Accueil du site > We love it > Lire
mercredi 16 juin 2010, par
Patrick Besson est un grand écrivain... il doit bien faire dans les 1m85... Et c’est déjà balaize, ça vous pose un homme en vertu de l’axiome d’Audiard que tout le monde connait. Si, quand même l’axiome de Michel Audiard : « Quand les mecs de 130 kilos disent certaines choses sur un un certain ton, les mecs de 50 kilos les écoutent. » Sauf Fouqs, mais Fouqs un peu comme comme Rama Yade, ce n’est pas pareil... Après cet atome de private joke ou plaisanterie privée revenons en au sujet qui devrait être le coeur de cet article.
Patrick Besson est un grand écrivain et prolixe avec ça. Il écrit beaucoup, vite et le plus souvent plus que bien. Démonstration quand il écrit ce qu’il pense de Diane Kruger :

Commençons par visualiser le sujet...
Diane, un bon point pour moi quand j’étais critique cinématographique à VSD, j’ai dit du bien de tous vos films, vous pouvez vérifier[...] Ce début de lettre d’amour n’a ni queue ni tête, deux éléments pourtant essentiels de séduction chez l’homme. [...]
Quand ma deuxième femme m’a annoncé qu’elle demandait le divorce, elle s’était teinte en châtain, elle si blonde. Est-ce cela qui m’a permis de tenir le coup ? Impossible d’être vraiment triste quand une fille châtain vous plaque. Si Gisela avait été blonde ce jour-là, j’aurais peut-être pleuré. Qu’y a-t-il dans le blond qui nous fasse autant d’effet. Cette couleur n’existe que pour les cheveux, c’est-à-dire la tête. C’est la couleur de la tête donc de l’esprit, donc du Saint-Esprit. Dieu est blond et la blonde est son prophète. [...]
La vérité, que je trouve à vous dire alors aujourd’hui, c’est qu’à chaque oeuvre, je suis tombé amoureux de vous comme tout le monde masculin.
Vous devez être le genre de fille qui déteste qu’on lui parle de son physique. On va commencer par là[...] La bouche. La seule chose dans l’amour qu’on ne puisse pas faire tout seul, c’est embrasser quelqu’un. D’où le caractère sacré du baiser, alors que la baise est profanation.[...]
J’imagine qu’on doit conclure par votre âme. L’âme est importante car, pour 90 % des humains, elle est immortelle. Il se trouve que je fais partie des 10 % qui restent. L’âme vieillit comme le corps et à la fin elle meurt par manque d’air. C’est une perspective affligeante qui rend tout le monde fou. L’amour du présent est la seule affection possible, surtout si on la farcit de l’art de tous les siècles.
Il y a un seul moment sur terre, celui où un rayon de soleil glisse sur votre nuque nue dans une chambre blanche et blême quelque part entre Positano, Kerkyra (Corfou) et Bangkok. Puis nous sauterons en silence dans la tragédie, braves comme les soldats de Stalingrad sous la neige de leur teneur et de leur désespoir. Diane, je sais qu’après avoir reçu cette lettre, vous me rayerez de votre carnet d’adresse, mais je le prendrai hyperbien car je n’y figure pas. Laissez-moi une dernière malchance : appelez-moi. Nous avons plein de choses à ne pas nous dire et c’est si rare, le silence entre deux personnes qui ne s’aiment pas encore. Les trois dernières phrases sont un hommage au défunt Romain Gary qui vous aurait épousé s’il était né après la mort de Jean Seberg. Je cherche quoi vous dire d’autre pour vous décourager mais je n’irais pas jusqu’à vous parler de moi, il y a des limites à l’innocence. Un nouveau printemps s’annonce sur le tapis rouge de Cannes, élue centre mondial des sept péchés capitaux pour deux semaines. Je vous souhaite d’être heureuse sans moi, bien que ce soit impossible. Je vous jure.
Et depuis une petite quinzaine de jours, vous pouvez trouver son dernier pavé, euh... Le dernier volume de ses chroniques télés données dans le Fig mag, l’hebdo préféré de mon papa, sur une douzaine d’années. Ca fait un paquet de chroniques, un paquet d’années et donc a priori, se lancer dans la lecture des quelques 1000 pages de l’ouvrage devrait vous occuper un gentil moment.
Alors lire Besson n’est pas un but en soi, surtout pas 1000 pages. Enfin , ce n’est pas un but en soi, comme pourrait l’être la lecture d’à la recherche du temps perdu ou la lecture de Shakespeare. Activités des plus inutiles (et de ce fait essentielles) dans notre société, je vous l’accorde, mais on s’en fout. Oui, on, enfin je m’en fous, car ce n’est pas le sujet et que le bouquin de Besson allie deux ou trois qualités essentielles à mon sens, il est drôle, lucide et juste.
Ce livre vous offre pour le prix de quatre paquets de clopes, c’est important de donner leur valeur aux choses, une expérience assez unique. Vous vous offrez un voyage à travers le temps, récent, de ces quinze dernières années, pour y retrouver tantôt les petites et grandes heures de la télé et du monde vu par la télé regardée par un spectateur engagé.
Sans atteindre les colères frondeuses d’Alain Soral, Patrick Besson partage avec ce dernier une solide culture marxiste, et a été très proche du Parti communiste. Et ceci explique la solidité de sa culture et la précision de ses analyses. L’homme, en effet, a une méthode, une culture et cette grille de lecture qui lui permet de lire les situations qu’il étudie, dissèque et broie avant de nous en livrer le résumé en ses chroniques.
La plupart des chroniqueurs télé me font illico détourner le regard de leurs oeuvres. Ils me laissent froids, faute de savoir tailler correctement des costards aux pitoyables spectacles dont ils devraient avoir le souci d’écarter les spectateurs. Parce que, bon, sans vouloir m’en prendre à l’ambulance des émissions de télé réalité ou aux concours d’apprentis chanteurs, ni revenir sur les scénarios miteux de la plupart des séries et pas que françaises, il y a tout de même matière à regarder de la merde sur petit écran en France.
La lecture de Besson, la sienne propre et celle que l’on peut en faire nous évite un paquet d’écueils. Quand c’est mauvais, il l’écrit avec assez de vacherie pour que tout le monde comprenne bien ce qu’il veut dire et avec des formules somptueuses, méchantes à souhait, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs. Et ça, c’est bon.