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Kersauson, Ocean’s song

Il faut donner sa chance au produit... de l’amer...

jeudi 5 août 2010, par GB

Ce sous-titre cède bien évidemment à la tentation de faire son malin... Ocean’s song.... Pour tout vous dire, le titre du dernier livre d’Olivier de Kersauson, amiral des grosses têtes, mais et surtout navigateur au long cours, ce titre ne m’inspirait guère. Pourtant le livre vaut le détour.

C’est fort, c’est lourd, puissant, rugueux. C’est aussi, d’abord, un livre. Un vrai putain de livre, écrit avec 800 000 miles marins au compteur, une pléthore de tours du monde derrière soi. Olivier de Kersauson a la répartie assassine, violente parfois. Le mot cingle, fuse, sans souci de légèreté. Pour ce seul talent de répondeur du tac au tac, j’ai toujours eu pour lui une tendresse particulière.

Adolescent, j’avais lu ses "Mémoires salées" qui m’avaient laissé un plutôt bon souvenir mais à quinze ans, je ne savais pas grand-chose du monde. Ses phrases me plaisaient donc, sans atteindre ce tréfonds de l’âme qu’elles touchent aujourd’hui. Il y a dans l’écriture de ce capitaine au long cours une force et une merveilleuse liberté, une qualité de réflexion qui laisse songeur et rêveur.

Mais il y a aussi, sous-jacente, cette gouaille réjouissante qui n’est pas loin de rappeler Frédéric Dard ou Michel Audiard. Le propos hésite entre la philosophie et le comptoir, les histoires d’hommes et les histoires de mer.

Histoire d’hommes, d’océans et de bateaux...

On vous dirait que ce livre parle des océans, des mers et de l’amour que leur voue Kersauson, on n’effleurerait que l’écume des songes de l’homme. Ocean’s song est une sorte d’anti-traité de savoir-vivre. Il n’y a pas de leçon, pas de recette, il y a des anecdotes, des hommes et les éléments. Des courses fabuleuses, d’autres cauchemardesques...

Il y a des rencontres, le temps présent, l’histoire d’un voyageur sans bagages, qui ne rapporte pas de souvenirs, mais selon ses mots, ses impressions. Pas de photos, pas de bibelots, pas de traces autres qu’un sillon au creux de la vague. Un homme libre qui chérit la mer depuis toujours et s’arrête un instant pour livrer, en quelques touches, un portrait de sa, ses maîtresses. Une invitation au voyage désorganisé, en somme.

Le livre se lit d’une traite et puis, malgré ce vilain titre "Ocean’s song" que je n’aime définitivement pas, on y retourne, on le relit pas à pas car sa musique est juste, ses images... Nous avons besoin de ces images. Et ce Saint-Ex des océans, un peu plus léger, ça doit être l’élément qui veut ça, taiseux et éloquent, râleur et joyeux, file déjà vers d’autres rivages, les seules terres qu’il aime.

P.-S.

Un homme qui écrit ceci : « Pour savoir qu’un verre de vin est de trop, encore faut-il l’avoir bu ! » ne peut pas être complètement mauvais, n’est-ce pas ?


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