et j’irai même jusqu’à leur souhaiter qu’elles ne rencontrent jamais leur alter ego dévoyé.

mouais. je peux quand même.

P.-S.

moi qui voulais causer de K’ Choice.

Je vais. Dès que je respire mieux.


Vos commentaires

  • Le 30 mai à 22:31, par Webmaster SPIP

    AlyeTTe,
    Voilà le premier papier qui m’a donné envie, sinon d’être une femme, d’avoir votre style.

  • Le 31 mai à 11:10, par La Grande Zoa

    Chapeaux bas l’ancienne ! Voici un des plus jolis billets de caractère postés sur la toile, et qui trouve toute sa place sur les pages de ce Journal Inutile qui tente, avec bonheur, de "s’efforcer de pense ce à quoi les autres ne penseront pas" ! Tu as pensé à tout... et tu l’as sacrément bien écrit surtout !

  • Le 31 mai à 17:26, par yvan

    Oups !

    y a d’la colère !!!! Une vraie tornade !!!

    ki ki l’a provoquée !!

    D’aucuns mettent ces comportements sur le dos de certaines molécules secrétées, ki, comme par hasard, ne sont pas les mêmes suivant le sexe !

    Chez les unes, elles pousseraient à la fidélité, chez leurs alter ego virils, à l’infidélité !

    De quoi te mettre encore plus en colère !!!!

  • Le 1er juin à 13:23, par AlyeTTe

    À part dire benoitement merci à mon Master et à la grande Zoa, que répondre si ce n’est que vous risquez le désappointement pour mes futurs papiers ?

    Yvan, la farce du génome de l’infidélité, déjà entendu parlé, sauf que là, c’est la femme, l’infidèle, ou pas. L’histoire ne dit pas si le prétendant cocufieur aura gain de cause, sans compter qu’il parait qu’il y a encore quelques femmes charmantes mais libres.

  • Le 1er juin à 20:36, par Gayo

    "La colère, chez les bons cœurs, n’est qu’un besoin pressant de pardonner !" Beaumarchais (je crois. Enfin, je veux dire, si ma tête ne m’a pas encore abandonnée, l’auteur de cette phrase c’est Beaumarchais...)

    Très juste et jolie colère, Madame ! Un grand BRAVO.

  • Le 3 juin à 13:01, par Emmanuel

    Je trouve ton portrait joliment brossé mais il n’est pas nouveau que les coureurs courent après les filles parce qu’eux en ont envie et aussi parce qu’elles se laissent volontiers rattraper.
    Je ne sais pas si la recherche du bonheur à deux est le moteur de cette comédie à mes yeux souvent hypocrite mais consentante, ou le besoin de se sentir vivant ou d’exister verticalement en passant par l’horizontale ou le plaisir ou ou... J’avoue n’éprouver d’ailleurs aucun intérêt à apporter une réponse à cette question, ni à celle de savoir si les gens peuvent changer.
    Il reste une relation avec son miroir, ou sa conscience qui ne peut être qu’individuelle. En ce qui me concerne le principal est de vivre en harmonie, si possible mais pas obligatoirement, à deux parce qu’on franchit alors un pas vers la plénitude. Oui c’est bien mais que c’est difficile et fragile.

    Sinon j’aime beaucoup le timbre de voix de Sarah Bettens, et je me demande si elle aussi ne serait pas tentée de courir après les filles :-))

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