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Oscar Wilde, « Aphorismes »

It’s a Wilde, Wilde world...

mercredi 18 août 2010, par GB

D’aussi loin que je me souvienne, Oscar Wilde a toujours eu sa place dans ma bibliothèque et de manière récurrente ou récurante - c’est selon mais les deux sont également vrais - dans mes lectures. Il est difficile de passer sans préjudice à côté de ce rhéteur hors pair et dont l’humour et la finesse nourrissent une oeuvre paradoxalement discrète. Paradoxalement car légère, subtile, assassine, entêtante aussi, comme un parfum de femme, un sourire inquiet et fugitif.

Icône dandy, artiste aux talents infinis, critique, écrivain, dramaturge, poète... Et puis forçat, déchu, maudit... Passé des sphères les plus hautes de la société britannique aux culs de basse-fosse de la geôle de Reading, Wilde, adoré, réprouvé puis exilé, pouvait-il connaître un autre destin ? Il faut avoir lu Wilde, ou le lire, voire le relire. Un homme qui nous dit ceci, en une phrase, « Je me dis parfois qu’en créant l’homme Dieu a quelque peu surestimé ses capacités », ne peut que nous faire gagner notre temps, nous donner aussi un peu de son esprit.

Dans l’introduction de L’amour, la solitude, André Comte-Sponville explique pourquoi il a fait, en entrant à l’Ecole Centrale, le choix de la philosophie plutôt que celui de la littérature. Il y avait 300 000 volumes dans la bibliothèque, plus qu’il n’en lirait en une vie. Il lui apparut alors qu’il valait mieux s’attaquer aux idées plutôt qu’aux histoires. Le choix est compréhensible et pragmatique mais à la raison, la méthode du philosophe, j’avoue souvent préférer les « fulgurances », les éclairs des mots de Wilde.

Le procès puis l’emprisonnement qui brisent la vie de Wilde démontrent aussi toute la nécessité qu’il y a de ne pas prendre l’existence plus au sérieux qu’elle ne le mérite. Il faut se méfier, le destin peut être taquin et à son échelle, les emmerdements qu’il cause peuvent prendre des proportions qui écrasent négligemment les individus. La vie de Wilde et son œuvre se confondent, ce qui leur donne cette dimension.

Indissociables, l’artiste et l’homme ont donc une vraie cohérence et c’est aussi ce qui donne de la légitimité aux écrits et aux mots de Wilde. Dans mon panthéon personnel, il est une voire deux de ces citations, indépassables :

« En ce monde, il n’y a que deux véritables tragédies. La première est de ne pas obtenir ce que l’on désire, et la seconde de l’obtenir. » Et puis aussi, celle-ci, « Le devoir c’est ce que l’on attend des autres, pas ce que l’on fait soit même. »

Paradoxal, ironique, aux frontières étroites du cynisme, Wilde est avant tout un causeur, un tchacheur de génie, léger, incisif plus que profond, il vous rappelle à la vigilance, l’attention pour vous éviter de sombrer, d’imposer aux autres vos impressions vaseuses et satisfaites.

A telle enseigne que recommander sa lecture est évidemment très égoïste, je caresse l’espoir un peu vain d’entendre moins d’âneries de la part de ceux qui le liront que de la part des autres. C’est un peu le principe de la ceinture de sécurité : vous pourriez bien ne jamais en avoir besoin, ça peut être utile quand même.

La tentation de faire de ce joli petit volume d’aphorismes et autres syllogismes que voilà, un élément incontournable de toute bibliothèque m’apparaît un peu comme une évidence. Totalement superflu vous l’avez compris, il ne vous laisse que l’essentiel. Il faut se méfier, lire Wilde peut sérieusement rendre plus critique et plus lucide... En même temps, si vous suivez les conseils que l’on vous donne...


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