Un chef de la Résistance.
lundi 18 janvier 2010, par
« Par moments, dans l’humanité, une certaine sublimité de la femme apparaît ; aux heures où l’histoire devient terrible, on dirait que l’âme de la femme saisit l’occasion et veut donner l’exemple à l’âme de l’homme. » Victor Hugo (Actes et Paroles).
Je ne pense pas pouvoir trouver de meilleure illustration que cette citation pour résumer la vie de cette femme exceptionnelle qui me fascine à plus d’un titre. Comment la jeune épouse d’officier, mère de deux enfants, a-t-elle pu devenir la première femme chef de réseau de renseignements en Europe ? 
Comme tous les français de l’étranger qui ont été élevés dans l’amour d’une patrie idéalisée, cette femme ne peut pas supporter la reddition de la France en 1940 et prend la résolution froide de continuer le combat contre l’occupant en lieu et place des soldats qui ont baissé les bras. Elle fonde au coté de Georges Loustaunau-Lacau un réseau de renseignement qui s’appellera Alliance. « Les qualités personnelles n’expliquent qu’imparfaitement l’engagement d’hommes et de femmes qui dirent “non” dès 1940. Sa précocité est particulièrement remarquable quand pour certains, devenir résistant après novembre 1942 est de l’intelligence politique, et l’être dans l’été 1944, de l’opportunisme. » Le travail d’un réseau de renseignement est de collecter des informations et de les transmettre aux personnes qui auront le plus de compétences à les utiliser. En ce sens, elle choisit de faire appel aux anglais qui ont à la fois les moyens matériels et financiers de soutenir leur action. En 1941, Loustaunau-Lacau fasciné par la politique et oubliant parfois le but de sa mission, se fait arrêter après sa tentative de putch en Algérie. Elle se retrouve alors, à 32 ans, à la tête du réseau et cache un temps sa condition (femme et mère de famille) aux anglais en signant ses télégrammes Poz 55 pour ne pas effrayer ces messieurs.
L’histoire des réseaux de Résistance a moins retenu l’intérêt des historiens que celle des mouvements. Pourtant, les renseignements récoltés par les 3.000 membres d’Alliance ont été de tout premier ordre dans cette guerre : mouvements de sous-marins dans l’Atlantique, premières révélations sur les V1 et les V2, cartes des côtes de la Manche... Le réseau se distingue aussi par l’organisation du passage en Afrique du Nord du général Giraud. Un réseau, véritable hydre, dont l’efficacité déroutait les Allemands par sa capacité à renaître, là où il était démasqué. Le réseau se distingue aussi par sa diversité et son unicité : 25% des membres actifs sont des femmes, 45% des membres de la fonction publique, 5% de religieux, 5% de chef d’entreprise (de l’industriel au commerçant) et 5% de policiers. « Toute une société de ces classes dites moyennes, surgit de la nuit en des images brèves et lumineuses ».
Cette biographie n’est pas d’un style époustouflant, (mais les historiens ne font toujours de bons romanciers), et prend des allures d’hagiographie parfois, c’est certain. Mais tant de femmes ont été oubliées : beaucoup se sont effacées car elles considéraient n’avoir fait que leur devoir. A l’image de cette mère de neuf enfants, Marguerite Gonnet, chef départemental de Libération-Sud dans l’Isère qui répondait au président du tribunal militaire de Lyon l’interrogeant sur ses motifs de choisir le combat par les armes : « Tout simplement, mon colonel, parce que les hommes les avaient laissées tomber ».
Ce livre permet aussi d’éclairer sous un angle différent la société de cette époque et les récits sur la Résistance qui nous sont proposés. Il y aurait beaucoup à dire. Cependant, si je devais n’en retenir qu’un élément, ce serait que l’histoire de ces pionniers de la Résistance n’est pas sans bousculer quelques idées reçues. Ils sont, sans contestation possible, de droite, d’un milieu où l’on honore les armes, d’une éducation imprégnée du sens de l’honneur, d’exaltation nationale et de goût de la réussite. La Résistance ne symbolise pas pour eux une transgression des normes, mais, bien au contraire, donne le sentiment de continuer un combat que la défaite n’avait pas interrompu. 
"Marie-Madelaine Fourcade, un chef de la Résistance" par Michèle Cointet, aux éditions Perrin, 258p.
Voir en ligne : http://images.google.fr/imgres?imgu...
J’ai quelques modèles dans ma vie. J’aurais pu vous saouler avec Athéna, Aliénor ou d’autres… Mais j’ai préféré rendre hommage à cette femme que rien ne prédestinait à être ce qu’elle est devenue puisqu’elle rêvait de devenir pianiste virtuose. Une femme moderne, fière et libre qui a toujours voulu diriger sa vie et profiter des opportunités que cette dernière lui a octroyé. Pas un personnage mythique ou romancé, une sacrée bonne femme, tout simplement. Elle méritait mon 100ème article !