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samedi 3 octobre 2009, par
Dans ces colonnes virtuelles, j’ai déjà dit tout le bien que je pensais de Roger Nimier et des hussards. Patrick Besson marche résolu dans leurs traces, avec une liberté de ton et de pensée réjouissante. Son dernier roman ne pouvait manquer de finir dans ma liste de lectures. Une histoire congolaise mêlant le destin d’acteurs hutus, tutsis, français, russes... Il y avait incontestablement là, tous les éléments susceptibles de me replonger au coeur des ténèbres.
On ne revient jamais tout à fait de l’Afrique sub-saharienne. C’est un peu comme si notre corps conservait en mémoire le continent. Des souvenirs de chaleur, de misère, de vie... presque paroxystiques me sont revenus à l’esprit en lisant ce roman. Dès lors, il va m’être assez difficile d’en dire autre chose que du bien.
Patrick Besson, entre autres choses chroniqueur de l’hebdomadaire le Point est un drôle d’animal littéraire. Pro-serbe, ex-communiste (en est-il vraiment revenu ?), il publie avec régularité des romans dérangeants. Qu’il nous fasse le récit de Belgrade sous les bombes de l’OTAN, la chute de ses héros en métropole, il évolue avec une aisance assez frappante entre hétérodoxie intellectuelle et culs de basse fosse.
Son dernier bouquin entouré d’un halo publicitaire indécis m’intéressait donc au plus haut point. Le sujet... Une sorte de bal de personnages perdus à Brazza en quête de vérités, de vengeance, de justice et peut être bien de rédemption. Choisir de traiter des luttes intestines et clandestines entre hutus et tutsis, 15 ans après le drame rwandais est certainement un pari périlleux. Le sujet est quasi sulfureux, les vérités difficiles à identifier, en parler c’est briser des tabous.
Lorsqu’on s’approche d’un génocide, la pensée se fige. Il n’y a pas de bon point de vue, pas de thèse juste. Et les regards occidentaux sont bien évidemment les moins compétents pour comprendre, expliquer, analyser cette tragédie rwandaise. Je ne sais pas ce qu’un africain pourrait penser de ce livre.
Au coeur de ce roman s’affrontent donc les cateurs directs et indirects du génocide de 1994. Service secrets français et rwandais, génocidaires, conseillers politiques, hommes d’affaires se croisent dans une valse lente dans la moiteur sub-équatoriale africaine. Voilà à peu de choses près le sujet, comment préserver son image et faire payer ses ennemis. Et tous ceux qui pour atteindre ce but sont autant d’obstacles auront à en payer le prix...
Comme souvent chez Besson, le ton du récit peut choquer. Crue, lapidaire, l’écriture est sans concession, le récit est âpre, dur et léger à la fois. Il n’y a pas de vraie ou fausse pudibonderie, pas en Afrique noire. C’est un truc de riche et ce n’est pas la spécialité locale. Et Besson est bluffant de vérité quelque soient les personnages qu’il met en scène dans son roman. Cette espèce de polyphonie Africaine est un des tous meilleurs livres qu’il m’ait été donné de lire cette année.
De là, à vous le conseiller ? Je pense que ce livre est indispensable, mais la question est autre. C’est une plongée au coeur des ténèbres, c’est un exercice de vérité, mais ce n’est pas un livre, si bien écrit soit-il, facile.
La vraie question est de savoir si comme cela peut être le cas pour le dernier film de Jacques Audiard "Un prophète" vous allez être capable d’encaisser ça.