vite du Tranxène
jeudi 10 juin 2010, par
Eric Zemmour a un petit moral... Et c’est étonnant de la part d’un jeune homme aussi souvent agressif à l’égard des invités reçus sur le plateau de "On n’est pas couché", cette émission de télévision qui lui a valu sa notoriété. Et je reviens à ma proposition initiale, Eric Zemmour a vraiment une espèce de tout petit moral et il suffit d’essayer de lire son dernier bouquin pour s’en convaincre. Car l’homme en effet écrit, et le dernier opus de son œuvre politico-littéraire s’appelle "mélancolie Française".
Eric Z, hélas, n’a pas les qualités d’un bon vin, il ne vieillit pas, il décline. Pour la troisième fois en effet, j’ai décidé de me colleter avec ses écrits, et sans vouloir verser dans un pessimisme qui ne serait pas sans rappeler l’auteur dont j’entends vous parler, il y a tout de même chez Zemmour une vraie chute, morale ou qualitative dans ses écrits. Il y a une petite dizaine d’années, lorsqu’il avait commis son essai dédié à Jacques Chirac "l’homme qui ne s’aimait pas", il avait un style nerveux, qu’il mettait au service de son propos et son livre était tout à fait plaisant. Puis, piqué par je ne sais quelle envie, il s’est attaqué au sujet de la féminisation de la société dans "un premier sexe", accumulant platitudes sur lieux communs et autres expressions d’un machisme un peu fantasmé. Parce que je ne voudrais pas lui faire une peine affreuse, mais ses petits propos sur les dames et leur influence ne m’apparaissent pas reposer bien davantage sur ses lectures que sur ses expériences. Une lecture au moins, voire une réécriture des propos d’Alain Soral en l’occurrence auquel j’accorderai le crédit de savoir d’une part, écrire et d’autre part de connaitre son sujet.
Mais bon, en dehors de cette tentation de nous livrer en abrégé et en moins bien la pensée d’un autre, ce bouquin restait à la frontière du lisible. Je ne puis en dire autant de "Mélancolie Française", qui plus que m’agacer, m’a bien davantage encore ennuyé, emmerdé au delà de ce que je croyais possible.
Oui ce livre est chiant, à tout le moins au delà de toute expression polie. Le style se partageant entre une vraie arrogance et une absence totale d’argumentation, j’ai donc eu la nette impression que convaincre le lecteur ou faire preuve d’un minimum d’empathie n’entrait pas dans le souci d’Eric Z. Et je ne voudrais pas me vanter, mais je n’aime pas bien que l’on me prenne pour un con, que l’on tente de me faire accroire quoique ce soit, sans se donner la peine d’argumenter.
L’idée du livre est assez simple, la France est foutue. Et c’était mieux avant. Avant c’était jusqu’en 1763. Après, il y a bien eu Napoléon qu’avait tout compris, mais tout a merdé à cause des Anglais.
Il y a bien trente pages lisibles sur la France héritière de l’empire romain et rêvant d’en perpétuer l’héritage. Mais comme elles sont au début du livre... Au fil de la lecture, on commence rapidement à s’ennuyer d’importance. Et comme notre ami Z ne résiste pas à la tentation d’écorcher les propos des auteurs qu’il cite, c’est très agaçant. Partagé entre ennui profond et franche agacerie, j’ai fini par renoncer à finir le bouquin. Quant à l’auteur de ce pensum, j’ai quand même un message à lui faire passer ? Un message important, quand c’est chiant, ce n’est pas la faute du lecteur, non, non...
C’est que le bouquin est mal écrit et ça insulte non seulement l’intelligence du lecteur, mais surtout le propos même de son auteur. Et si Eric Z a des idées, il les défend bien mal. Et si Cassandre n’était pas très populaire, sans doute faut-il y voir un réflexe d’optimisme, de joie de vivre, irrésistible auquel il est heureux de ne pas se refuser. Eric Z aime tellement la France qu’il tient absolument à la voir morte pour l’aimer et la pleurer encore et encore.
Que le principe vaille pour les concierges adulant la princesse Diana, pourquoi pas ? Lorsqu’il s’agit de mon pays, j’ai plus de mal, je ne vois pas dans la résignation quoique ce soit qui m’inspire. Et les temps étant peut être ce qu’ils sont je cherche plus des solutions que des constats.
Au bout d’un mois j’en suis arrivé à la page 137, il en reste plus ou moins 90. Ce sera moins, je n’ai pas l’intention de me coltiner 90 pages de déprime supplémentaires, il y a un moment, ça finit par bien aller comme ça. Entre le grand nulle part et quelques rêveries inutiles, il n’y a pas photo. Adieu mélancolie, déprime et autres saletés... Ce coup-ci, je passe mon tour, j’ai ma dose de prophéties apocalyptiques. Et il n’y a pas grand mérite à se borner à répéter que cela devait ou doit arriver, la question est plus de savoir ce que nous allons faire pour que ça n’arrive pas.