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L’Amour à Versailles d’Alain Baraton.

jeudi 11 février 2010, par Gayo

Il est des lieux, comme des gens, que vous croyez connaître par cœur, dont vous croyez avoir percé tous les secrets et les mystères ; dont vous vous contentez de la rassurante présence, ainsi domptée, et que vous croyez avoir maîtrisé depuis longtemps. Et puis, patatras, un incident, un événement, une réaction, un œil neuf vous fait percevoir les choses pas vraiment différemment, mais disons autrement : il vous fait dévier des sentiers habituels par lesquels vous aviez coutumes de les mener. Et c’est alors une véritable redécouverte qui s’opère.

J’en ai bouffé du bouquin, du documentaire, du film, du téléfilm, des écrits, des romans et des manuscrits sur Versailles, sa Cour et ses jardins. Par passion, par envie, par curiosité. J’en ai arpenté des hectares de cette propriété : intérieur, extérieur, de jour, de nuit, en robe longue et talons qui s’enfoncent dans les graviers et se coincent dans les pavés en tentant de garder une attitude digne et altière ; ou en short, top et baskets. Passer des grands aux petits appartements, donner à manger aux animaux de la ferme, courir sur la margelle des bassins, déjeuner à la Flotille, tenter de reconnaître les personnages mythologiques qui restent de marbre devant vos minauderies, ramer sur le grand canal, découvrir quelques émois à la faveur des bosquets, rire des fantasques plumes d’autruche qui ornent le lit du roi, repérer le mobilier acquis à grand prix dans les salles des ventes, s’émerveiller d’un spectacle nocturne ou simplement profiter de la tiédeur moite de l’herbe un après-midi d’été la tête installée sur un ventre confortable en compagnie des ados de mon age, des adultes, des érudits, de vieux ronchons ou des enfants. Dire que j’ai fait le tour de la question serait très présomptueux de ma part, mais disons que je pensais que l’endroit ne me réservait plus beaucoup de surprises. J’avais raison et tort à la fois…

Sous la houlette de l’esprit cultivé, savoureux et licencieux d’Alain Baraton j’ai entamé une visite de Versailles dont je connaissais bien entendu l’existence, mais qui m’est apparue avec plus de force et de sensualité que je ne l’avais jamais ressentie. Loin de la pornographie que je trouve triste et vulgaire, il entame un parcours érotique et initiatique du lieu qui reflète l’âme et le caractère des souverains qui y demeurèrent. Et, plus important encore, celui des femmes qui les influencèrent. Il réussit même la prouesse de me faire apprécier une facette de Madame de Montespan, moi qui n’ai jamais eu beaucoup de considération pour cette dernière que je trouvais intrigante et légère. Sans autre intérêt que celui d’avoir su satisfaire de manière durable le plus prévisible des membres royaux de Louis XIV, et dont la déchéance fut à la mesure de sa gloire passée…

Le bonhomme est fort ! Il ponctue son récit d’anecdotes précises et documentées ainsi que de souvenirs personnels délectables dont il a été le témoin privilégié puisqu’il travaille depuis 30 ans dans les jardins de Versailles. Mon anecdote préférée concerne la conférence au sommet organisée par François Mitterrand en 1982 qui réunissait tous les chefs d’état de l’époque et qui fut l’occasion pour deux journalistes qui couvraient l’événement d’en profiter pour batifoler dans la chambre de la reine… Un trip : « Sexe et Pouvoir est un cocktail explosif : il est un philtre d’amour auquel nul ne peut résister. »

Il y a dans les jardins, l’architecture, les codes comme dans la littérature des 17ème et 18ème siècles différents niveaux de langages. Celui de l’éventail en était un des plus raffinés, celui des jardins, encore plus élaboré. Ainsi, vous apprendrez que « La botanique est alors étroitement liée au sexe : ainsi un jardinier averti sait qu’ « effeuiller la rose » signifie lécher le sexe de sa partenaire et que « les roses sans épines » sont les seins d’une femme. » Tout un programme ! Et c’est là où je me pose des questions sur mon nom de jeune-fille…

Dans son traitement, le livre m’a souvent fait pensé au film de Bertrand Tavernier daté de 1975 qui, non content d’avoir réuni les trois meilleurs acteurs français de l’époque, réussit à refléter assez justement l’atmosphère et l’esprit qui régnaient sous la Régence.

Que la Fête commence.

Il a surtout la vertu de m’avoir fit redécouvrir la volupté du lieu et l’envie pressante d’aller étudier cela de plus près. Il faut toujours se méfier des choses que l’on croit trop bien connaître !

P.-S.

L’amour à Versailles d’Alain Baraton, Ed. Grasset, Juillet 2009, 281 pages.


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