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mardi 2 mars 2010, par
Voilà un mot dont on use de moins en moins dans le langage sans doute parce qu’on a peu l’occasion de pouvoir l’employer si ce n’est pour en souligner le manque. C’est un choix désuet pour en faire le titre d’un livre, je dirais donc qu’il est audacieux voire provocateur. Oui, il me semble bien qu’intituler son livre « La Délicatesse », dans un monde où la publicité ne trouve rien de mieux que d’évoquer l’image d’une fellation pour vous vanter les méfaits du tabac, est d’une suprême provocation.
J’en veux pour preuve que je n’ai pas pu lire plus de deux lignes à la suite dudit roman dans un lieu public sans être interrompue pendant cet exercice. Interruption très souvent masculine, mais pas que, et souvent amusante voir intéressante. Il est fascinant de constater l’impact que peut exercer un simple mot sur votre entourage. Il part d’une extrapolation de votre interlocuteur : celui que vous devez en posséder vous, de la délicatesse, puisque vos osez exhiber un livre pareil, et lui de vous prouver qu’il en fait aussi preuve, même si « ce ne sont que des conneries ».
Bonne question : de quoi peut bien parler la Délicatesse ? Dans son livre, l’auteur donne la définition du Larousse : Délicatesse n.f. 1. Fait d’être délicat 2. Litt. Etre en délicatesse avec quelqu’un : être en froid, en mauvais terme avec quelqu’un.
Ce qui l’amène à se pencher sur la définition du mot délicat puisque délicatesse ne suffit pas à comprendre entièrement la délicatesse :
Délicat, e : adj. (lat. delicatus). 1. D’une grande finesse ; exquis ; raffiné. Un visage aux traits délicats. Un parfum délicat. 2. Qui manifeste de la fragilité. Santé délicate. 3. Difficile à gérer ; périlleux. Situation, manœuvre délicate. 4. Qui manifeste une grande sensibilité, du tact. Un homme délicat, une attention délicate. Péjoratif : Difficile à contenter. Faire le délicat.
Dieu que j’aime la richesse de ma langue !
Le résumé, en quatrième de couv., énonce ceci :
« Il passait par là, elle l’avait embrassé sans réfléchir. Maintenant, elle se demandait si elle a bien fait. C’est l’histoire d’une femme qui va être surprise par un homme. Réellement surprise. »
Il y en avait assez pour piquer ma curiosité parce que « surprise par un homme », si je m’en tiens au radical du mot “surprise”, je crois avoir une petite idée de ce dont il s’agit. Mais surprise agréablement par un homme, là, on frôlait la science fiction !
En réalité, tout au long des 117 chapitres qui composent ce livre (important le 117 !), cette femme qui a d’abord été très heureuse d’une manière presque insouciante et qui semble incapable de se remettre de la fin tragique de ce bonheur diaphane, se laisse surprendre par sa propre féminité et l’apparente inconsistance de l’homme qui va la révéler à elle-même. Il suffit parfois d’un peu de chaleur pour faire apparaître les secrets de l’âme d’un être, tout comme il en faut pour révéler l’encre sympathique. Et parce qu’elle était prête, elle va se laisser toucher et emmener vers un ailleurs. Et ce regard particulier qu’elle posera sur son partenaire changera à jamais la vie de ce dernier puisqu’il deviendra, alors, l’homme qu’il n’avait jamais oser affirmer avant.
Et il y a des gens qui sont formidables parce qu’on les rencontre au bon moment. »
Et… tout est dit !
La Délicatesse de David Foenkinos, Editions Gallimard, 200 pages.
L’auteur a déjà écrit huit romans dont Le potentiel érotique de ma femme que je vais sans doute pas tarder à lire rien que pour le titre qui me fait rire !