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jeudi 26 août 2010, par
Il est de ces petits essais qui vous interpellent ainsi, au hasard d’un passage dans les rayonnages d’une librairie. Ils sont là, posés comme une évidence, mis en valeur par un des libraires qui soignent leurs étalages et vers lesquels votre regard ne peut que se porter. Souvent, le titre vous accroche. Faussement détaché, vous vous en emparez, calculant à la faible épaisseur de l’ouvrage qu’il ne vous faudra guère de temps pour le lire et que son achat ne vous forcera pas davantage à ne manger que des nouilles à l’eau jusqu’à la fin du mois.
En ces temps brouillés par une succession d’affaires peu reluisantes, la crise, la guerre oubliée en Afghanistan, le sujet du mensonge politique n’a pas grand-chose d’inconnu, hélas. Un instant encore, vous hésitez, vous demandant pourquoi vous imposer une lecture qui risque bien un peu d’être déprimante et qui pourrait, pour autant que vous en ayez conservé, vous ôter vos dernières illusions sur les honnêtes gens qui s’efforcent de gouverner ce pays, ou d’autres.
L’Art du mensonge politique ne nous apprend rien que nous ne soupçonnions depuis longtemps. Nous vivons probablement plus souvent dans le mensonge que dans la vérité, tout comme les instants de bonheur sont infiniment plus brefs que le fil courant de nos jours. Pour des raisons qui leur sont propres, les politiques et leurs conseillers évoluent dans un univers un peu faux, dans lequel l’une des règles cardinales, que ce soit pour de nobles raisons ou de basses arrière-pensées, est qu’il vaut mieux mentir aux citoyens, au peuple, aux gouvernés.
Seuls les plus sévères utopistes croient pouvoir se dispenser de prendre des libertés avec la vérité. Ils l’affirment et déjà se, et nous, mentent aussi. L’intérêt de cet opuscule n’est pas de nous rebattre les oreilles d’une évidence, il y a dans les choix, les techniques, la typologie des mensonges autant de vérités à trouver. Que l’on nous mente, la chose, pénible ou pas, est acquise. Non, ce qui mérite notre intérêt, ce qui mérite d’être appris, c’est bel et bien le pourquoi et le comment.
Notre époque ne fait plus grand cas de l’hypocrisie, elle la pratique sans souci de la rendre un tant soit peu crédible. Tout juste déforme-t-elle le sens des mots. Faire la guerre autrefois s’appelle aujourd’hui pacifier ou rétablir la démocratie, mais en dépit de toutes les précautions oratoires les plus sophistiquées, un dommage collatéral, ce sont des civils, des femmes, des enfants tués, blessés.
Dans un genre un peu moins dramatique mais guère plus reluisant, on peut se demander pourquoi – quand le ministre du Travail se trouve en pleine tourmente dans une collection d’affaires curieuses - le gouvernement s’applique à faire réagir les médias et le reste de la classe politique sur la question de l’expulsion des communautés Roms de France.
Et en recensant en partie les genres, les raisons du mensonge, l’opuscule de Swift, précédé du court essai de Jean-Jacques Courtine, Le Mentir vrai, nous offre quelques outils de compréhension de notre monde. A cette aune, on se crée des grilles de lecture qui permettent un peu plus de lucidité. Point trop n’en faut, à l’excès vous vous ouvririez les portes de la misanthropie la plus solide. On peut toujours en arriver là mais en l’occurrence, il y a peu de joies à en attendre, alors… Je ne dis pas non, mais j’entends prendre mon temps. Quant à cette lecture, elle ne peut que vous donner un peu plus de liberté de jugement. Ca ne sert pas souvent ? Ca, ça reste à voir…