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Frédéric Beigbeder, « L’amour dure trois ans »

mercredi 11 août 2010, par GB

A force de n’avoir aucune envie de lire Beigbeder, ça devait arriver. J’ai lu Patrick Besson et comme je l’ai déjà écrit, Besson c’est juste énorme, indispensable, nécessaire, inutile. L’emmerdement, c’est que Besson écrivait que Beigbeder c’est bien. Quand on apprécie quelqu’un, c’est emmerdant de ne pas accorder d’importance à ses avis, ça pose un évident problème de cohérence.

Beigbeder, je n’avais donc rien lu, j’avais plus ou moins vu 99 Francs, plus ou moins parce que dans toute adaptation d’un bouquin à l’écran, il y a intrinsèquement infidélité. J’avais bien aimé mais sans être convaincu que j’aimais pour de bonnes ou de mauvaises raisons. C’est toujours difficile à savoir, en fait.

J’avais un peu peur d’aimer ce que j’allais lire. C’est le risque, on est de mauvais poil, on tombe sur un bouquin pas trop mal branlé et hop, on dit que c’est bien. Ca arrive, ça n’est pas qu’une question de goût, d’objectivité, c’est aussi une question de moment. Je sais que ça arrive. Prenez Anna Gavalda, c’est une image bien sûr mais avec Gavalda, ça m’avait fait ça. Je l’avais lue à un moment où ce qu’elle écrivait « me parlait ».

L’amour dure 3 ans. Je n’aimais pas le titre, trop marketing, c’était encourageant. Après... C’est autre chose, on rentre assez facilement dans le monde de Marc Marronnier, le héros, il faut dire qu’il n’y a guère plus d’une feuille de papier à cigarette entre le personnage et l’auteur, voire l’idée que l’on se fait de l’auteur.

C’est aussi ce qui est un peu dérangeant dans ce bouquin qui raconte pour partie les amours mortes et renaissantes d’un enfant gâté des médias, de la com, d’un fils de pub que sais-je. Les réalités de Marc Marronnier n’ont rien d’universel. Ce n’est pas très très grave, c’est juste un peu emmerdant. Dérangeant en fait, je n’éprouve aucune espèce d’empathie, même lointaine pour cette histoire de type qui, après avoir épousé la plus jolie fille de la classe, se dit qu’il est malheureux de ce qu’il a et qui court ensuite après une femme mariée pour qu’elle divorce.

Ces états d’âme m’emmerdent, je dois effectivement être nul en empathie avec les people. Je trouve ce bouquin complaisant à l’extrême. C’est une sorte d’exaltation du moi surdimensionné d’un assez sale type. Je n’aime pas Beigbeder et ça complique forcément une lecture objective de ses bouquins. Il ne manque ni de charme, ni de talent mais c’est le genre que je n’aime pas. Je dois être rétif à une certaine forme de veulerie, un vieux fond d’éducation qui résiste encore, sans doute.

L’apologie du désenchantement explose sur mes souvenirs d’ailleurs. Il y a d’autres histoires à lire, d’autres personnages à découvrir. Mais dans cette histoire, je n’éprouve nulle compassion, je reste en spectateur dégagé. Il y a 194 pages dans cette édition de chez Folio, le livre n’est pas mal écrit, çà et là des formules, de la matière, on pourrait toujours en faire des citations. Nul doute que pour ces quelques étincelles de création Beigbeder ne se soit donné du mal et ça paye, ce qui nous laisse avec un texte un peu désenchanté, assez blasé et parfois drôle.

Ce n’est pas parce que je n’aime pas ça que je vais essayer d’en dégoûter les autres. Céline écrivait bien que la merde avait de l’avenir, il avait raison. Non content d’en faire des discours, aujourd’hui, des publicitaires en font des petits romans autobiographiques.

Je ne veux priver personne de ce genre de récit. Mais malgré Patrick Besson, pour ma part, je n’aime pas ça.


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