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L’article de la mort, Etienne de Montéty

samedi 21 novembre 2009, par Delta

Pas de Prix Interallié pour Etienne de Montety. Et pourtant L’Article de la Mort est un roman magnifique. Je vous livre le « quatrième de couv’ » comme on dit sur Canal+ :

La notice de Wikipédia sur Charles-Elie Sirmont ne disait pas grand-chose. Il avait été député et deux fois ministre. Son nom restait attaché à l’opération Île-de-Lumière, au Liban et à la Bosnie. Il s’exprimait souvent dans les médias pour parler de la guerre, témoignait, publiait des livres. Qui était vraiment Sirmont ? Une authentique figure de l’humanitaire ? Un imposteur ?

Moreira se souvenait d’un homme emphatique et cinglant, mais qui ne manquait pas de brio. Il n’avait jamais réussi à le détester. Chargé de rédiger sa nécrologie pour le journal, il voulut en avoir le cœur net.

Ce livre m’a subjugué. L’article de la mort est un roman sur notre génération, en tant que temps historique : la république française après la fin des grands hommes. Né, comme nous, avec l’avènement du giscardisme mou des années 70, cet instant nous renvoie à la question fondatrice de l’âme humaine et de sa corruption. Fidélité, trahison, courage et pardon sont autant d’énigmes posées autour du personnage central, héros contemporain, entre Kouchner et Deniau, dont la vie n’est évidemmment pas sans tâches. La faute comme source de l’héroïsme. N’est-ce pas la clé de toute belle âme humaine depuis la Génèse ?

Voilà « de quoi parle le livre » comme on dit sur Canal+. Décorticage, magnéto Serge.

L’auteur : Lecteurs assidus du Figaro, vous connaissez déjà Etienne de Montety : directeur adjoint et directeur du supplément littéraire, il dirige également les pages débat du quotidien. L’article de la mort est son premier roman, pas son premier livre. Je vous renvoie à son excellent livre sur la légion étrangère Des Hommes irréguliers, Perrin 2006 ou encore cette biographie Honoré d’Estienne d’Orves, un héros français, qui a reçu le prix Erwan Bergot en 2001. Vous comprenez maintenant que cet auteur s’interroge sans relâche sur la place de l’héroïsme et de la vertu dans un monde aux valeurs flétries.

Le style : Limpide et vrai, son style exprime simplement les grandes notions qui singularisent l’âme humaine. Montety a une manière originale de livrer une narration sur un personnage via le regard d’un « innocent » objectif. Comme dans Le Crabe Tambour de Schoendorffer, se construit le portrait d’un homme au hasard d’entretiens, de rencontres et de causeries avec, en toile de fond, la reconstitution d’une histoire dans l’Histoire. Et c’est bien l’évocation de ce destin hors du commun qui décrit cette époque, notre époque, en quête de figures rendant le vide post-moderne moins insupportable. Le personnage de Sirmont, homme-sujet des personnages du livre, est de cette race que l’humanité mène au panthéon médiatique.

Les références littéraires : N’en doutez pas. Elles sont plutôt conservatrices, habilement distillées dans la narration. Elles font références à des souvenirs de lectures fondatrices : signe de piste, bibliothéque verte, Hergé et même Erwan BERGOT. Elles en appellent également à des sources plus sérieuses qui nous indiquent que la France, qui mérite d’être racontée, est parfois celle de Maistre plutôt que celle de Voltaire.

Les personnages : Le roman se passe dans le microcosme parisien de l’édition. Il y a les « tauliers » : les vieux briscards du grand reportage, désabusés, dépassés par le WEB et le politiquement correct. Il y a les jeunes fauves, des femmes libérées dont les coups d’éclats soulignent chaque jour le silence assourdissant de valeurs masculines dans ce siècle. Ces journalistes, ces biographes, ces écrivains ont besoin de matière pour écrire une histoire. Ils ont recours à des témoins. Ces seconds rôles n’apparaissent jamais très longtemps, quelques pages tout au plus. Mais ils sont comme des fragments de romans, des esquisses abandonnées à leur condition de spectres : • un officier de légion blasé et prudent, appartenant plus à une institution qu’à une côterie ; • un capitaine de frégate sans concession depuis que la mer n’occupe plus son horizon citadin ; • un espion vieillissant, dernier mohican d’une France algérienne, brisée par l’UDR et effacée par la social démocratie des eighties ; • un avocat sûr de ce qu’il dit, puisqu’il l’a lu dans le Figaro ; • une ancienne maîtresse comprenant son ancien amant comme jamais une compagne n’a pu le faire. Au centre il y a Sirmont, à la fois aventureux et pusilanime incarnant en deux mots ce qu’est devenu la France dans une époque lunaire, succèdant au temps des grands hommes.

Moreira le journaliste-personnage fait la nécrologie de Sirmont. Montety le journaliste-auteur fait la nécrologie de notre monde. Je vous recommande ce livre. Sensible, un brin moqueur, Montety fait également un portrait gigantesque d’une âme humaine, en quête de rédemption. Je ne veux pas vous dévoiler l’intrigue. Sachez simplement que l’auteur veut nous dire que derrière le bien que l’on fait, il y a aussi la volonté d’être pardonné. Voilà au moins un livre qui nous change un peu de l’hédonisme porno-chic, du « moi-je », du culte consensuel de la différence qui envahissent l’édition française des vingt dernières années.

Étienne de Montety L’ARTICLE DE LA MORT [2009] , 304 pages, 140 x 205 mm. Collection blanche, Gallimard -rom. ISBN 9782070301850. Parution : 08-10-2009. 18,50 €


Vos commentaires

  • Le 22 novembre 2009 à 00:29, par Sam

    Héros contemporain, Kouchner ? On parle bien du même ?

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