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Hommage à Paul MARCHAND
jeudi 24 septembre 2009, par
Comme tout bon européen décadent, j’ai laissé filé l’été dans l’insouciance totale du monde et de ses rouages diaboliques. Dédaignant la rentrée littéraire, je passe sur le site de DANTEC (http://www.mauricedantec.com/) pour voir s’il enfantera bientôt d’un nouveau monstre narratif. C’est dans ces feuilles électroniques que j’apprends la disparition de Paul MARCHAND, le 20 juin 2009. l’hommage de MgD est vibrant, puissant, mais crépusculaire.
Incrédule je commence par harceler Google pour avoir les infos. De nombreuses pages écrites par des amis, des journalistes du Québec. Sa « gang » dans un pays, un temps devenu sa patrie d’adoption, bien après que l’Europe s’éteigne à Sarajevo, bien après qu’un projectile de 12,7 mm lui ôte chairs et illusions.
Je n’ai jamais rencontré Paul MARCHAND. Je ne suis peut-être pas qualifié pour lui rendre hommage. Mais son style, cet impressionnisme de combat, a profondément influencé ma perception de la guerre. On parle souvent, à tort et à travers, de « l’art de la guerre ». Il s’agit de barbouiller des cartes de grandes flèches bleues, rageuses et victorieuses, contre des lignes rouges, brisées comme le moral des vaincus. Dans Ceux qui vont mourir, Paul MARCHAND nous invite à une expérience tout aussi esthétique, le réalisme en plus. Son art de la guerre est celui d’un « photographe à main nue ». Ses mots se marient comme autant de pixels qui vont impressionner nos rétines, trop accoutumées à la souffrance en mode hertzien. Son style hyperréaliste, mêlant poésie et sarcasme, reproduit bien plus que la réalité. Nous avons tous vu Sarajevo s’asphyxier à l’abri de la cloison vitrée télévisuelle, dans un confortable recul. En lisant MARCHAND, on ressent physiquement les couleurs, les odeurs, les ondes de chocs dans une ville qui se délite. On découvre la condition humaine en haute définition.
En ces termes maladroits, je veux juste faire état de la perte que réprésente le triste départ volontaire de Paul MARCHAND.
Son personnage public était captivant, agaçant parfois : le reporter de guerre apprivoisant la mort, l’écrivain dandy méprisant les cons comme on ignore les balles, mêmes éclats incandescants de la démence humaine. Il en reste quelques filets dans une presse française restée discrète sur cette fin précipitée. Gentilhomme de fortune dans Sarajevo assiégée, reveur éveillé du dernier grand cauchemard européen, Paul MARCHAND repose en paix désormais. Ses livres hanteront pour longtemps nos esprits somnolents.
Bibliographie • Sympathie pour le diable, éditions J’ai lu, 1998 • Ceux qui vont mourir, éditions Grasset, 2001 • J’abandonne aux chiens l’exploit de nous juger, éditions Grasset, 2003 • Le Paradis d’en face, éditions Grasset, 2007
Voir en ligne : http://www.radio-canada.ca/nouvelle...